Théâtre et spectacles

dimanche 10 novembre 2013

Falstaff à l'Opéra de Montréal : tel est pris qui croyait prendre!



Confronté à la pauvreté, Sir John Falstaff concocte un plan pour se sortir de sa fâcheuse posture financière. Il entreprend de séduire deux femmes mariées à de riches hommes. Il fait donc porter à chacune la même lettre d’amour. Les voisines et amies se rendent compte de la supercherie du vieux ventripotent et mettent au point un piège, pour lui apprendre une leçon.

En parallèle, Nannetta, la fille des Ford, vit un amour fou avec le jeune Fenton. Cependant, au grand malheur de la demoiselle, son père a prévu la marier au Docteur Cajus. Avec l’aide des commères, celle-ci dupe son père qui la marie malencontreusement à Fenton.

Crédit photo : Pierre Manning
Falstaff est un opéra léger et drolatique, quoique moins éclatant que ce à quoi on aurait pu s’attendre. La musique de Verdi est toujours envoûtante, parfois berçante et d’autres fois vigoureuse. La mise en scène de David Gately est vivante et le jeu d’acteur est énergique. Olek Bryjak, dans le rôle-titre de Falstaff, fait preuve d’un dynamisme à toute épreuve. Il est impossible de ne pas rire des mimiques auxquelles se livrent les artistes ainsi que de la teneur du texte.

L’Américain John Conklin et le Canadien Olivier Landreville ont élaboré une scénographie sobre, sans être terne. Quelques fois, c’est avec la simplicité que l’on compose les plus beaux théâtres. Pour preuve, ici, les arbres reviennent dans quelques reprises et créent une atmosphère émouvante. La toute dernière scène est sublime, l’alliance de la poésie du décor, de la douceur de la musique et des chants, puis de la féérie des costumes forme une plénitude jubilatoire.

Comédie lyrique en trois actes, de deux heures quarante-cinq (incluant 1 entracte), Falstaff promet une soirée fort agréable. Le temps a filé si vite, ce qui démontre à quel point le spectacle est animé. Bien que moins connu que certains, l’humour et, ne nous le cachons pas, la durée – ben quoi! Presque tout le monde a eu peur de trouver le temps long la première fois qu’il a assisté à une représentation – en font un bel opéra pour celui qui voudrait s’y initier.

Écoutez un extrait audio ici

dimanche 22 septembre 2013


Une première réussie pour l’opéra Lakmé de Delibes

Crédit photo : Yves Renaud - Opéra de Montréal


Un délice à saveur d’Orient

Au XIXe siècle, Nilakantha, un brahmane récalcitrant à la colonisation de son pays par les Anglais implore les dieux de venger son peuple de l’envahisseur. Alors que le temple secret qu’il occupe dans la jungle est vide, des soldats anglais, Frédéric et Gérald, et leurs compagnes s’y introduisent. Frédéric met le groupe en garde des risques qu’ils courent de se trouver dans le temple de Nilakantha, ce qui convainc le groupe de quitter le temple, hormis pour Gérald, qui s’y cache, curieux de voir Lakmé, la fille du Brahman, dont on dit de sa beauté qu’elle est envoûtante. Lorsqu’ils se voient, Lakmé et Gérald succombent au charme l’un de l’autre, ce qui déplaît à Nilakantha. Celui-ci jure, en plus de venger son peuple de son colonisateur, de donner la mort à l’homme qui a volé le cœur de sa fille.

Avec des décors somptueux et des costumes fabuleux, la coproduction de l’Opéra de Montréal et de l’Opera Australia invite le spectateur au dépaysement durant les trois actes. Les symphonies de l’orchestre sont d’une qualité remarquable et constituent un support idéal à la mélodie des voix. La performance des chanteurs ne peut être remise en doute tant en solo qu’en groupe. Audrey Luna, qui tient le rôle de Lakmé, chante dans un registre tout à fait impressionnant suscitant à chaque fois l’émotion recherchée auprès du spectateur. Cet opéra se révèle être un régal tant auditif que visuel et le temps passe si vite que l’on est surpris que le moment de l’entracte soit déjà arrive ou de retour, si l’on considère le second.

