samedi 25 février 2017

Dans la boîte aux lettres!

Que des surprises cette semaine! On aime ça, les surprises!

Bon week-end!


Une virée américaine, François Jobin,
À l'étage


Le tsar de Peshawar, Mario Bolduc,
Expression Noire



Le syndrome de l'aimant, Ross Rosenburg,
Les Éditions de l'Homme

Les tigres bleus, tome 1 -
Le royaume du sable,
Yves Trottier




jeudi 16 février 2017

Jeudi jeunesse : Le sexy défi de Lou Lafleur

Lou Lafleur adore écouter les infos. Elle planifie devenir journaliste et s’y prépare déjà. Sa petite vie tranquille est bousculée lors de l’écoute d’un téléjournal où elle capte l’information que l’âge moyen de la première relation sexuelle des jeunes filles est de 15 ans. Elle est complètement sonnée! Elle aura bientôt 16 ans et elle n’a toujours pas fait l’amour. Déterminée à figurer dans la norme statistique, Lou se lance dans ce qu’elle appelle son sexy défi. Et elle sent qu’il y a urgence, puisqu’il lui reste un mois et demi avant son anniversaire. Mais chère Lou, tu as oublié qu’un âge moyen sous-entend que certaines filles ont fait cette expérience plus jeune… et d’autres, plus tard. ;-) L’ado affolée n’a retenu que fille, 15 ans et première relation sexuelle. Lou se met donc un plan à exécution, mais il y a quelques embûches qui se dressent dans son chemin.

J’avoue qu’un lisant le titre, j’ai eu peur qu’il s’agisse d’un roman dans lequel on retrouverait des jugements, un ton moraliste et qu’on y prendrait un peu à la légère tout ce qui entoure les premières relations sexuelles. On m’a assuré que ce n’était pas le cas et je suis soulagée que cela ne l’est pas, en effet. Bon, à l’exception d’un jugement lorsque les amis de Lou lui disent qu’elle ressemble à une guidoune. Ç’aurait pu être rattrapé par une intervention de Lou qui souligne que, d’une part, ce ne sont pas toutes les prostituées qui s’habillent ainsi et que toutes les filles ou les femmes qui s’habillent ainsi sont des prostituées. Cependant, c’est le seul jugement que j’ai décelé.

Lou a une personnalité inquisitrice, elle se documente et durant ses recherches, elle se rend compte que plusieurs choses ne sont pas telles qu’elle le croyait, qu’elle a mal évalué certains éléments, qu’elle doit rajuster le tir, qu’elle doit se respecter davantage. En plus, elle est tout simplement adorable, elle a l’esprit vif et elle est pleine d’humour. Les lectrices et lecteurs l’aimeront à coup sûr.

Le langage est adolescent, sans que le français en prenne trop pour son rhume.
De nombreuses informations sont amenées avec doigté de manière à aider les ados à prendre une décision éclairée quant à la sexualité et les conditions nécessaires pour que leur expérience soit agréable, enrichissante et sécuritaire. Sarah Lalonde aborde la perte de la virginité, le premier amour, la pornographie, la contraception, les ITS, la masturbation et j’en passe, de très belle façon. Je crois qu’elle s’est adjoint une sexologue (Sophia Lessard) afin de s’assurer que tout soit présenté de la bonne façon.

Un livre qui, même si les principaux personnages sont féminins, pourrait très bien être une lecture profitable et agréable pour les jeunes garçons. Pour comprendre le côté des filles, mais aussi parce que les enjeux dont on traite sont, pour la plupart, également les leurs.


Une très belle surprise!

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

lundi 13 février 2017

Un roman adulte rempli de matière pour India Desjardins!

Dans son premier roman adulte depuis Les aventures d’India Jones – que j’ai beaucoup aimé –, celle qu’on a connu davantage pour sa série jeunesse Aurélie Laflamme s’attarde, notamment, aux illusions qu’entretiennent certaines femmes au sujet de l’amour et des relations amoureuses. Gros contrat!


En 2008, Sarah – et attention, ça ne se prononce pas Sarâh, tout comme India ne se prononce pas Indiâ… maudit que c’est laid, cette tendance à mal prononcer les noms qui se termine en a – est en couple avec Gabriel depuis 5 ans. Elle vient d’emménager avec lui depuis peu et commence à envisager de fonder une famille. Malheureusement pour elle, son chum est loin d’être rendu là… En fait, alors qu’elle ne s’en attend pas du tout, il la quitte. La jeune femme de 31 ans est bouleversée.

En peine d’amour, elle en a après les comédies romantiques, qu’elle n’est plus capable de regarder. En fait, ces films sont ni plus ni moins que les contes de fées pour adultes. Ils nourrissent l’illusion du prince charmant qui arrive pour sauver la belle, ou celle que l’on peut changer un homme par amour, que l’amour réussit à terrasser tous les obstacles, tous les problèmes que peuvent vivre un couple. Ils créent des attentes irréalistes.

