lundi 8 mai 2017

Toutes les fois où je ne suis pas morte

Catherine prend l’avion quelques jours après les attentats du 13 novembre de Paris. Elle va rejoindre Matt avec qui elle a une correspondance sulfureuse depuis quelque temps. Sous le coup du désir, celui-ci lui a dit « Viens me rejoindre. Prends l’avion. Réglons ça tout de suite». Elle atterrit donc à l’aéroport Bruxelles – Zaventem pour y passer six jours. Six jours où elle ne projette pas de sortir du lit.

Comment se passera la rencontre entre Matt et Catherine, amis depuis des années, amants virtuels depuis peu? Le journaliste de guerre a mis tant d’effort à compartimenter sa vie, à ériger des frontières en lui et entre lui et les autres.

En parallèle aux destins de Catherine et Matt, il y a celui de Malik, qui a quitté la France et se retrouve à la même gare que Catherine. Ils s’y croiseront, d’ailleurs, sans se parler. Puis leurs vies se séparent à nouveau. Malik devant se cacher afin de franchir les frontières de l’Europe pour trouver son père et mourir en héros. Tel est son souhait. Y arrivera-t-il?

Il y a de la souffrance à chaque page. Catherine est une femme, brisée et recollée, un peu comme un vase qu’on a cassé et qu’on recolle du mieux qu’on peut et qui est ébréché et qui a de la colle qui a débordé par endroit. Elle a été malmenée par la vie. La violence a fait partie de la sienne très tôt et longtemps. Elle ne désire plus être l’objet d’un autre, mais qui a parfois du mal à s’en sortir, parce qu’elle veut être une bonne petite fille, parce qu’elle a appris que c’est ainsi. On comprend le cynisme, la petite dose de rancœur, celle de frustration et d’aigreur. Mais aussi une part d’espoir, car elle veut aller vers l’autre à maintes reprises. Quand elle accepte d’aller rejoindre Matt pour une aventure sexuelle, elle le fait consciemment. Non, elle ne sera pas son objet. Elle décide de prendre du pouvoir sur sa vie avec son corps. De se faire du bien avec son corps, alors que celui-ci a beaucoup servi à faire du bien aux autres. Cependant, elle doit se battre contre ses anciens réflexes, car elle s’abandonne encore elle-même pour ne pas blesser l’autre… qui accepte, accepte et accepte encore, jusqu’à ce que ce soit trop.

L’auteure transmet de manière tangible le climat de peur, de méfiance, où certains choisissent de mettre de la distance entre l’autre et eux. De plus, la brume belge envahit les personnages et est encore plus lourde sur eux que sur le paysage.


On m’avait dit que Geneviève Lefebvre a une écriture puissante, et c’est le cas. Elle nous plonge dans les méandres les plus profonds de l’être humain, des motivations de leurs comportements, de leurs blessures, et aussi de ce qui les guérit. Les passages poétiques, la vérité toute crue, une plume acérée et un style bien à elle en font un ouvrage qui mérite de prendre le temps de le lire.

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique


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