Bien que celui-ci soit en français, il est parfois assez difficile de comprendre les paroles. Pour cela, les sous-titres se révèlent d’une aide précieuse. La mise en scène est quelque peu statique ce qui vient en contraste avec le propos de la pièce et les sentiments violents et profonds qui en sont le sujet. Il est presque impossible de ne pas chanter dans notre tête la musique que l’on entend, mettant ainsi en communion le spectateur et le chanteur.

L’opéra accessible à tous les budgets

La croyance populaire au sujet de l’opéra est que cet art ne s’adresse qu’aux bourses bien remplies. Or, il n’en est rien. On peut y assister pour aussi peu qu’une vingtaine de dollars. De plus, des prix spéciaux sont octroyés aux jeunes. Le coût de l’abonnement 18-30 ans est à 30 $ le billet et les 17 ans et moins bénéficient de 40 % de rabais. Il n’y a donc aucune raison de s’en priver.

Les prochaines représentations de Lakmé auront lieu les 24, 26 et 28 septembre 2013.


Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

Dominique de Leeuw

mardi 23 avril 2013


Appels entrants illimités au Théâtre de la Manufacture



Le Théâtre Le Clou présentait en codiffusion avec le Théâtre La Manufacture la pièce Appels entrants illimités, de David Paquêt, mise en scène par Daniel Vermeulen du 16 au 20 avril 2013.


Sur une scène dénudée où juste quatre portes, une chaise, une table et un frigo se trouvent, l’attention est entièrement tournée vers les comédiens. L’intimité avec ceux-ci se crée même avant le début du spectacle. L’entrée des spectateurs fait partie de la mise en scène. En effet, pendant que le public s’installe, un premier comédien prend place, tranquillement attablé, d’abord à lire quelques journaux, puis commence à s’agiter. Quelques 10 ou 15 minutes plus tard, une comédienne entre en faisant ses exercices. Aucune interaction n’a lieu entre les deux interprètes, chacun occupant son espace sur la scène. Puis la troisième personne entre, marquant le début de la pièce.

Le texte de David Paquet est troublant de justesse. Il pose de nombreuses questions que l’on pourrait regroupés en deux grandes interrogations. Comment survivre dans une société où l’on ne trouve pas sa place et que l’on sent hostile? Et quelle place fait la société aux gens qui vivent dans la marge? L’auteur allie avec une rare efficacité la réflexion et l’humour permettant ainsi d’interagir au mieux avec le public. Les questions ne sont pas qu’existentielles, mais également très d’actualités. Chacun des trois personnages est un exergue d’une personnalité, et il est impossible de ne pas se retrouver dans les trois interprétations. Le public assiste à la confrontation de ces comportements tantôt idéalistes, tantôt égoïstes ainsi qu’altruistes avec la réalité. Cette rencontre ne se fait jamais sans blessures desquelles il faut émerger et grandir.

Le décor minimaliste de Julie Vallée-Léger laisse toute la place au jeu des acteurs, souligné par l’éclairage d’Alexandre Pilon-Guay et la trame sonore de Larsen Lupin. Les comédiens électrisent la place et leur énergie s’écoule de façon très fluide entre eux.
C’est une pièce qui ne laisse pas indifférent et qui fait réfléchir sur la confrontation entre l’idéal et la « vraie » vie. Tout comme l’indique le titre, les idées, tels des appels entrants illimités, foisonnent de toute part, jusqu’à saturer la personne qui les reçoit. Le spectateur doit toujours être en alerte et c’est à cet endroit que le mariage de la réflexion et de l’humour prend toute sa valeur. Il permet de donner une bouffée d’air avant de repartir sur le terrain avec ces trois personnages.

La mise en scène de Benoît Vermeulen s’appuie sur la surenchère de mouvements pour traduire la détresse des personnages. Joints à des slogans apocalyptiques, ils explosent en plein visage du spectateur, parfois étourdi par leurs enchaînements, entraîné dans le besoin de mouvement des personnages pour tenter de remédier à leur anxiété. D’autre part, la somme d’information bombardée est énorme et il est impossible de tout saisir. L’objectif de l’auteur et du metteur en scène est atteint. Ils ont projeté le sentiment d’agression vécu par les trois colocataires aux spectateurs.

Malgré la densité de la pièce, on y passe un agréable moment. Il n’y a pas de temps mort de sorte que la soirée file très vite. Des rires et de la réflexion à profusion.

