Entrevues

Entretiens avec Sorj Chalandon et Larry Tremblay, lauréats des Prix des libraires du Québec

Avec un peu de retard – que vous me pardonnerez, je l’espère – je vous présente l’article sur le Prix des libraires du Québec. J’ai eu la chance, et l’immense privilège, de m’entretenir avec les auteurs.


Catégorie Roman québécois

L’Orangeraie de Larry Tremblay, publié aux Éditions Alto, s’est attiré la faveur des libraires. Son auteur remporte également une bourse de 5000 $, remise par le Conseil des arts et des lettres du Québec.

L’auteur raconte l’histoire de deux jumeaux de 9 ans, Amed et Aziz, qui vivent dans l’orangeraie familiale. Leur pays, que l’auteur ne nomme jamais, est en guerre et lorsqu’un obus tue leurs grands-parents, leurs vies changeront dramatiquement. L’un des deux sera choisi pour venger les morts. Les parents doivent faire un choix, mais les jumeaux ont fait un pacte. Qui sera vraiment l’enfant qui mourra? Amed ou Aziz? Et qu’adviendra-t-il du survivant?

Avec une économie de mots, Larry Tremblay remue le lecteur. Il tourne la lorgnette sur une famille d’un pays en guerre. « J’ai voulu mettre l’accent sur quelques individus pour que le lecteur puisse s’identifier à ces personnages… de se dire “si j’étais à leur place, qu’est-ce que je ferais?” Le fait qu’il y ait peu de personnages augmente l’intensité des choix qu’on doit faire et la dureté des conséquences de ses conflits ».

C’est une vérité de la Palisse, la guerre force les enfants à devenir adulte avant le temps. Amed et Aziz perdent rapidement le peu d’innocence qu’ils avaient quand l’un d’eux doit devenir un kamikaze. Déjà, depuis tout petits, on les a entraînés à haïr. L’auteur avait déjà amorcé sa réflexion sur la transmission de la haine dans sa pièce Cantate de guerre. Il sentait néanmoins le besoin d’aller plus loin. « On se demande pourquoi les guerres, surtout celles basées sur des conflits ethniques, perdurent. Si c’est le cas, c’est donc dire qu’il y a un phénomène de transmission. On dit aux enfants que les ennemis ne sont pas vraiment des hommes. On installe la haine de l’ennemi, donc les enfants, soumis à la pression sociale, au devoir de haine, à la vengeance, trouvent ça pratiquement normal de se tuer et de se faire tuer ».

Les membres de la famille seront à tout jamais marqués pour le sacrifice du jumeau. Plusieurs années après les événements, le jumeau survivant se retrouve à Montréal. Il sera de nouveau en contact avec la guerre, sous la forme d’une pièce dans laquelle on lui demande d’interpréter un personnage. « C’était ma façon d’installer la distance dans le roman pour le lecteur. La première partie est très touchante pour le lecteur, je voulais que le lecteur puisse réfléchir à la situation et en déplacement le roman géographiquement, dans le temps, j’installais cette distance. Le jumeau confronté à la guerre à nouveau, en faisait un porte-parole de tous ces gens qui ont été massacrés ». À travers Amed/Aziz, dix ans plus tard, on apprend ce qui s’est vraiment passé. Ce qui nous est dévoilé est pire que ce que l’on pensait. Ça ébranle nos valeurs, soulève des questionnements.

Dans tout le récit, cependant, Larry Tremblay s’est bien gardé de prendre position. « Je voulais faire réfléchir au niveau des engrenages, je ne voulais pas dire “c’est ça qui est bien, c’est ça qui est mal” ». S’il voulait susciter une réflexion quant à la transmission des valeurs, c’est aussi qu’il se questionne lui-même sur les messages contenus dans ses romans et ses pièces de théâtre. « Chaque œuvre que j’enclenche provoque chez moi un processus de réflexion ». Une chose est sûre, chacune de ses œuvres provoque le même phénomène chez le lecteur. Ça bouleverse, ça fait mal… de ces maux qui, en fin de compte, font du bien, dans la mesure où ils permettent de faire des changements.


Catégorie Roman hors Québec

Dans la catégorie Roman – hors Québec, c’est Le quatrième mur, de Sorj Chalandon, paru aux Éditions Grasset, qui a remporté le prix. L’écrivain dit être bouleversé de recevoir cet honneur, notamment parce que c’est un prix de libraires, qui lisent tous les jours. « Ils choisissent le livre, ils le soutiennent et le proposent à d’autres lecteurs. C’est comme une aventure qui continue », précise l’auteur qui a pris des jours de congé de son travail de journaliste au Canard enchaîné, car il tenait à être présent pour remercier.

Parce que je ne trouve pas comment mieux vous décrire ce roman, voici le résumé de l'éditeur :

«L'idée de Sam était folle. Georges l'a suivie. Réfugié grec, metteur en scène, juif en secret, Samrêvait de monter l'Antigone d'Anouilh sur un champ de bataille au Liban. 1976. Dans ce pays, deshommes en massacraient d'autres. Georges a décidé que le pays du cèdre serait son théâtre. Il a fait le voyage. Contacté les milices, les combattants, tous ceux qui s'affrontaient. Son idée ? Jouer Anouilh sur la ligne de front. 
Créon serait chrétien. Antigone serait palestinienne. Hémon serait Druze. LesChiites seraient là aussi, et les Chaldéens, et les Arméniens. Il ne demandait à tous qu'une heure de répit, une seule. Ce ne serait pas la paix, juste un instant de grâce. Un accroc dans la guerre. Un éclat de poésie et de fusils baissés. Tous ont accepté. C'était impensable.Et puis Sam est tombé malade. Sur son lit d'agonie, il a fait jurer à Georgesde prendre sa suite, d'aller à Beyrouth, de rassembler les acteurs un à un, de les arracher au front et de jouer cette unique représentation. 
Georges a juré à Sam, son ami, son frère.Il avait fait du théâtre de rue, il allait faire du théâtre de ruines. C'était bouleversant, exaltant, immense, mortel, la guerre. La guerre lui a sauté à la gorge. L'idée de Sam était folle. Et Georges l'a suivie.»
Quand j'ai mentionné à l'auteur que c’est une œuvre monumentale, il me répond « Elle me fait peur cette œuvre, c’est le genre de livre et de douleur à écrire… Je me dis, qu’est-ce que je vais faire après? Il y a quarante ans de ma vie dans ce livre-là. Faire autre chose après, je n’y songe même pas encore ».

Parce que, Le quatrième mur, c’est, d’une certaine façon, toutes les guerres dont l’auteur a été le témoin, et par le fait même la victime collatérale. Car, même s’il n’a pas de blessures physiques, les blessures de l’âme sont bien présentes. On s’en doute, l’écriture du roman a remué toute une panoplie d’émotions. Il avoue avoir dû partir, prendre le train, louer une chambre d’hôtel quelque temps afin de rédiger certains passages. « On ne peut pas écrire l’entrée de Georges dans Sabra et Chatila, les enfants morts et entendre sa fille dire “papa, quand est-ce qu’on mange?” »

Cette histoire, il l’a écrite pour sortir de lui les images de la guerre, pour raconter l’histoire avec la perspective de celui qui est acteur, contrairement à ce qu’il a vécu alors qu’il était journaliste, alors qu’il devait rapporter les faits de manière objective. « Je voulais écrire ce roman parce que, un, je voulais que la guerre sorte de moi. Deuxièmement, pour avouer que, comme Georges, on peut tomber amoureux de la guerre, qu’on peut basculer dans la barbarie très vite. Et troisièmement, parce que je voulais partager. Partager ce que j’ai vu, ce que j’ai vécu. » De tout ce qu’il a écrit, c’est ce roman qui a été le plus difficile. Ce qui lui a demandé le plus de silence dans sa tête, dans sa vie.

Est-ce que cela a apaisé ses maux? Non, bien sûr que non. Mais cela lui a permis de partager le chagrin, les larmes, la violence qui sont en lui depuis 30 ans. Parce que la guerre marque à jamais. Il est impossible d’effacer ce qu’on a vu, entendu, ressenti. Il me dit cette phrase qui m’a secouée : « On a vraiment deux yeux de trop quand on est à la guerre… » puis encore : « Chaque fois que je suis revenu, j’avais des lambeaux de moi en moins, j’avais perdu des morceaux d’humanité et je suis revenu avec un morceau en plus : la guerre, la barbarie ». Il ne sera plus jamais le jeune homme qu’il était au début de sa carrière. Il n’a plus le même regard, plus la même voix, plus la même colère.

Pourquoi alors avoir continué de couvrir les guerres? « Je veux être où les choses se passent. Je n’ai pas fait que la guerre, quand quatre bateaux de marins pêcheurs bretons ont coulés en 1987, je me suis embarqué sur un bateau pour voir ce qu’ils vivaient chaque jour, […] je suis descendu dans les dernières mines de charbon de France, avec les mineurs, pour voir ce qu’ils vivaient […] j’ai fait de de longues occupations d’usines, dans des usines occupées [… ]Je me sentais plus proche de la vie au milieu de gens qui allaient mourir que de gens à Paris qui sont en train de boire un verre de vin blanc en terrasse ».

Malgré ce besoin viscéral d’être au cœur des choses, il a dû arrêter un jour. Parce que cela nuisait à sa vie de famille, à sa vie tout court. Il avait des colères, des intolérances. Il ne pouvait pas souffrir qu’un enfant pleure parce que sa glace était tombée par terre alors que là-bas, dans un ailleurs qu’il connaissait, des enfants mouraient ou étaient torturés. Il ne pouvait entendre les gens se plaindre de la circulation, de la température et d’autres bagatelles. Il a dû réapprendre à côtoyer la futilité, à se prélasser en terrasse et à discuter de tout et de rien. « J’ai réappris, dit-il, mais ça a été un long trajet, un long voyage ».

Bien qu’il n’ait pas d’autre projet d’écriture en tête, on souhaite ardemment relire cet auteur qui, par ses expériences de vie, a su bouleverser la nôtre le temps d’une lecture… et un peu plus.


Deux romans portant sur la guerre

Les deux romans primés ont pour sujet la guerre. Dans les deux, le théâtre est évoqué, différemment, mais tout de même. Est-ce une coïncidence? Impossible de le savoir de façon certaine.

Les deux auteurs ont d’ailleurs eu l’occasion de discuter longuement de leurs romans lors de leur rencontre lundi dernier. Aucun des deux n’a d’hypothèse sur cette coïncidence. Ce qui a surtout marqué Sorj Chalandon, ce qui l’a impressionné, c’est la justesse des descriptions de Larry Tremblay, qui lui, n’est pas allé à la guerre « … ce qu’il raconte, ce qu’il décrit et ce qu’il écrit je l’ai vu. Il y a un passage où il décrit une ceinture d’explosifs, la façon dont elle s’attache, son poids, sa forme, c’est exactement celles que j’ai vues ». Lorsque j’ai mentionné cela à Larry Tremblay, il m’a répondu être touché « Je n’ai pas fait de recherches, je ne voulais pas. Je constate à quel point l’imaginaire rejoint le réel ».

Pourquoi ont-ils tous deux eu recours au théâtre dans leur histoire? Pour Sorj Chalandon, l’art comme le sport permet une trêve en temps de guerre. On peut imaginer que cette trêve, que cet apport de beauté et cette pause de cruauté sont bienvenue en temps de guerre. Pour sa part, Larry Tremblay, également dramaturge, considère le théâtre comme un « lieu de la parole vivante ». Aussi, cela permettait au roman de ne pas être trop sombre et créait une ouverture d’espoir.

Hasard ou pas, les deux romans ont su toucher les cordes sensibles des jurés. Ils sont magnifiquement réussis. C'est tout ce qui importe.
Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

samedi 28 décembre 2013



Les désastrées de Mélikah Abdelmoumen : une entrevue avec l'auteure

Votre dernier roman, Les Désastrées, relate la vie d’une star de la scène musicale, qui s’est suicidée à 37 ans. C’est ainsi que démarre l’histoire. On suit son fantôme, qui se promène de personne en personne, ce qui nous permet d’apprendre ce qui a mené à sa triste existence ainsi qu’à son aussi triste fin. D’où a germé l’idée du roman, et pourquoi avoir choisi de donner la voix à son fantôme?

C’est assez simple, en fait, et assez triste. J’étais amie avec la romancière Nelly Arcan, depuis 2006. C’était une femme et une auteure que j’estimais énormément. Lorsqu’elle est décédée, ça m’a donné un coup. J’ai eu envie d’écrire non pas un texte autobiographique pour parler d’elle, de sa disparition, ou de notre amitié de manière « directe » ou indiscrète, mais une fiction sur le deuil, sur l’écriture du deuil. Cette fiction devait aussi me permettre, en filigrane, de rendre hommage à son œuvre. Le choix d’une narratrice qui s’exprime d’outre-tombe, ballotée jusque dans la mort, n’ayant de contrôle sur rien, coincée à voir ce qu’elle a laissé derrière, est venu un jour, assez spontanément, lorsque je me suis rendu compte que j’imaginais sans cesse Nelly réagir aux conséquences (cirque médiatique, récupération, dévastation et choc chez les proches, etc.) de sa mort, comme si elle était toujours là, vivante. Je l’entendais m’en parler. Je lui répondais. Même si je savais que ce n’était pas possible. C’est de là qu’est née Nora-Jane Silver telle qu’elle existe dans le roman.


Nora-Jane est un personnage très intéressant, rempli d’aspérités et surtout, tout en paradoxe. Vous faites allusion au féminisme de Nora-Jane, qui s’habille de façon aguicheuse, a subi de nombreuses chirurgies esthétiques. Quel est le sens de cette apparente contradiction? Les deux en la même personne sont-ils possibles? Comment considérez-vous le féminisme?

Vaste question ! Je pense d’une part qu’il y a des féminismes, et que j’ai du mal avec celui qui refuse de considérer les rapports hommes-femmes, le « genre », etc., dans toute leur complexité. Oui, je pense que les deux sont possibles à la fois !  Le fait que, dans le même temps, une femme vive dans sa chair les ravages causés par le règne de l’image et par les prescriptions que subit dans notre société (et depuis longtemps) le corps de la Femme avec un grand F, et qu’elle dénonce ce qu’elle subit et à quoi elle ne peut résister, contre quoi elle ne peut rien… c’est justement tout ce qu’il y a de plus normal, prévisible, compréhensible… et porteur ! Qui de mieux placée que celle qui vit broyée par un système, pour en dire la violence et le dénoncer ?


Vous parlez de la relation entre le coup de foudre et l’amour, notamment dans cette belle citation. « Et puisque le coup de foudre est la plus grandiose des duperies de soi, puisqu’il est le meilleur moyen de s’offrir une illusion prenante et flatteuse lorsqu’on s’ennuie, quand Aurélien Marchal était entré sur scène et qu’il avait aperçu au premier rang Alice, toxicomane enamourée, il était lui aussi “tombé amoureux”. » Pourriez-vous nous parler de ce qu’est l’amour pour vous?

De manière générale, mes avis sont pas mal moins tranchés que ceux de Nora-Jane Silver. Disons que les opinions qu’elle exprime tout au long du roman sont souvent une version radicalisée de ce que je pense. Donc, on pourrait dire que je pense que le « coup de foudre » est une expérience intense, mais pas souvent viable… On « tombe » dedans alors que je suppose qu’on pourrait dire que pour moi, l’amour se construit.

Vous faites référence au club des 27 (les Joplin, Morrisson, Hendrix, Cobain et compagnie). Pourquoi Nora-Jane s’est-elle suicidée à 37 ans?

Je voulais que l’héroïne soit une artiste déjà accomplie, avec une certaine maturité, une expérience de la vie, un regard sur le monde… Et puis, anecdote : l’idée que je me suis faite de tous les artistes du club des 27, du moins pendant toute ma jeunesse, c’était qu’ils étaient des adultes accomplis, plus âgés que moi, des mesdames et messieurs… C’est lorsque j’ai appris la mort d’Amy Winehouse, dernière entrée dans le triste club, que j’ai eu un choc… j’approchais moi-même de la quarantaine, et je déplorais donc la disparition tragique d’une « toute jeune artiste »… et alors je me suis aperçue que vus depuis mes 40 ans, les artistes du « club des 27 » étaient… des gamins ! Ça m’a un peu donné un coup… Nora-Jane Silver, qui est tout de même un personnage dont on peut dire que, par certains côtés, il me ressemble, ne pouvait me permettre d’exprimer un point de vue sur le monde médiatique, la position de certaines femmes dans tout ça, etc., que si elle avait à peu près mon âge…

Nora-Jane dit avoir été fort inspirée par Marilyn Monroe et voue une adoration à Trent Reznor, de Nine Inch Nails, qu’ont ces gens en commun avec Nora-Jane Silver?

Ce sont les œuvres qui m’ont bercée pendant la rédaction. J’écoute toujours de la musique en écrivant ; dans ce cas-ci vu le contexte du roman c’était encore plus justifié, sans compter la nécessité de faire quelques recherches, sur le parcours de Trent Reznor, par exemple, dont j’avais adoré quelques chansons à l’adolescence sans le connaître vraiment ou sans mesurer la portée de son travail. Comme pour The Cure, d’ailleurs. Parfois, ce que j’étais en train d’écouter (en mode « shuffle » sur mon ordi) a carrément déterminé des éléments de l’intrigue. Un spectacle de Patrick Watson vu à Lyon a été déterminant pour la conclusion du roman. Quant à Marilyn, elle est venue nourrir aussi l’écriture parce que je lisais Blonde de Joyce Carol Oates etMarilyn, dernières séances, de Michel Schneider. On pourrait aussi parler de Brian Slade, le personnage du film Velvet Goldmine de Todd Haynes. À bien y penser, ce n’est pas tant que NJS ait quelque chose en commun avec eux : elle est « née d’eux », en quelque sorte…

Un des éléments qui attire l’attention du lecteur porte sur la dichotomie entre la star et l’individu qu’elle est réellement, dont le public se contrefiche carrément. De la personne et du personnage. Nora-Jane en parle beaucoup. Selon vous, la plupart des grandes vedettes souffrent-elles du même isolement que Nora-Jane?

C’est une impression que j’ai, en effet, et depuis longtemps, mais qui me vient aussi de la fréquentation de certaines œuvres littéraires ou cinématographiques qui se sont penchées sur la question, où on tente de représenter ce que cela peut-être d’être celui qui est un fantasme pour les autres. Des romans comme Blonde de Joyce Carol Oates ou Lunar Park de Bret Easton Ellis, le travail d’un Todd Haynes dans des films comme I’m Not There, Velvet Goldmine, ou Superstar, The Karen Carpenter Story, ont été des sources d’inspiration pour moi, de réflexion, comme les ouvrages théoriques que j’ai pu lire dans le cadre de ma thèse de doctorat sur la manière dont l’équation machine « médiatique + Star Système + Nature Humaine » teinte le rapport des gens à leur « icônes », et vice-versa (des auteurs comme Marshall MacLuhan Pierre Bourdieu ou Jean Baudrillard, etc.)

La protagoniste n’arrive pas à combler cette soif insatiable d’être aimée, connue et reconnue, ce qu’elle ne réussit pas à être pour qui elle est puisque le public ne s’intéresse qu’à l’image qu’ils se font d’elle. Elle consomme les hommes, n’a que très peu d’amitié hormis celle avec Alice. Nora-Jane éprouve clairement un trouble de l’attachement que vous illustrez de brillante façon. Est-ce inévitable, selon vous, chez les enfants de vedettes?

Difficile à dire. C’est en tout cas l’impression qu’on a lorsqu’on n’en est pas une, de vedette ! Plus sérieusement, ces frasques, dédoublements, schizes, aspérités que l’on prête aux icônes qui nous fascinent font peut-être, elles aussi, partie de la fascination que nous entretenons pour elles, cette chose qui fait qu’elles deviennent un écran sur lequel nous projetons nos fantasmes ou nos lubies… peut-être que le deuxième versant de la star, cet être privé caché derrière la figure publique, qui souffrirait de ce dédoublement et de sa vie dans l’ombre, peut-être que tout ça n’est qu’une partie du fantasme, qui nous sert à injecter de l’humain, du connu et en même temps une certaine grandiloquence dans tout ça ? Et peut-être que le fait que bien des personnes connues aient dit l’avoir vécu ou semblent effectivement l’avoir vécu, ne précède pas cette idée que nous nous en faisons, mais en procède ?

Au fur et à mesure de la lecture, on se rend compte que le personnage de Thibaud Pasquier joue un rôle plus important dans le mal-être qui habite Nora que l’on ne le croyait au départ. Que symbolise-t-il?

Eh oui, ce cher Thibaud… mon personnage préféré… Sans vouloir « vendre la mèche » ou en dire trop, c’est vrai que le véritable héros du roman, c’est lui. Ou presque. Enfin, disons que c’est ce trio formé par lui, Alice et Nora-Jane qui en est l’épine dorsale, mais que lorsqu’on sait qui est vraiment Pasquier, les choses prennent un autre sens. D’ailleurs leur trio est une sorte de miroir inversé du trio deux hommes une femme dans le film de John Huston, Les Désaxés – on verra tout de suite le lien avec le titre de mon propre roman –, mettant en vedette Marilyn, Montgomery Clift et Clark Gable. Et, pour le dire en deux mots, ce personnage de Pasquier représente en quelque sorte, entre autres, l’œil non complaisant de l’Autre pour l’artiste, celui qu’on espère et qu’on craint, qu’on attend et qu’on appréhende. Celui qui nous empêche parfois de dormir, qu’on surinvestit et qu’on n’arrive(ra) jamais à contrôler…

Nora-Jane a son propre profil sur Facebook. Aurons-nous la chance de la retrouver dans un autre roman portant sur une période particulière de sa vie?

Tiens, c’était une question que je ne m’étais pas posée ! Le profil Facebook de Nora-Jane Silver est à la fois un jeu, un outil pendant la rédaction pour travailler le personnage, un exutoire (car elle n’existe pas, évidemment, mais qu’elle peut me servir à dire des choses que je pense, mais qui me semblent… un peu radicales…), etc. Je ne sais pas combien de temps je vais laisser ce profil « ouvert »… Quant à la question d’un autre texte sur elle… Il ne faut jamais dire jamais… mais ce n’est pas au programme pour l’instant.

Concernant l’écriture, de façon générale :
De quoi ou de qui vous êtes-vous inspirés pour créer Nora-Jane et Alice ?

Oups… Je crois que j’ai répondu sans le vouloir à cette question dans ma toute première réponse…

Lorsque vous débutez l’écriture d’un roman, d’où partez-vous? Comment se mettent en place vos idées? 

C’est difficile à dire. Ça part toujours d’une expérience personnelle, pas forcément au sens où je parle de choses qui m’arrivent à moi directement, mais j’ai envie d’écrire sur ce dont je suis témoin… Ensuite, c’est difficile à expliquer ou à résumer… Un mélange d’instinct, de recherches sur le sujet, de disponibilité à tout ce qui le touche de près et de loin… et alors il y a une ambiance et un ton qui se développent… puis peu à peu un plan… et puis on travaille pour que ce magma devienne quelque chose d’un peu construit.

Avez-vous des rituels d’écritures, des moments ou lieux plus propices à l’écriture?

C’est assez simple : le matin, le plus tôt possible, avec la musique à fond dans mes écouteurs, et beaucoup de café au lait.

Quels sont vos moteurs d’écriture?

Re-oups : Je pense que sans le vouloir j’ai répondu à la fois à cette question et à une autre, en 11…

Que vous apporte l’écriture?

Difficile à dire. C’est une passion, un élan qui datent de très tôt, que celui de raconter des histoires. Selon la légende familiale, ça remonterait à la maternelle… Je ne pourrais tout simplement pas vivre sans, ou difficilement. Après, l’aspect plus formel ou essayistique de mes études, de mes lectures ou de mon travail vient de mon amour de la littérature (mais ça s’applique aussi pour le cinéma et la musique) comme objet esthétique, mais également comme regard sur le monde dont tant la forme que le fond peuvent exprimer un point de vue sur ce qui nous entoure.

Comment vivez-vous le processus d’écriture? De façon technique, mais aussi de façon intérieure. Est-ce que le mythe de l’écrivain torturé, particulièrement avec les thèmes abordés dans Les Désastrées, s’applique à vous?


Pas vraiment. La littérature est une passion pour moi, ça va de soi, mais je travaille bien dans la discipline et la régularité… J’ai bien sûr eu mon lot d’épreuves et elles m’ont tantôt freinée ou « entamée », tantôt nourrie… mais je suis une bosseuse. À la fois une mordue de littérature, de cinéma et de musique, à qui elles peuvent faire vivre des émotions d’une intensité qui rappellerait presque les élans de l’adolescence… et une bonne élève, une fourmi… ou mieux, une sorte d’abeille.

Je tiens à remercier l'auteure pour sa grande générosité et vous enjoins à vous procurer Les Désastrées pour en faire la lecture.

mardi 3 avril 2012


Rencontre avec Michel Jean





Disponible en librairie depuis le 28 mars 2012, le quatrième livre de Michel Jean, Elle et nous, est l’œuvre d’un auteur et d’une personne résolument assumés. Il y retrace la vie de sa grand-mère, d’origines innues et irlandaises, y raconte le quotidien de ce peuple de nomade au début du siècle dernier. Il ponctue son histoire de son processus de questionnement quant à ces racines, questionnement intensifié lorsque, aux funérailles de sa grand-mère, une cousine lui a dit cette toute petite phrase : « Michel, l’Indien tu l’as en toi ! »

Crédit photo : Groupe Librex
Deux jours avant le lancement, j’ai rencontré Michel Jean pour lui en parler. C’est un homme occupé, entre une session de photo et une entrevue télévisée qui s’est présenté devant moi, paré à répondre à mes questions. Il s’est adonné à l’exercice avec une grande générosité. Pendant plus d’une heure, nous avons discuté deElle et nous.

Il s’avoue un fébrile, presque deux ans après que l’idée du récit ait germé en lui. Deux années de recherche et d’écriture. Jusqu’à maintenant, les commentaires sont très positifs. Malgré tout, il révèle que chaque fois qu’il écrit, il a peur que ça n’intéresse personne. Tout repose sur une question. Est-ce que l’histoire va toucher les gens ? Dans ce cas particulier, une interrogation s’ajoute : comment le livre sera-t-il reçu à Mashteuiatsh, où la communauté innue à laquelle appartenait sa grand-mère organise un événement le 21 avril prochain pour célébrer la sortie d’ Elle et nous ?

Crédit photo : Groupe Librex
À l’origine de Elle et nous, une phrase : « L’Indien, Michel, tu l’as en toi ». Prononcés par sa cousine, lors des funérailles de son aïeule ces mots ont longtemps mijoté dans la tête de Michel Jean. Il a eu envie de partager le fruit de ses recherches et de raconter la vie des Innus au début siècle. Ce qui est publié comme un récit était à l’origine un roman, pour l’auteur. « C’est un récit avec de la fiction dedans. Je ne me suis pas senti pris à respecter  absolument les faits. J’ai pris certaines libertés créatives, notamment la vraie date de naissance de ma grand-mère n’est pas identique à celle dans le récit, son ordre dans la famille n’est pas le même, mais l’essentiel est là. D’autre part, la scène de la tente tremblante s’est réellement passée. Elle est consignée dans un livre que je mentionne dans la bibliographie. Je ne voulais pas faire une biographie de ma grand-mère, mais raconter une histoire. J’aurais pu le faire avec d’autres noms, mais j’ai décidé de le faire avec les vrais noms. Je l’assume. Je le fais parce que ça ajoute au récit. Ce qui compte c’est le propos, c’est raconter une histoire qui va toucher le lecteur. Quand j’écris, c’est ce que je vise. » Fier de ses origines, ce périple dans la vie de sa grand-mère et de la communauté innue à laquelle elle appartenait lui a fait découvrir que malgré l’intérêt et la curiosité qu’il a toujours manifestés sur ses ascendances, il en connaissait bien peu. Ses recherches lui ont révélé une part de lui, qu’il reconnaît aujourd’hui comme Indien et qu’il assume encore plus qu’avant. Pour lui, ce sentiment d’appartenance est d’abord culturel et sentimental.


Crédit photo : Groupe Librex
Il note dans le livre qu’on tolère plus facilement le racisme envers les Indiens. Selon lui, c’est en raison du fait que le statut d’Indien est perçu comme étant un privilège, celui de ne pas payer de taxe, etc. « Dans les faits, ils n’en ont pas de privilèges. À l’époque, où ils ont coupé le bois qui longeait la rivière Péribonka, ils l’ont fait sans demander aux Innus ce qu’ils en pensaient, ils leur ont donné de l’argent et leur ont dit d’aller vivre à Pointe-Bleue. Être dépossédé de son mode de vie, de son territoire, ce n’est pas un privilège » dit celui qui précise qu’il paie des taxes, même s’il est Indien. Son prochain livre portera d’ailleurs sur les suites de la déforestation de ces terres à voir la passion avec laquelle il en parle, ça donne envie de le lire. Tout comme le présent ouvrage, ce sera toujours du point de vue de l’histoire de ces gens et non d’un point de vue politique qu’il l’écrira.

Malgré qu’il se considère de prime abord comme un journaliste, profession qui exige de traiter un sujet sous un angle précis, l’auteur lui, se garde toute la latitude pour les aborder  sous la facette qui l’intéresse le plus. « Dans mes livres, je ne fais aucun compromis. Je veux faire des histoires sur lesquelles je pense que j’ai quelque chose à dire, des choses qui vont toucher les gens. Premièrement, il faut que ce soit important pour moi. Je n’écris pas, je ne fais pas de choix en fonction de moi. C’est une démarche personnelle. » Le saut à l’écriture de fiction, il l’a fait après avoir écrit deux premiers livres, un d’intérêt public et l’autre un récit de son parcours comme envoyé spécial. Convaincu depuis un très jeune âge qu’il serait écrivain, il a été heureux de faire une transition entre les deux styles d’écritures. Sans ces deux premiers livres, il ne sait pas s’il aurait pu plonger directement dans la fiction. Ça été un travail d’apprivoisement qui se peaufine d’œuvre en œuvre.  

Au moment de publier cet article, le lancement avait eu lieu dans la salle bondée du restaurant L’Autre Version, dans le Vieux-Montréal. Famille, collègues, amis et contacts Facebook sont venus nombreux pour célébrer la sortie du récit. Sa grand-mère en serait sûrement surprise, mais bien certainement heureuse.

Ma chronique sur Elle et nous.


Crédit photo : Groupe Librex
Crédit photo : Groupe Librex


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mercredi 22 février 2012

Adeptes de chick lit : Charlotte est de retour et j'ai rencontré sa créatrice !

C’est la semaine dernière, autour d’un verre chez William dans le Vieux-Longueuil que j’ai rencontré la très sympathique Nathalie Roy, l’auteure de La vie épicée de Charlotte Lavigne, dont le deuxième tome est disponible en librairie dès aujourd’hui. Elle a bien voulu prendre une pause de l’écriture du troisième tome pour discuter un peu du deuxième.

On attendait le deuxième tome avec impatience, et on n’est pas déçus. Il est riche en rebondissements. Où as-tu pris toute cette inspiration?
Je suis moi-même surprise de l’imagination que j’ai. Dans la vie de tous les jours, je ne suis  pas une bonne raconteuse, mais par écrit, c’est arrivé comme ça.  J’ai lu Stephen King qui suggérait aux nouveaux auteurs d’écrire sur un sujet qu’ils connaissent.  Pour moi, c’est la cuisine et la télé. Pour les trois livres, en commençant à écrire je connaissais le début et la fin de chaque livre. Mais entre ça… aucune idée. Le reste est ouvert. J’aime profondément ce que je fais, j’aime profondément Charlotte. Ça aide. Aussi, pour les deuxième et troisième tomes, je connais mieux mes personnages et je vais plus loin.

Je dois dire, Charlotte est savoureuse ! Comment t’es-tu inspiré pour constituer ce personnage?
Le personnage plus que l’histoire s’est imposé. Après avoir été chef recherchiste à Kampaï  j’ai eu envie d’écrire un guide gastronomique. Puis je me demandais comment me démarquer. C’est là que Charlotte est arrivée. Au départ, c’était simplement une foodie, prête à tout pour séduire par la cuisine (un peu moi !). Je visais à faire un personnage, une marque de commerce, au-delà d’un livre. Depuis le premier tome, j’ai développé un côté marketing, j’adore la proximité avec les lectrices sur les médias sociaux, mon blogue, etc.

Au fil des livres, je commence à aborder des sujets plus sociaux, notamment la séropositivité de Justin. J’ai eu envie de faire comprendre davantage qui est Charlotte. Ce n’est pas la fille parfaite, pas l’amie parfaite. Je veux en faire une petite diva en puissance qui sera confrontée à ça.

Charlotte va se marier avec le charmant Maximilien, un diplomate Français. Tu abordes les différences culturelles avec un  réalisme, comment as-tu fait pour être si juste?
Tu sais, j’ai toujours aimé les Français. J’ai fait beaucoup de recherches. J’ai passé trois semaines à Paris. Je les ai observés, j’ai parlé à des amis Européens, à une amie Québécoise qui habite à Paris depuis plusieurs années. J’ai lu énormément de blogues et j’ai écouté des humoristes Français qui se moquaient des Parisiens.

Le vocabulaire du roman est, sans être du joual, résolument québécois. As-tu été tentée d’utiliser un français plus international, question de pouvoir percer le marché francophone hors Québec ?
Je suis resté dans ce avec quoi je suis à l’aise, dans une certaine zone de confort, mais challengé avec l’aspect Français.

La fin nous souffle vraiment. Qu’est-ce qui t’as fait choisir ce chemin pour Charlotte?
Je l’ai écrite comme une fin de télésérie, question de laisser en suspend. 

À quand le troisième tome ? On brûle d’impatience !
Je termine l’écriture du tome trois pour la fin avril. Donc pour une publication probable à l’automne. Ce sera le dernier tome de La vie épicée de Charlotte Lavigne. Je m’étais demandé si j’allais faire comme Sophie Kinsella qui en a fait sept ou huit tome, mais non, c’est sûr que ça se termine là. Mais j’ai une idée pour un autre roman…




Écriture

Comment se passe le processus d’écriture pour toi? As-tu un endroit ou un moment privilégié, un rituel pour écrire?
Je commence à écrire vers  6 ou 7 heures et je termine entre midi et 14 h. Je m’efforce d’écrire tous les jours, même si c’est juste un paragraphe. J’ai toujours mon histoire dans ma tête. Sans plan, sans bible de personnage, Je n’avais pas envie, mais je commence à y penser parce que j’oublie par exemple quelle auto avait un personnage, je dois retourner voir dans le deuxième tome.

Je finis toujours la journée d’écriture en plein milieu d’une phrase, parce qu’elle m’habite et je reprends le lendemain matin et je sais exactement ce que je vais écrire. Je fais aussi beaucoup de recherche en même temps. Je travaille dans ma cuisine, ça m’inspire… si je suis bloquée, je fais vaisselle, puis je reviens à l’ordinateur quand j’ai une idée.

Quelles sont tes principales sources d’inspiration ?
Les livres de cuisine, le milieu de la télévision.

En quoi ta profession de journaliste t’a aidé, ou nuit, dans l’écriture du roman?
Ça m’a énormément aidé. Je n’aurais pas pu écrire mes romans il y a 15 ans. Je m’inspire de tout ce que j’ai vu. Je ne suis pas une personne qui parle pas beaucoup dans la vie, comme je l’ai déjà mentionné et ça me sert d’avoir écouté les gens parler. J’ai des réflexes de journaliste. Je trouve que, de façon générale, les journalistes font de bon romancier.

Que penses-tu du regard un peu désobligeant que certains posent sur la Chick lit?
Je défends la Chick lit. Elle a sa place, ce n’est pas niaiseux ni superficiel. Et ce n’est pas parce qu’on aime ça qu’on est superficielle et qu’on ne peut rien dire. Au même titre que ce n’est pas parce qu’une femme s’achète un jeans à 300$ qu’elle est nécessairement superficielle.



Questions d’ordre général

·      Qu’est-ce qui te fait rire?
o   Je ne suis pas très joke. J'aime bien l’ironie. RBO me fait particulièrement rire.
·      Qu’est-ce qui t’enrage?
o   L’injuste, la profonde injustice. J'ai longtemps travaillé à J.E.pour cette raison.
·      Qu’est-ce qui t’émeut?
o   L’amour, de toutes ses façons.
·      Qu’est-ce qui t’inspire?
o   Les mécènes. Ils sont formidables! Donner la chance aux jeunes. 
·      Quelle est ta devise?
o   Une heure à la fois !
·      Seule sur une île, qu'apportes-tu?
o   Des livres, un ordi et un costume de bain !
·      Quel est le livre qui t’a le plus marqué?

o   Il faut qu’on parle de Kevin (mais je ne l’apporterais pas sur une île) C’est un livre troublant. Aussi, les Guillaume Musso, que je découvre.

·      Quel est ton péché mignon ?

o   Les frites mayonnaise

·     Si Charlotte était un plat, lequel serait-elle ?


o   Un plat de pâtes réconfortant traditionnel italien, du piment, de l’ail et une touche de cassonade. Un mélange bien bizarre, maissweet  et réconfortant.

La vie épicée de Charlotte Lavigne tome 2 Nathalie Roy, Libre Expression






lundi 23 janvier 2012


Entrevue avec Sophie Bérubé auteure de «Sans antécédents»





Sophie Bérubé a publié l'automne dernier Sans antécédents, un thriller psychologique sur les relations de couples, la violence conjugale et la santé mentale. Elle y dépeint avec réalisme et finesse ces phénomènes encore trop fréquents. 
Je lui ai posé  quelques questions pour comprendre ses motivations à écrire sur ces sujets à teneur sociale. Je la remercie de s’être livrée dans cette entrevue écrite, avec transparence et générosité.

Qu’est-ce qui vous a amené à écrire ce thriller psychologique?
J’ai été témoin de plusieurs histoires de couples où la femme et l’homme avaient des perspectives complètement différentes de leur relation. Moi-même j’ai vécu des conflits où chacun de nous avait une vision différente, crédible mais irréconciliable avec celle de l’autre. Mais c’est surtout l’affaire Turcotte qui m’a interpelée et m’a donné la petite poussée de plus pour que j’écrive le premier chapitre. Dans les reportages sur cette affaire, je reconnaissais la façon dont le cardiologue décrivait sa relation avec son ex et je savais qu’il y avait sûrement une autre perception, aussi crédible, sinon plus, de l’autre côté. Mon sentiment d’indignation a cédé le pas à ma créativité et j’ai commencé à concrétiser mon projet d’écriture à ce moment-là.