Sept ans plus tard, on la retrouve menant une brillante carrière à la tête de sa compagnie de relations publiques. Elle est toujours célibataire et ses essais de « sexe sans conséquence », le casual sex, n’ont pas été couronnés de succès. L’ancienne romantique n’arrive tout simplement pas à se faire à l’idée d’avoir des relations sexuelles sans sentiments. Comme elle a pris la décision que le célibat est le bon choix pour elle, eh bien, ça annonce la sécheresse de côté des parties de jambes en l’air.

Ce faisant, l’auteure s’en prend aux nombreux jugements sur le célibat. Comme ce n’est pas une norme statistique, comme ça confronte les gens qui ne sont pas célibataires à leur difficulté d’être seul, ça dérange. C’est comme si une personne ne va pas bien si elle est célibataire.

India Desjardins aborde la difficulté de faire son deuil d’une relation à l’ère des réseaux sociaux. Un problème bien réel. Facebook, notamment, fait en sorte qu’il est difficile de « passer à autre chose », parce qu’on peut voir ce que font nos ex, parce que tout ce qu’on y écrit est consigné à vie et Facebook a l’heureuse manie de nous rappeler chaque jour ce que nous faisions à pareille date des années plus tôt. On pourrait se désinscrire, mais pour ceux qui travaillent dans le domaine des relations publiques et de la communication, pour ne citer que ces professions, les réseaux sociaux sont à la fois des outils de travail et un problème.

Elle réfléchit également au fait que de voir des souffrances énormes peut générer un sentiment de culpabilité de nous en faire avec nos « petits problèmes ». Que ça désensibilise à l’atrocité, par tant d’expositions. Sans mentionner le fait que l’information y circule rapidement et librement et que des situations prennent des proportions démesurées, ce qui modifie notre manière de voir la vie et parfois même, qui altère nos vies.


Par moment, la protagoniste insiste tant sur le fait qu’elle vit bien son célibat, que ben… on se dit « coudonc! Est-ce qu’elle essaie de nous convaincre ou de se convaincre? » Parce qu’on sent bien que le célibat lui sert à fuir d’éventuelles blessures. C’est une control freak. Par exemple, elle n’aime pas être surprise, donc quand elle regarde un documentaire, elle va faire des recherches sur Internet pour déjà en connaître sur le sujet et ne pas être surprise par ce qu’elle apprendra durant son visionnement.

Par l’entremise de Sarah, elle suscite la réflexion sur l’infidélité. Sarah, qui en a été victime et a été complice de l’infidélité des autres, développe une vision pessimiste quant à la capacité des gens à être fidèles. Surtout chez les hommes. Elle arrive même à voir les aventures extraconjugales comme quelque chose d’inévitable. Ce qu’elle croit à ce moment-là

D’un grand idéalisme, le personnage passe directement au cynisme. En fait, ce qu’elle prend pour de la lucidité est en fait du cynisme, du défaitisme, du moins en partie. Elle mentionne plusieurs fois que l’infidélité est devenue « commune », elle a du mal à croire qu’elle ne sera plus trompée. Comme si l’infidélité c’était « moderne » et qu’on n’était pas évolué si on ne l’acceptait pas.

D’ailleurs, sur le sujet de l’aspect « commun », du « comme tout le monde » revient fréquemment. On se dit « Sarah veut suivre parce que tout le monde le fait? Où est son sens de l’individualité, celui-là même qui fait qu’elle assume le fait d’être célibataire?

Pour en revenir à l’infidélité, j’aimerais dire ceci : entre le romantisme/l’idéalisme et le cynisme… il y a oui, la lucidité, le réalisme. Les faits : oui, tu as été trompée. Oui, des hommes trompent. Mais pas tous. Oui, tu as été blessée profondément. Mais ça ne veut pas dire que ce sera toujours le cas.

Cependant, Sarah n’en est pas là dans sa réflexion. Elle s’est résignée et fait de l’évitement de la douleur par peur de perdre le contrôle. Quand un homme se présente, elle trouve plein de raisons pour ne pas le rencontrer. Cherche des excuses pour ne pas être confronté dans son choix de rester célibataire, comme si c’était un engagement à vie. Mais Sarah est un peu extrémiste, pour elle, ça semble être tout ou rien.