D.D.L. et Y.O.

vendredi 7 décembre 2012


Les monologues voilés : à voir absolument


Crédit photo : Les monologues voilés

La pièce Les monologues voilés est présentée à la Cinquième salle de la Place des Arts du 6 au 15 décembre 2012. Créée en 2003 et présentée la première fois à Amsterdam, la pièce a également été produite à Berlin, New York, Ankara, Boston, Bruxelles et Paris, avant de nous rendre visite. L’auteure, Adelheid Roosen, qui signe également la mise en scène, a effectué des entrevues avec 74 femmes musulmanes de première et deuxième génération, âgées de 17 à 85 ans, qui vivent aux Pays-Bas. Leurs confidences émouvantes viennent  nuancer la perception occidentale des femmes musulmanes.

S’inscrivant dans la lignée des Monologues du vagin, sauf que cette fois, il s’agit du vagin musulman, la pièce dévoile les mystères de la sexualité des femmes musulmanes. Elle s’attaque à des tabous, dont la défloration, le viol, l’excision, la jouissance, le désir, le mariage arrangé. Elle déconstruit les mythes entourant l’hymen et la virginité dans un monologue particulièrement drôle, mais aussi très instructif. Car, ne nous leurrons pas, très peu d’entre nous savent ce qu’est réellement un hymen, ce à quoi ça peut ressembler. L’exercice s’avère donc très efficace.

Les femmes dépeignent une image de l’homme occidental pour qui la sexualité se résume à la génitalité. D’autre part, elles donnent en comparaison certains hommes musulmans pour qui la sexualité s’étend à tout le corps, dans laquelle le rôle du regard est particulièrement important. C’est par là que tout commence. On se regarde, on se désire, pour ensuite se caresser, laissant le désir s’emparer de tout son être. Ensuite vient la pénétration. Par soucis de transparences, on y parle aussi d’autres femmes qui n’ont pas vécu ce niveau d’épanouissement et ont eu affaire à des hommes qui cherchaient, pris dans les traditions et les attentes de la communauté, à simplement pénétrer pour constater que le sang coule et préserver leur honneur.

À la fois drôles et touchants, les textes font la lumière sur certains phénomènes et permettent de réaliser que tout n’est pas tout blanc ou tout noir. La différence des conceptions est frappante. Ce qui choque l’Occidental est tout à fait normal, voire logique, pour les musulmans. En ce sens, le monologue des douze clochettes est particulièrement troublant et éclairant. Le spectateur occidental sera ébranlé par moments, notamment quant à la contradiction entre la pudeur et l’impudeur des femmes musulmanes. Si plusieurs d’entre elles sont voilées, on réalise rapidement que lorsqu’elles se retrouvent entre amies, la pudeur n’a pas sa place.

Le portrait des femmes musulmanes qui est dressé en est un de femmes très sensuelles, charnelles. Des êtres d’une beauté et d’une vivacité dont la vulnérabilité est bouleversante. Certaines sont entretenues dans des croyances ou des traditions qui en font des proies faciles pour les hommes dominants. D’ailleurs, un mot revient, tel un leitmotiv : liberté. La liberté de disposer de sa vie, de son corps, d’en jouir.

Outre la richesse des textes, le spectacle est appuyé sur de puissantes interprétations, une musique et des chants sublimes. La sobriété du décor et de la mise en scène laisse toute la place à ces voix, à ces corps, à ces femmes. Elles sont vibrantes, touchantes, entières. 

dimanche 15 mai 2011


«À toi, pour toujours, ta Marie-Lou» : Le jeu des perceptions





À toi, pour toujours, ta Marie-Lou



de Michel Tremblay

Théâtre du Nouveau Monde du 3 au 28 mai 2011

Mise en scène : Gill Champagne

Distribution : Denis Bernard, Eveline Gélinas, Marie Michaud, Dominique Quesnel


La pièce de Tremblay met en scène une famille tourmentée, dont Léopold le père alcoolique, et Marie-Louise la mère rigide et coïncée dans ses croyances, sont décédés avec leur jeune fils dans un accident. Dix ans après leur mort, leurs deux filles se souviennent du jour ou tout a basculé dans leurs vies.

La pièce se passe simultanéement à deux époques. Les retours dans le temps signifié par un effet sonore ainsi qu’un éclairage tamisé sur les soeurs qui sont sur un promontoire du décor distordu de Jean Hazel. Celui-ci reflète la perception de chacune des soeurs de la relation entre Léopold et Marie-Louise. Ces deux derniers évoluent sur un sol empli d’eau symbolisant leur appartenance au passé ainsi qu’un espèce de purgatoire qui les retient prisonnier.

La mise en scène, en ce 40e anniversaire de la pièce, a été confiée Gill Champagne. Elle est moins statiques que plusieurs mises en scènes vues auparavant, ce qui est intéressant. Au début, le chassé-croisé des dialogues amène le spectateur à se demander sur quel plan il se trouve. C’est en fait l’état d’esprit de Manon, pour qui ses parents sont constamment présents dans la maison familiale qu’elle habite toujours et qu’elle entretient comme un mausolée pour ses parents morts. Elle voue particulièrement un culte à sa mère, pieuse, à qui elle a toujours voulu ressembler. En témoignage de son amour pour elle, Manon est devenue très dévote. D’autre part, la lenteur des déplacements, notamment ceux des parents, transmet le côté lancinant de la douleur ressentie par les personnages. Et ce, à un point tel où il arrive au spectateur de vouloir que cette douleur s’arrête, presque autant que les personnages le désirent. Les effets sonores sont minimaux et généralement assez bien dosés. Les acteurs nous livrent une performance solide. Bien sûr, Marie Michaud et Denis Bernard ressortent un peu plus à cause de l’intensité de leurs propos. Le jeu de Dominique Quesnel aurait pu être quelque peu raffiné à certains moments, mais il était, somme toute, assez honnête.

Tremblay permet au spectateur de conscientiser que les perceptions d’un même évènement par deux personnes en ayant été témoin peuvent être totalement différentes. En outre, il souligne également la différence de réaction en rapport à une même situation. Manon se fige, prostrée, alors que Carmen se démène sur les scènes en tant que chanteuse country. Outre ces thèmes, la pièce aborde également la sexualité des années ‘60, la difficulté des femmes à accepter d’avoir du plaisir et la maladresse des hommes à cet égard. Au-delà des moyens que Tremblay prend pour passer son message, celui-ci reste : le responsable n’est pas toujours celui que l’on croit. Les relations sont multidirectionnelles, il en va donc de même pour tout ce qui en ressort.

Mon appréciation : ***

samedi 19 mars 2011


Hamlet : vous avez dit dithyrambique?

Hamlet

Présenté au TNM (Théâtre du Nouveau Monde)
du 8 mars au 2 avril 2011
EN SUPPLÉMENTAIRES LES 5 ET 6 AVRIL


Distribution :
  • Félix Beaulieu-Duchesneau
  • Émilie Bibeau
  • Frédéric Blanchette
  • Mathieu Bourguet
  • Jean-Marc Dalphond
  • Marie-France Lambert
  • Pierre-Antoine Lasnier
  • Jean Marchand
  • Benoît McGinnis
  • Widemir Normil
  • Ève Pressault
  • David Savard
  • Richard Thériault
  • Alain Zouvi
Personnage tourmenté par le deuil de son père, et le mariage hâtif de sa mère avec le frère de son père, Hamlet est consommé par son désir de venger la mort de celui-ci. Soupçonnant son oncle/beau-père, d’en être à l’origine, Hamlet utilise toutes sortes de subterfuges afin d’obtenir réponse à sa question pour que justice soit rendue.
Le défi de Marc Béland, metteur en scène, de transposer les propos de Shakespeare dans un Danemark d’aujourd’hui en était un de taille. Assurément, la notion de vengeance est toujours présente dans la société actuelle, mais pas de la même façon qu’à l’époque où Shakespeare place l’action de la pièce. La notion d’honneur dans la société danoise de notre époque n’a plus du tout la même importance. Elle est devenue moins familiale et plus individualiste. Nonobstant cela, la notion d’aveuglement causé par la quête du pouvoir, tel que vécu par l’oncle de Hamlet, elle est universelle tout autant qu’intemporelle. C’est cette quête qui pousse Claudius à tuer son frère, le Roi Hamlet pour accéder au trône et à recourir à des manigances pour éliminer son neveu Hamlet, qui le soupçonne d’avoir empoisonné son père.
La distribution des rôles est en général très judicieuse. Cependant, l’interprétation de certains comédiens était moins naturelle qu’on l’aurait attendu. Le verbe de Shakespeare n’est certes pas facile à rendre, les textes sont riches en mots et en significations. Benoît McGinnis est sans contredit le comédien qui se démarque le plus. Non pas parce qu’il tient le rôle principal, mais plutôt pour l’ingéniosité de son interprétation de Hamlet. Une des forces de celle-ci est dans sa capacité de passer d’une émotion à l’autre en l’espace de quelques secondes, sans qu’elles perdre en intensité ni en authenticité. Cette intensité émotive, il doit la soutenir tout au long de la pièce puisque les moments où le personnage de Hamlet n’est pas sollicité sont en fait assez rares.
Alain Zouvi et Marie-France Lambert ont offert des performances solides. Émilie Bibeau en fragile Ophélie était touchante de vérité. Hormis la découverte de l’étendue du talent de McGinnis, Frédéric Blanchette a été pour moi une découverte. Son naturel et son aisance sur scène, de même que sa maîtrise du verbe et de l’essence de Shakespeare m’ont charmée.
La mise en scène habile de Marc Béland assure le succès de cette magnifique pièce. Le sobre décor de Richard Lacroix de concert avec les judicieux éclairages de Martin Labrecque laissaient toute l’attention visuelle sur les comédiennes et comédiens. Il en est de même pour les costumes plutôt neutres de Mérédith Caron qui, bien qu’ils situaient la pièce à une époque proche de la nôtre, ne la précisait pas trop. Béland, dans sa direction des comédiens, adresse également un petit clin d’œil aux spectateurs québécois que nous sommes.
Du Shakespeare totalement déchiffrable, quelle belle expérience théâtrale.
Mon appréciation : **** (Benoît McGinnis : Hors catégorie:-))

dimanche 30 janvier 2011

La Belle et la BêtePrésentée au TNM du 18 janvier au 12 février 2011
En supplémentaire du 15 au 19 février

Distribution:

Bénédicte Décary : La Belle
Andrée Lachapelle : La Dame
François Papineau : La Bête
Violette Chauveau : La Sœur
Peter James : Le Démon de la Dame
«Quand le numérique se fait féérique. Elle vient de la nuit des temps cette histoire. Depuis au moins vingt siècles, elle inspire conteurs, romanciers, poètes, cinéastes… Aujourd’hui, les magiciens numériques Michel Lemieux et Victor Pilon, qui en 2005 avaient créé les éblouissants sortilèges de La Tempête de Shakespeare, s’emparent à leur tour de cette fable éternelle pour en inventer une version pour notre temps : imaginez une jeune artiste tourmentée qui peint des êtres abîmés, un homme effrayé par l’amour et ses trahisons et une veille femme torturée, qui ne sait si elle est fée ou sorcière. Imaginez que leurs passés et leurs présents se confondent, que leurs vies s’entrecroisent et s’entremêlent. Imaginez que le TNM devienne enchanté comme le château de la Bête : créatures surnaturelles, apparitions spectaculaires, démons intérieurs, transformations mystérieuses. Et comme la plus grande magie du théâtre demeure celle des acteurs, Andrée Lachapelle, Bénédicte Décary et François Papineau, entourés d’une multitude de présences fabuleuses, sont déterminés à vous tenir sous leurs charmes.» Description de la pièce La Belle et la Bête, sur le site du TNM.
Ce conte d’une poésie douce et déchirante à la fois respecte de l’essence de l’œuvre originale, mais est suffisamment remanié pour être au goût du jour. Il met en scène la dualité entre la vie et la mort, entre les blessures et la guérison, des thèmes intemporels.
L’interprétation de François Papineau, en Bête recluse, est touchante. Bénédicte Décary, pour sa part, rend très bien cette difficulté à s’ouvrir, sa capacité à aimer étant colmatée derrière de nombreuses cicatrices. Et comme toujours, Andrée Champagne livre une performance solide.
Chapeau bas à Michel Lemieux et Victor Pilon à la création et la mise en scène. Le mouvement est presque constant, sans être étourdissant. Et que dire des effets visuels! Ils sont tout simplement stupéfiants.
Je vous recommande chaudement cette ode au pouvoir de l’amour, qui fini par triompher de la peur, des blessures et du temps. Un délice!
Mon appréciation : ****


dimanche 21 novembre 2010

Quand le vernis se désagrège.

Théâtre du Nouveau Monde (TNM)



Le Dieu du carnage de Yasmina Reza au TNM
 
Du 16 novembre au 11 décembre 2010
 
Mise en scène : Lorraine Pintal
 
Distribution : 
Anne-Marie Cadieux, James Hyndman, Guy Nadon, Christiane Pasquier


Dans un petit salon bourgeois de Paris, nous retrouvons les parents de Hugo et Ferdinand, 11 ans. Hugo a été agressé par un collègue de classe, Ferdinand, le laissant sans incisives. Les Houillé, parents de l'enfant blessé désirent rencontrer les Reille afin de discuter de la situation. Une rencontre qui se veut, au départ, totalement civilisée, se transforme, au fil des discussions en entretien où le vernis se désagrège tranquillement. Les bonnes intentions du départ, étant subrepticement remplacés par le désir d'imposer ses vues de la choses sur la «partie adverse».

Nous avons droit à de brillantes interprétation de tous les comédiens. J'ai bien apprécié le jeu de Christiane Pasquier, qui m'a vraiment fait croire qu'elle était française. Elle est hypocrite et coincée à souhait! Vous savez cette politesse, presque (;-)) pédante, qui au fur et à mesure que la conversation avance et que les contrariétés s'accumulent, lutte pour garder le contrôle, mais qui le perd, doucement. Ceux qui ont déjà passé suffisamment de temps en France saisissent ce à quoi je fais allusion.

Guy Nadon est, comme de coutume, magistral! Vraiment. Il est savoureux dans son interprétation de ce grossiste en articles de cuisine, complètement terrorisé par le hamster familial. C'est un de premier dont le vernis explose.

James Hyndman nous livre une belle interprétation d'un avocat greffé à son téléphone cellulaire. Complètement je-m'en-foutiste, simplement préoccupé par les affaires, avouant tout de go que son fils est un sauvage. Et ce, au grand dam de Anne-Marie Cadieux, sa gentille épouse, toute timide, atterrée par le comportement de son fils. Enfin, au départ. Car ensuite, elle se révèle moins docile qu'elle ne le laissait paraître.

C'était tellement réaliste, que j'ai vécu un retour en arrière, alors que j'étais témoin de telles «discussions civilisées» en France. Somme toute, on se bidonne tout le long, et parfois on peut même rire un peu jaune, si l'on est capable d'auto-critique, car, qui n'a pas profité d'une discussion sur un sujet, pour régler des comptes avec son conjoint ou sa conjointe. Une très belle critique de l'hypocrisie et des comportements «socialement souhaitables», mais pas si facilement applicables. De façon intégrale, en tout cas. 

Concernant l'ambiance musicale, sous la responsabilité de Michel Smith, je dois avouer que celle-ci m'a quelque fois dérangée. Je trouve que parfois la musique ne venait pas appuyer le jeu, mais au contraire, elle brisait le rythme et l'ambiance.

Le décor d'Anick La Bissonnière était fort agréable. Très épuré, propre à la petite bourgeoisie parisienne. Cependant, le seul bémol, les gens en première et deuxième rangée à la droite de la scène ne pouvait pas entièrement voir cette dernière. En fait, moi, de la deuxième rangée, je perdais le fond de la scène. Par contre les gens de la rangée A devant moi, non presque rien vu de la pièce, parce que la table à café placée très à l'avant de la scène, à droite, leur cachait presque tout. Si j'étais eux, j'aurais exigé un remboursement, ou des billets pour une autre représentation.

Quant aux éclairages de Claude Cournoyer, tout comme pour la musique, j'avais parfois l'impression que l'on voulait en rajouter plus que nécessaire. Parfois la simplicité est plus indiquée que de tenter de marquer des moments de façon superflue.

Je m'en voudrais de ne pas adresser un petit clin-d'œil à Lorraine Pintal et Anne-Marie Cadieux pour l'effet spécial à environ trente minutes du début. Pour les curieux : allez voir la pièce, vous verrez!

Fait à noter, la pièce dure environ une heure trente. Certaines personnes sont parties déçues parce qu'elles ne s'y attendait pas.

Je vous suggère d'aller voir cette pièce, elle est savoureuse.

Note globale : ****

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