Vous avez choisi de présenter l’histoire selon la perspective de chacun des personnages, plutôt que de les intercaler dans le texte ou en alternant de personnage à chaque chapitre. Qu’est-ce qui a guidé ce choix?
La perception d’un événement isolé n’est pas la même chose que la perception de l’ensemble d’une relation. Et c’est une vision globale que je voulais donner au lecteur. Dans un cas comme dans l’autre. C’est ensuite au lecteur de choisir comment il se positionne face à tout ça. Aussi, pour la plupart des gens qui vivent cette problématique subtile, il faut toujours raconter tout, depuis le début, sinon, on ne comprend pas ce que la personne vit.  Et c’est rare qu’on a toute la version d’une personne et toute la version de l’autre aussi, pour se faire vraiment une idée. Même chez le psy, ça ne se passe pas comme ça !
Mon roman est donc exclusif en ce sens. C’est un peu comme si vous rencontriez une personne et qu’elle vous parlait de son ex et quelques mois plus tard, vous aviez la chance de discuter longuement avec cet ex. Ce serait bien si on pouvait faire ça non ? J

Vous abordez la folie, la violence psychologique avec une acuité impressionnante. Avez-vous fait des recherches ou avez-vous un talent naturel pour saisir les dynamiques humaines?
   D’abord merci pour le compliment inclus dans la question !! Parce que j’ai été témoin de ce type de violence, parce qu’il m’est arrivé d’en vivre aussi, je savais comment raconter, mais il me fallait m’appuyer aussi sur de la recherche. Pour moi, l’œuvre de la psychiatre Marie-France Hirigoyen a été déterminante dans ma compréhension des mécanismes de cette violence.
    Pour ce qui est de la folie, je n’ai pas peur de dire que j’ai moi-même vécu des expériences qui s’en rapprochent et qui m’ont aussi amenée à faire des recherches et à mieux comprendre ces phénomènes.
   
  La violence conjugale est une problématique non seulement individuelle, mais sociale, quelle est votre vision du phénomène?
Le phénomène de la violence conjugale est tellement répandu, c’en est inquiétant. Chaque année, des milliers de plaintes. Je dirais que c’est plus qu’un phénomène de société. C’est un problème de famille que nous avons.  Et on dirait que c’est un problème qu’on a peine à affronter.
Surtout dans le cas des séparations.
Je dis souvent qu’il est temps qu’on évolue à ce sujet. Avant on appelait les pédophiles des « Mononcles cochons » et on n’intervenait pas. Aujourd’hui, on agit, on dénonce.
Et bien je crois que ce que nous appelons aujourd’hui des « séparations difficiles », nous appellerons ça de la violence conjugale et que nous interviendrons.  Bref, que la violence conjugale ne sera plus tolérée dans le futur.

Que croyez-vous que nous pouvions faire pour enrayer ce phénomène, en tant que société?
Ouf. Je suis convaincue que la première chose à faire est de comprendre. Comprendre pour faire cesser et guérir. Ce qui implique que non seulement les victimes, hommes ou femmes,  réalisent dans quel engrenage elles sont tombées prisonnières mais que l’entourage aussi en prenne conscience, même si c’est parfois douloureux puisque cela implique parfois de dénoncer ceux que l’on aime et respecte.  Et aussi, parce que cela implique de réaliser que la violence fait partie de nos vies plus que nous voulons bien le penser.

Plus concrètement, je crois qu’il faut augmenter les ressources en matière de travail social dans les C.L.S.C. et dans les écoles, que les psy reçoivent tous une formation obligatoire sur le sujet pour bien l’identifier auprès de leurs clients et que certains livres qui informent bien sur ce sujet soient en lecture obligatoire à dans les écoles, que ce soit dans les cours d’éthique ou de français.

Et de façon plus spécifique, qu’est-ce que les proches de gens vivant ce type d’histoire, devraient faire ?
INTERVENIR. DÉNONCER. DÉMASQUER. Ne pas avoir peur des conséquences.
D’abord prévenir la victime qui est souvent trop empêtrée dans son histoire pour s’en rendre compte et s’en sortir. Ne pas avoir peur de perdre un ami. Lui donner un livre de Dr Hirigoyen ou mon livre ou toute lecture qui explique bien la problèmatique. S’informer au C.L.S.C. le plus proche ou à S.O.S. Violence Conjugale.
Et aussi, par rapport à la personne violente :
Si on disait à la personne qu’elle est violente, que ses comportements étaient inacceptables et violents, qu’elle risquait de commettre l’irréparable, peut-être que cette personne allumerait. Elle ne demanderait peut-être pas de l’aide, mais se tiendrait peut-être plus tranquille. 

D’autre part, malgré le fait qu’on parle de plus en plus de santé mentale, c’est encore un tabou.  À quoi cela est dû selon vous?
C’est un tabou pour quiconque ne connaît pas ces problématiques. Mais encore là, c’est une question d’information.
1 personne sur 5 souffre de maladie mentale. Dès qu’on commence à reconnaître que c’est partout, dans toutes les familles et que ça peut nous arriver à nous… le tabou devient un peu dérisoire.

Dans votre livre, un drame se passe dans la vie de Roxanne et Thomas. Croyez-vous que dans les situations de violence ce soit inévitable?
    Je crois qu’on peut éviter la violence physique lorsqu’on sait à qui et à quoi on a affaire. De là, l’importance de démasquer les gens qui risquent d’avoir des comportements violents. Dès lors qu’on identifie la violence psychologique, qui cause autant de blessures, sinon plus, que la violence physique, il faut intervenir. D’abord auprès de la victime, avec l’entourage et les professionnels. Ensuite, on peut dénoncer les comportements violents d’une personne, en n’ayant pas peur d’utiliser les bons mots. Cette personne peut parfois se croire tout permis, il est bon de la ramener à l’ordre.
   
   Ça demande beaucoup de ressources. Il ne faut pas avoir peur d’aller chercher ces ressources.  Elles existent, c’est ça l’important.

   Qu’est-ce qui vous a fait choisir cette fin?
J’ai longtemps hésité. J’aurais pu laisser le lecteur sans réponse. J’ai choisi de donner la voix à un témoin neutre pour répondre à certaines questions. Mais encore, le lecteur demeure souvent troublé par cette lecture, car le témoin neutre n’est pas infaillible.

J’ai quand même choisi de répondre à certaines questions pour ceux et celles, et Dieu sait qu’il y en a des milliers, qui vivent ce que mes personnages ont vécu.

On dit souvent qu’il y a une petite partie de l’auteur dans ses personnages. Est-ce le cas dans votre roman?
Bien sûr, je n’aurais pas pu rentrer autant dans leur intimité s’il n’y avait pas de moi dans les personnages.

En quoi vous retrouvez-vous dans chacun d’eux?
Si j’avais été un homme, j’aurais probablement voulu être cool comme Thomas, faire plusieurs conquêtes avant de rencontrer LA femme…  Je crois que Thomas a un peu de ma sensibilité mais il la cache bien.
Quand à Roxanne, je dirais que c’est un peu moi il y a quelques années, mais que j’ai beaucoup changé depuis.

En quoi sont-ils différents de vous?
J’ai plus d’ambition que Thomas et beaucoup moins de détachement.
J’ai plus d’humour que Roxanne et je suis moins émotive, dramatique qu’elle.

Qu’aimeriez-vous que les gens retirent de l’histoire de Thomas et Roxanne?
   Qu’il y a toujours deux côtés à une médaille, que c’est une histoire captivante qui pourrait nous arriver à tous ou à quelqu’un que l’on aime, qu’il est urgent de régler nos conflits intérieurs si on veut vivre le meilleur de l’amour et non le pire comme dans leur histoire.




Écriture

Comment se passe le processus d’écriture pour vous? Avez-vous un endroit ou un moment privilégié pour écrire?
J’ai presque entièrement écrit mon roman dans un café sur le Plateau, le Café Névé, qui est toujours plein maintenant. Alors j’écris plus chez moi ces jours-ci. J’avais un objectif de mille mots par jour et il m’arrivait d’en faire deux mille dans une bonne journée. Il faut que j’aie l’histoire dans ma tête, que j’aie un simili plan et ensuite je m’y attaque tel un artisan qui fait un meuble. Un morceau, un chapitre à la fois.

Qu’aimez-vous dans le fait d’écrire?
  COMMUNIQUER. C’est ma passion.  De pouvoir faire vivre une expérience au lecteur, dans l’émotion, c’est le summum de la communication.  Mon but ultime est de communiquer l’incommunicable. Arriver à partager ce qui se passe dans la tête, dans le cœur, et pourquoi pas dans le corps d’un personnage, aux lecteurs.

   En quoi votre profession de journaliste vous a aidé, ou nuit, dans l’écriture votre premier ouvrage de fiction?
Ça m’a aidé à bien raconter, sans fla fla, une bonne histoire. J’ai mis de côté mes ambitions de poètes et de citation dans le dictionnaire pour raconter de manière plus parlée, et je crois que ça a servi le roman.
En journalisme, je ne me suis jamais mise de l’avant, c’est le sujet qui était important, et j’espère faire la même chose en écriture.  Je ne veux pas que le lecteur s’arrête sur une phrase en disant : « Wow ! Quelle belle tournure de phrase ! Quel auteur formidable ! » mais plutôt qu’il soit ému, captivé, troublé et se reconnaisse par moments dans mon livre.  Selon moi, le lecteur ne paie pas pour admirer le talent d’un auteur mais pour vivre une expérience.  Vous ne verrez donc jamais de longues descriptions interminables dans un de mes livres.

Envisagez-vous d’écrire un autre roman? Si oui, de quoi parlera-t-il?
Oui ! La Sorcière du Palais : un roman thriller qui porte sur la disparition d’une avocate de la défense qui a mauvaise réputation qui devrait paraître d’ici un an. Mais pour les prochaines semaines, je me consacre à la traduction du roman Arranged de Catherine MacKenzie.

Questions d’ordre général

Qu’est-ce qui vous fait rire? L’absurdité, l’autodérision, ces petits travers que nous avons tous en commun, mes amis, les grimaces de ma fille.

Qu’est-ce qui vous enrage? La cruauté, l’injustice, la violence, l’indifférence, le mépris.

Qu’est-ce qui vous émeut? La bonté, la complicité réelle, l’intimité, la maladie, le succès après l’effort, la capacité des gens à surmonter les épreuves.

Qu’est-ce qui vous inspire? La vraie générosité, trop rare, celle qui est complètement désintéressée.  L’entreprenariat et la créativité de ceux qui réussissent.

Quelle est votre devise? Un petit pas chaque jour.  (et quand je suis en écriture ou en traduction : 1000 mots par jour !  Et maintenant je suis à l’entraînement : 30 minutes par jour ! )

Seule sur une île, qu'apportez-vous? Ma fille et un iPad bien rempli de musique, de films et de livres numériques.

Quel est le livre qui vous a le plus marqué?
Le comte de Monte Cristo  de Dumas. Je me souviens de l’avoir dévoré durant la nuit pendant mon adolescence et d’avoir plongé dans l’univers de ce personnage marqué par l’injustice. Par contre, je ne partage pas son désir de vengeance.

Et j’ajoute, plus récemment, Emmanuel Carrère, Un roman russe, car c’est ce livre qui constitue pour moi l’objectif de vérité sur soi à atteindre en tant qu’auteure et personne.


Sophie Bérubé
 a une formation en droit et en philosophie. Elle a pratiqué comme avocate, mais depuis plusieurs années elle est journaliste, animatrice, productrice et auteure. Vous pouvez la voir à VOX où elle anime l’émission Sans filtre.




Entrevue avec Julie Balian auteure du roman «Le goût du paradis»




Une nouvelle auteure à découvrir, Julian Balian, qui habite maintenant aux États-Unis, a répondu à mes question. Son premier roman Le goût du Paradis, est paru chez La courte échelle cet automne. Nous avons discuté anorexie-boulimie.

.     Vous avez vous-même vécu des problèmes d’anorexie boulimie.  Comment résumeriez-vous cette affection ?
Dans le roman, Clarence parle de « son dragon intérieur » quand elle décrit sa boulimie. Le dragon est une métaphore pour la dépendance, et j’aurais pu l’utiliser de la même façon si Clarence avait été alcoolique, toxicomane, etc. 

Dans le cas particulier des troubles alimentaires, le dragon représente la faim sans fond. Les anorexiques-boulimiques sont convaincues que si elles mangent quelque chose d’interdit (c’est-à-dire qui a bon goût) elles seront incapables de s’arrêter de manger avant d’avoir le ventre qui fait atrocement mal. Donc elles ne se permettent rien de bon, par peur de « réveiller le dragon » . Dans le même sens, les alcooliques ne peuvent même pas se permettre une petite gorgée de vin. C’est tout ou rien.

Donc le dragon est une force négative, mais aussi un mécanisme de défense. C’est un moyen de s’engourdir pour ne pas vivre une émotion difficile, un stress, une peine d’amour. Ton chum te laisse pour ta meilleure amie ? Au lieu de vivre ta peine à fond, tu appelles le dragon pour qu’il te « gèle » émotionnellement et physiquement. Au bout d’un moment, tu n’arrives plus à vivre sans lui.

Chaque dépendance est un symptôme d’un mal plus profond : elle sert à se protéger du vrai problème,  à  éviter de faire face à toute la douleur qui se cache derrière.

·   Qu’est-ce qui vous a amené à écrire l’histoire de Clarence Paradis?

  Dans les cours de création littéraire que j’ai suivis, on nous conseillait souvent d’écrire sur des sujets que nous connaissions bien.  Quand est venu le temps d’écrire mon roman, j’ai décidé de donner à mon héroïne une maladie dont j’avais souffert moi-même, parce que je sentais que je maîtrisais bien le sujet et les émotions qui s’y rattachent.  Même chose pour le pays où voyage Clarence. J’ai vécu en Nouvelle-Zélande et j’avais envie de m’y retrouver par l’entremise de mon personnage.

·  De replonger dans votre expérience personnelle a-t-il été difficile ?
Pas vraiment. Au contraire, ça m’a aidée. Quand j’avais des troubles alimentaires, j’avais beaucoup de culpabilité par rapport à la maladie, comme si d’en souffrir était mon choix. Quand j’ai écrit l’histoire et que j’ai pu voir la souffrance de Clarence avec un œil plus détaché, j’ai finalement pu penser à l’adolescente que j’étais avec beaucoup plus de compassion. 

Comment allez-vous aujourd’hui ? 
Très bien merci. J’ai souffert de troubles alimentaires de l’âge de 16 à 25 ans. Ça fait donc dix ans que j’ai vaincu le dragon. Je ne crois pas que j’aurais pu écrire sur le sujet si j’avais encore été aux prises avec la maladie. Il me fallait du recul et un peu plus de maturité pour comprendre cette expérience.

·  Vous parlez des sites Pro-Ana dans le livre. Clarence y a pris plusieurs trucs pour nourrir sa maladie. Que pensez-vous de ces sites ? 
Je suis partagée. La solitude associée à une telle dépendance est si difficile, je ne sais pas si c’est préférable d’avoir des anorexiques comme amies ou de ne pas avoir d’amies du tout. D’un côté, c’est toujours un soulagement de voir que d’autres jeunes filles vivent exactement ce que tu vis, mais d’un autre, ça peut ouvrir la porte à des comportements encore plus nocifs. J’ai lu des choses sur ces sites qui m’ont horrifiée. Les exemples donnés dans le roman sont réels.

·     Comment se passe le processus d’écriture pour vous? Avez-vous un endroit /un moment privilégié pour écrire?
Oui, depuis trois ans j’ai l’espace d’écriture dont j’ai toujours rêvé : dans le grenier d’une vieille maison, sous un pignon…un endroit sans internet, sans téléphone… Je m’y rends chaque matin très tôt. Je suis assez maniaque par rapport au rituel d’écriture. J’écris tout à la main, avec une certaine plume, une certaine encre… il me faut du thé anglais, une chandelle, mes animaux autour de moi, même des chaussettes particulières (j’en ai dix paires… elles sont tellement laides que mon mari les appelle mes « chaussettes contraceptives ». )


·      Qu’aimez-vous dans le fait d’écrire?
Je ne peux pas imaginer ma vie sans l’écriture. J’ai l’impression d’être née en sachant qu’il fallait que j’écrive pour être heureuse. Si je ne l’avais pas fait, les regrets auraient été insoutenables.
Je crois que c’est le plus beau métier du monde. J’ai toujours trouvé triste de n’avoir qu’une seule vie à vivre… Je ne saurai jamais ce que c’est que d’être un homme, une londonienne, une star de cinéma, une athlète olympique… La lecture et l’écriture, heureusement, me permettent de vivre un peu dans les souliers des autres, de voir la vie avec leurs yeux, ce qui est à mon avis nécessaire et passionnant.

En quoi vous retrouvez-vous dans Clarence? 
Sa personnalité est très semblable à la mienne. Elle est solitaire, elle a besoin de voyager, elle est sensible, elle rit d’elle-même et elle se questionne sur tout.


·      En quoi est-elle différente de vous ?

Les circonstances de sa vie ne sont pas du tout les miennes. Je lui ai donné une autre famille, j’ai inventé plein d’événements dramatiques pour la forcer à faire face à ses problèmes… Il n’y a qu’au niveau des émotions que je suis allée puiser dans ma « vraie vie ».


·      Y a-t-il des aspects de la personnalité de Clarence que vous auriez aimé avoir ?

Un talent pour la pâtisserie ?


·   La couverture du livre est très jolie. Le fait que l’on ne voit pas vraiment le visage de la jeune femme donne l’impression que cela pourrait être n’importe qui. Est-ce l’intention derrière le choix du visuel ?
J’ai eu beaucoup de compliments là-dessus, en effet. J’ai été libraire, alors j’ai un genre de fixation sur les couvertures… en travaillant près des lecteurs, je me suis rendu compte à quel point le premier coup d’œil était important. Je n’avais pas vraiment d’influence sur le choix de l’image, j’avais seulement demandé à la Courte échelle de ne pas mettre de visage, je trouve que c’est voler une partie de l’imagination du lecteur… J’étais vraiment heureuse quand j’ai vu le résultat.

·  Quelles seraient les recommandations que vous feriez aux personnes atteintes d’anorexie-boulimie?
Après avoir lu mon roman ? De demander de l’aide, si possible à un professionnel des troubles alimentaires.  De s’entourer de gens qui peuvent les soutenir et les écouter pendant le processus de guérison. De ne pas avoir honte d’en parler.

·      Et à leurs proches ?
De ne jamais faire de commentaires sur le poids ou l’apparence d’une personne atteinte ou à risques… D’être à l’écoute, de donner de l’amour et de la compassion, sans jamais attaquer ou juger celle qui n’est pas prête à en parler.  Pas facile !
  
·     Prévoyez-vous écrire un autre roman. Si oui, de quoi parlera-t-il?
Oui, je suis en train d’en écrire un autre. Je crois que ce qui m’intéresse le plus quand j’écris, ce sont les relations familiales. C’est un terrain très fertile pour mon imagination… Les rivalités, les secrets de famille, les tragédies, les trahisons….et bien sûr, l’amour… !


Questions sur le vif
·      Qu’est-ce qui vous fait rire?
  Mon mari. C’est presque frustrant… même quand je suis fâchée il arrive à me faire rire.

·      Qu’est-ce qui vous enrage?
Depuis que j’habite aux États-Unis, les Républicains. Pas capable !

·      Qu’est-ce qui vous émeut?
Ceux qui donnent sans rien demander en retour.
La relation qui peut se développer entre un humain et un animal.

·      Qu’est-ce qui vous inspire?
Les romans des autres. L’histoire en général, voyager, me promener dans la nature. 

·      Quelle est votre devise?
Ici. Maintenant.

·      Seule sur une île, qu'apportez-vous?
Papier, crayons et quelques bouteilles vides.

·      Quel est le livre qui vous a le plus marqué ?

Il y en a trop !!!
Les livres que j’ai tendance à relire parce qu’ils m’ont donné un immense plaisir littéraire sont surtout les grandes sagas de famille et d’amour… Autant en emporte le vent, À l’est d’Éden, Les oiseaux se cachent pour mourir, the Forsyte Saga, Middlemarch, etc. J’ai une vraie passion pour la littérature anglo-saxonne.





Entretien avec Mélanie Beaubien auteure d'Intensité recherchée.




Mélanie Beaubien vient tout juste de publier Intensité recherchéeson premier roman, chez Les Éditions AdA. Elle enseigne la psychologie au Cégep de Trois-Rivièeres. Elle a généreusement accepté de se prêter au jeu de l'entrevue malgré une fin de session très chargée.
  • Vous enseignez la psychologie au collégial depuis plusieurs années. Vous nous offrez votre premier roman. D’où provient ce désir d’écrire? Honnêtement, écrire un livre n’a jamais fait partie de mes projets. Il y a quelques années, alors que je traversais un deuil difficile, une amie m’a dit : « Tu aimes les défis, tu es créative, tu devrais écrire un livre. Ça te ferait du bien ! » Ce soir-là, j’ai écrit un premier chapitre que j’ai transmis à quelques amies par courriel. La réponse a été positive… mon roman venait de voir le jour. Le lendemain, je suis allée chercher un livre à la bibliothèque de mon collège afin d’obtenir des trucs pour amorcer ce processus d’écriture. Au fil du temps, cette aventure « thérapeutique » est devenue un projet et un rêve.
  • Chaque auteur a un processus d'écriture qui lui est propre. Quel est le vôtre ? Quelles sont vos conditions idéales pour écrire ? La meilleure façon de me préparer à écrire c’est de faire de la route ou prendre une marche afin de « mijoter » un chapitre. Une fois cette étape effectuée, l’histoire prend forme et je suis prête. J’essaie d’être toujours dans des conditions similaires pour écrire afin de stimuler ma créativité (truc lu dans un livre). Mes conditions idéales : être seule à la maison le soir, mon bureau ou la table de la cuisine, un bon éclairage, un verre d’eau, mon portable et un chat !
  • Qu’aimez-vous dans le fait d’écrire? Je perds complètement la notion du temps. Mon cerveau est en ébullition. Tout ce qui entoure le processus de création est génial : me casser la tête pour trouver « le » mot ou « la » phrase qui fait du sens, rire mes propres blagues, trouver un synonyme, apprendre une nouvelle règle en français, en discuter avec les gens qui m’entourent, la satisfaction personnelle lorsque je termine un chapitre, réfléchir, améliorer mon texte, être découragée, m’accorder un morceau de chocolat entre deux paragraphes, m’encourager, relever des défis et persévérer.
  • Votre profession vous a sûrement permis d’être témoin de plusieurs phénomènes humains. Qu’est-ce qui vous a motivé à écrire sur le deuil, plutôt qu’autre chose? Au départ, comme je l’ai déjà mentionné, il y a eu quelque chose de thérapeutique. Je voulais me sentir mieux et je me disais aussi que cette histoire pourrait sûrement aider des gens. Une      autre motivatation du fait que, plus jeune, lors de ma première peine d’amour, ma mère m’avait remis le livre de Jean Monbourquette. Lorsque j’ai débuté ma lecture, j’ai éclaté en sanglots. Les mots écrits étaient les miens. Je venais de réaliser que si quelqu’un avait écrit ces mots, c’est que je n’étais pas seule à vivre ce genre d’émotions. Alors lorsque j’ai écrit mon livre, j’ai toujours eu en tête cette idée, c’est-à-dire que les gens ne sentent pas seuls, qu’ils réalisent que le deuil fait partie de la vie. Enfin, j’enseigne entre autres des cours portant sur le développement humain, un des thèmes est le deuil. À plusieurs reprises des étudiants ou des étudiantes m’ont mentionné qu’ils étaient contents d’en apprendre davantage sur ce sujet, que trop souvent ils ne savaient pas comment réagir pour aider les gens qui vivent un deuil et qu’ils n’avaient pas abordé ce sujet à d’autres moments dans leur parcours scolaire. Raison de plus pour que mon roman puisse sensibiliser les gens. 
  • En quoi votre profession vous a-t-elle aidé dans l’écriture de votre roman? Tant le côté humain de ma profession que le côté intellectuel m’ont aidée dans cette aventure. Les rencontres avec les gens, la recherche, les discussions en classe et le partage d’expériences entre collègues ou avec les étudiants sont des sources d’inspiration immenses.
  • Emmy cherche à trouver l’amour. Elle cherche «le bon». Croyez-vous en ce concept dans la vie de tous les jours? Je crois qu’il y a « un bon », mais que ce dernier le sera par choix et non sans efforts. Trouver la personne qui correspond aux critères de notre commande, c’est une chose et aimer cette personne toute notre vie en étant heureuse en est une autre. Il sera «  le bon » ou elle sera « la bonne » si chacun y met      du sien, évolue et reste ouvert au changement dans le couple, car je ne crois pas au concept de l’âme sœur.   
  • En quoi Emmy vous ressemble-t-elle ? Tout comme elle, mes amis ont une importance immense dans ma vie, le chocolat représente un « orgasme buccal » et la recherche d’intensité fait partie de moi.
  • Votre roman recèle d’information et de trucs concernant les relations de couple et le deuil. Avez-vous déjà pensé à écrire un essai sur ces sujets? Non puisque je crois que tout ce que je produis pour mon enseignement est suffisant et y ressemble dans un sens. Je dois faire une recension des écrits, des recherches, de la lecture et ensuite je produis des notes de cours, des exercices, etc. Cet emploi comble d’ailleurs mes besoins de défis, d’actualisation et d’acquisition de connaissances. 
  • Qu'aimeriez-vous que vos lecteurs retiennent de votre livre? Tellement de choses… Le deuil fait partie de la vie, des outils existent et des trucs pour mieux le vivre. On ne doit pas juger la vie des gens, le processus de deuil des autres. La lecture est un excellent moyen de se dorloter et qu’un réseau social de qualité est à prendre comme un cadeau de la vie. Je souhaite aussi que les gens le consultent à nouveau après l’avoir lu et qu’ils le partagent afin d’aider d’autres personnes soit à mieux traverser un deuil ou tout simplement à vivre un bon moment de lecture. Cette histoire c’est la vraie vie !
  • Prévoyez-vous écrire un autre roman? Si oui, de quoi parlera-t-il? Mon deuxième roman porte encore sur l’amour bien sûr, mais aussi sur l’engagement et la parentalité (désir ou non d’avoir des enfants par exemple). Emmy est encore à la recherche d’intensité, mais elle prendra des moyens différents pour y goûter… De plus, je profite encore de cette tribune, pour insérer des trucs permettant d’aider ou sensibiliser les gens sur différentes thématiques.

Pour mieux la connaître...
  • Qu’est-ce qui vous fait rire?
  • Mon chum…J’ai mon clown privé à la maison ! 
  • Qu’est-ce qui vous enrage?
  • Les gens qui souffrent de « négativisme chronique », qui critiquent constamment et qui sont peu ouverts d’esprit.
  • Qu’est-ce qui vous émeut?
  • Emmy, personnage principal de mon livre, dit souvent qu’elle est « full émue » et cette expression m’appartient. Selon moi, elle permet de préciser à quel point je suis profondément touchée et plusieurs choses provoquent cette sensation... ma « toune » qui joue très fort dans la voiture en passant par une soirée en compagnie des gens que j’aime.
  •  Qu’est-ce qui vous inspire? Les gens qui m’entourent, en particulier mes amies. 
  • Quelle est votre devise?
  • L’intensité permet de se sentir en vie. 
  • Seule sur une île, qu'apportez-vous?
  • Ma pharmacie (je suis certaine que ceux et celles qui me connaissent vont rire en lisant cette phrase). 
  • Quel est le livre qui vous a le plus marqué?
  • Si je pense à mes lectures plus récentes, je dirais Le Cocon de Janette Bertrand. Je n’avais aucune idée à quoi m’attendre en le lisant et j’ai été particulièrement attendrie par les personnages. Une lecture touchante et rafraîchissante comme je les aime.





La quête d'amour au centre de tout.






Isabelle Le Pain a publié ce mois-ci son premier roman L'autre moitié du lit chez AdA. Ancienne travailleuse sociale ayant œuvré à la Protection de la jeunesse durant plusieurs années, elle est maintenant enseignante au programme de Techniques de travail social du Cégep Saint-Jean-sur-Richelieu. C'est avec générosité qu'elle a accepté de me rencontrer à son bureau pour discuter de son livre.

La quête
 
Comment décririez-vous votre livre?
Ce roman est un mélange d’une multitude de thèmes, en lien avec notre humanité.  Que ce soit le côté noir, blanc ou encore celui qui est gris.  Il parle de la quête amoureuse, de questionnements, de constats ou encore de l’absence de réponses et ce, peu importe l’âge.  Il parle d’amitié, de l’influence qu’exercent les autres sur soi.  Il parle d’amour envers sa personne et les autres, sans oublier le deuil, qui se vit parfois d’une façon plus insidieuse ou plus visible.  Il parle de colère, d’impuissance et de solitude puis, en sens inverse, de persévérance, d’espoir, de confiance et d’idéaux.
L’autre moitié du lit, porte aussi un regard sur l’ironie de la vie, qui à sa façon, nous retourne à notre humilité, lorsqu’elle devient plus efficace que nous, afin de mieux travailler en notre faveur.  Bref, on peut lire ce livre de plusieurs façons.  Tout dépend de ce qui nous touche, nous fait rire ou encore nous attriste. 

Cette quête d'amour dont il est question est principalement portée par Gabrielle, le personnage principal. Pourriez-vous nous la décrire?
Elle est entière, sensible, rêveuse, excessive parfois. Elle est loyale, pleine d’espoir, ironique, cérébrale. Elle est également persévérante, particulièrement lorsqu’elle veut changer le cours des choses, tout en conservant son « statu quo »! Alors, sa capacité d’autodérision devient utile lorsqu’elle n’arrive pas à lâcher prise. Il y a aussi une grande partie d’elle qui vit de l’ambivalence, une crise au niveau de ses croyances, de ses choix et de ses valeurs. Cette crise lui fait vivre de la colère, de la tristesse, de l’impuissance.   

En quoi Gabrielle vous ressemble-t-elle?
Probablement avec les caractéristiques de l’auto-dérision et sa façon d’exprimer simplement des choses ou des sujets parfois complexes. Il y a aussi la persévérance, l’idéalisme et le côté cérébral. Comme moi, Gabrielle tolère peu les injustices et les incohérences de ceux qui se permettent de faire « la leçon », tout en n’appliquant pas les mêmes principes sur eux-mêmes. Toutes les deux, nous sommes également interpellées par les êtres qui abusent de la faiblesse et de la crédulité des autres.

En quoi est-elle différente de vous?
Dans un premier temps, son âge et les questionnements qui s’en suivent. Il y a également des différences au niveau des attentes, des valeurs et des croyances. Elle est davantage dans l’absolu, plus excessive, plus « grande que nature ». Elle est aussi un peu plus fleur bleue que moi. Gabrielle tolère peu son sentiment d’impuissance. Elle ressent très rapidement la culpabilité, elle se demande continuellement si ce qui lui arrive est de sa faute, si elle le mérite. Aussi, elle tolère plutôt mal la solitude, alors qu’il s’agit pour moi de moments privilégiés, importants et nécessaires.

Dans L’autre moitié du lit, on ressent la souffrance vécue par Gabrielle qui, malgré ce qu’elle dit, n’assume pas totalement son célibat. Croyez-vous qu’il est possible qu’un célibat soit totalement assumé, bien vécu, voire désiré?
Tout à fait. Je pense même qu’il est préférable d’être seule que mal accompagné. Pour certaines personnes, il est facile de s’accompagner soi-même et ce, peu importe les motifs justifiant cette préférence. Alors, imaginez particulièrement lorsque l’on se trouve soi-même de bonne compagnie! D’ailleurs, j’ai parfois l’impression que la « pesanteur » du statut de célibataire serait moins lourde pour un grand nombre de personnes. De quelle façon? Simplement en faisant taire l’environnement immédiat et les valeurs de la société qui indiquent qu’on ne peut être heureux qu’en couple.

Comment peut-on réussir à faire fi des pressions de l’environnement, selon vous?
En fait, ce sont les gens et les événements qui nous rappellent que nous sommes célibataires. La notion de enlevait tout ça, beaucoup de gens choisiraient d’être célibataires. Je pense que pour cela il faut d’abord accepter que ce soit ton choix d’être célibataire, protéger ton autorité intérieure, se faire confiance et mettre ses limites. Il faut également cesser de se percevoir comme une victime. 

Gabrielle est peut-être à la recherche d’un compagnon, mais elle a cependant de fortes amitiés. Elle a entre autres tissé une profonde amitié avec Ariane. Quelle est l’importance de l’amitié dans votre vie?
Elle est importante et faisant partie d’un tout. L’amitié commande un type d’amour différent de celui en lien avec la famille, les enfants, celui du couple, de ses passions ou encore de son travail (lorsqu’il est un facteur de bonheur). Les enjeux ne sont pas les mêmes et l’influence qu’elle peut exercer sur la personne est également différente. L’amitié pour moi, permets d’enrichir la personne, de l’équilibrer, de répondre à certains besoins à diverses périodes de la vie. L’amitié à travers le temps, peut être à la fois un port d’attache tout comme un miroir confrontant. Je pense que le cœur est un muscle extensible et que l’amour peut se multiplier au lieu de se diviser. 

Le chemin vers l’écriture

Après avoir travaillé plusieurs années en tant que travailleuses sociales, vous enseignez en techniques de travail social. Maintenant, vous nous offrez votre premier roman. D’où provient ce désir d’écrire?
Peut-être était-ce la suite logique des choses dans ma vie professionnelle. Après avoir écrit de nombreux rapports psychosociaux, un mémoire de maîtrise, de nouveaux contenus de cours. J’avais envie d’écrire d’une façon plus légère, moins scientifique, plus accessible, plus amusante pour moi et le lecteur. Ma famille me soulignait dernièrement que lorsque j’étais enfant, je voulais devenir tout cela… intervenante, professeure et auteure. Alors, je suis dans la ligne de mes rêves et aspirations. Aussi, j’ai toujours vu ma mère écrire…

Qu’aimez-vous dans le fait d’écrire?
Ça permet le recul, en ce sens que l’on peut toujours revenir sur l’écriture. Comme lorsque je travaillais en intervention, les notes d’évolution me permettaient de prendre du recul par rapport aux interventions. L’écriture c’est libérateur, c’est la passion. Ça m’amuse quand j’écris une ligne pleine de « punch ». 

Votre profession vous a sûrement permise d’être témoin de plusieurs dynamiques relationnelles. Qu’est-ce qui vous a motivé à écrire sur la quête amoureuse, plutôt qu’autre chose?
En tant qu’ex-travailleuse sociale (ne faisant plus partie de l’ordre), l’amour et l’attachement m’apparaissaient être souvent à la base du bonheur ou du malheur. Il s’agit d’un besoin fondamental universel. À partir du degré d’amour ressenti, de la gestion, de l’importance qu’accordent les individus quant à l’amour, selon leur perception et leur vision de la chose, toute l’unicité et la complexité de la personne apparaissent. Comme l’individu est continuellement en interaction avec son environnement, les croyances très influentes dans notre société vont également avoir un impact sur la personne. Il était donc intéressant de démontrer un peu ce phénomène, à travers les interactions et le regard que Gabrielle posait sur son environnement et réciproquement eux sur elle.
 
Votre roman est rédigé sous forme de chroniques. Qu’est-ce qui vous a fait pencher pour ce type de rédaction?
Deux raisons particulières. D’abord, parce que le style de rédaction s’est imposé de lui-même. Il convenait bien pour l’histoire de Gabrielle. Comme sa vie ne se résumait pas seulement à cette quête, il était plus simple de mettre l’accent sur cette portion qui lui permettait d’explorer différentes notions en lien avec l’amour. Mon idée initiale était de faire découvrir Gabrielle sous d’autres angles un peu plus tard, mais à travers l’histoire des autres personnages, pour qui j’aimerais offrir une attention plus particulière et plus en profondeur.
Ensuite, parce qu’à travers les années et différentes conversations, je trouvais que certains thèmes, en lien avec la quête amoureuse, se retrouvaient chez plusieurs personnes, et ce, d’une façon presque universelle. Il était donc intéressant de pouvoir donner un point de vue et un certain sens, selon la personnalité de Gabrielle.


Retrouver le chemin vers soi

Qu'aimeriez-vous que vos lecteurs retiennent de votre livre?
Que l’aventure commence par soi-même dans un premier temps et que la vie travaille souvent mieux que nous! Aussi, que l’humilité et l’humour sont des outils puissants pour faire face aux revers de la vie.

Vous prévoyez écrire un autre roman. De quoi parlera-t-il?
Je pense qu’il s’agira de l’autre moitié du lit du personnage d’Ariane. Ariane est totalement différente de Gabrielle. Sa quête de l’amour se ressent et s’actualise de façon totalement opposée. Elle n’est pas aussi cérébrale, mais davantage dans l’action. Ariane aime la solitude et subit peu l’influence de l’environnement. 


Questions/Réponses avec Gabrielle
Qu’est-ce qui vous fait rire?
L’ironie de la vie, mes réactions et ce qui peut me passer par la tête…
Qu’est-ce qui vous enrage?
D’avoir l’impression de faire tout ce que je peux et que la situation ne donne pas nécessairement ce que je souhaitais. Je peux également être explosive devant l’intolérance et la cruauté des autres.
Qu’est-ce qui vous émeut?
Les petites attentions, la générosité gratuite, la souffrance de l’autre.
Qu’est-ce qui vous inspire?
Mon environnement, les petits événements qui se produisent autour de moi, le courage (en petit comme en grand format).
Quelle est votre devise?
Merci, j’ai l’impression d’avoir compris en partie… on continue et je ferai mieux la prochaine fois.
Seule sur une île, qu'apportez-vous?
Je ne serai jamais seule! J’apporterais tout mon environnement (ami [e] s, chum, bébé, famille) et le nécessaire pour reconstruire un lieu accueillant, sécurisant, confortable et paisible.