Elle se pose aussi beaucoup de questions. De manière générale, mais particulièrement concernant les relations de couple, les hommes et les événements qui pourraient se passer. Ça nous arrive à toutes à un moment ou l’autre. On cherche à contrôler les situations, à les voir venir à l’avance, pour nous éviter de souffrir. Mais au bout du compte, on souffre quand même parce que d’une part, on rate des occasions, et d’autre part, on passe notre temps anxieuse, souvent pour des choses qui n’existent pas ou qui n’arriveront pas. Cela ne veut pas dire d’arrêter de se questionner, mais simplement d’éviter de se faire des scénarios catastrophes. Ou d’essayer de voir trop loin dans l’avenir ce qui pourrait ou pas arriver. Cela dit, elle a tout de même une bonne capacité d’introspection, même si elle refuse de voir certaines choses. Encore là, que celui qui n’a jamais fait de déni jette la première pierre.

J’ai bien aimé la manière dont l’auteure a, avec humour, choisi d’illustrer les pressions de la société pour “rentrer dans le moule”. L’histoire est ponctuée de petits intermèdes succulents sous la forme de communiqués de Service de police mode de vie qui ont pour objet de rappeler aux résidentes du quartier à respecter les “normes” en vigueur, au risque d’être expulsé. Fort amusant!

Si Sarah n’est plus une princesse et renonce à l’amour, elle s’érige dans une forteresse. Peut-être quand elle oubliera complètement ses attentes d’amour idéal sortira-t-elle de cette forteresse? C’est là, seulement, que la princesse sera morte.


La mort d’une princesse suscitera assurément des questionnements et des remises en question de leurs conceptions de l’amour et du couple chez plusieurs lectrices. C’est l’histoire d’une femme qui, avec l’expérience, acquerra de la maturité, écrite par une femme qui a acquis expérience et maturité. Un roman qui touche à beaucoup de préoccupations des femmes d’aujourd’hui. Une très bonne lecture!

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

samedi 11 février 2017

Dans la boîte aux lettres cette semaine!

Cette semaine on a reçu de belles surprises!

Quand un-e auteur-e qu'on a côtoyé ou avec qui on a discuté prend la peine de nous faire une dédicace personnalisée et pas générique du tout, on adore ça! Merci Sophie Bérubé! 💛

Sur un plateau d'argent, Sophie Bérubé,
Libre Expression

Les pieds dans les draps, Suzanne Quimper,
Perro Éditeur

Le Sexy défi de Lou Lafleur, Sarah Lalonde,
Crypto




samedi 4 février 2017

Dans la boîte aux lettres cette semaine!

Nous avons reçu de bien belles choses à lire! Il va falloir y travailler 24/7 pour être en mesure de vous en parler rapidement! Des heures de plaisir anticipées... et on va pas se plaindre! 😏

Bon week-end!

Ça sent la coupe - nouvelle édition augmentée,
Matthieu Simard, Stanké


La mort d'une princesse, India Desjardins,
Les Éditions de l'Homme

Le démon de la faim, Michel Dufour,
Les Éditions Sémaphore

Rue des Remparts, Micheline Lachance,
Québec Amérique

mercredi 1 février 2017

Marée montante

Marée montante est un tout petit roman de 72 pages. Petit, mais pas insignifiant.

Un père s’adresse à sa fille, dont on comprend qu’elle s’est noyée dans le fleuve. Il nous raconte sa descente aux enfers à laquelle la mère en est le témoin impuissant. Les passages où il est question de la maman nous font saisir la distance qui se crée entre les deux parents, chacun prit dans son deuil, chacun a sa façon de vivre le deuil.

Le protagoniste, emprisonné dans la douleur et son sentiment de culpabilité, cherche sa fille dans tout ce qui contient de l’eau. Cette eau est d’ailleurs omniprésente tout au long du récit. Il l’entend dans sa tête, dans les lieux où il n’y en a pas, ses pleurs n’en sont qu’une autre manifestation. Chaque page contient des relents salins qui nous plongent au cœur de l’océan d’émotions.

C’est d’une cruauté de corps à enterrer ou à incinérer. Le deuil en est d’autant plus difficile qu’il reste toujours chez les gens un infime espoir que le pire ne s’est pas produit. Le personnage principal s’y accroche, bien qu’il cherche dans les verres d’eau une trace de sa fille.

Charles Quimper promène son personnage, et ainsi le lecteur, entre deux lieux : le bateau et la maison. Cela fait qu’on anticipe un peu la fin. Cela n’est pas important, c’est le chemin jusque-là qui importe.

C’est une poignante histoire sur la douleur de l’absence, sa cruauté et ce qui advient à ceux qui n’ont d’autre choix que de composer avec. Tout au long du roman, on sent que les perceptions et les souvenirs qui changent, déformés par la souffrance.

L’écriture de Charles Quimper a quelque chose de vaporeux. Sa plume poétique nous attendrit et l’on souhaite porter secours à ce père à la dérive. La profonde tristesse est exprimée avec douceur. On sent même un certain espoir de la retrouver.


Marée montante est le premier roman de Charles Quimper. Quelle belle entrée en littérature!

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique