vendredi 10 mars 2017

La pureté de la blancheur n'exclut pas le vice


Quel spécimen, cette Andréanne Mars! C’est une jeune femme d’un narcissisme consommé! Elle n’en a que pour elle, les autres ne l’intéressent pas vraiment. Elle est jolie, blonde, s’admire dans les miroirs du centre de conditionnement physique où elle travaille comme entraîneur personnel. Entre l’âge de 19 et 26 ans, elle s’est mariée, et a divorcé, trois fois. Ce n’est pas l’engagement qui l’intéressait tant, mais le fait que ça lui permet de se mettre une belle robe blanche, manger un gâteau blanc, avoir des papillons dans les cheveux.

Le comble, c’est que tout le monde l’aime, ses clients, ses amis, ses voisins, les gens qu’elle croise. Tout le monde! Peut-être pas tant pour sa personnalité, quoiqu’elle sait bien se faire courtoise avec les clients, mais plutôt pour l’image qu’elle dégage. Elle possède une espèce d’aura angélique, elle qui est toujours habillée de blanc. D’ailleurs, le duplex qu’elle habite (celui que son troisième mari lui a acheté, ainsi que celui d’à côté) est exclusivement blanc des murs aux meubles.

Après son troisième divorce, sa vie sexuelle est inexistante. Il faut dire qu’elle n’a pas été très satisfaisante pour elle auparavant. Sur les conseils de son frère, Jacquo, atteint d’une maladie mentale non spécifiée pour laquelle il s’automédicamente, elle s’essaie à la masturbation. Pour se stimuler un peu, elle tente de regarder de la porno. Très peu pour elle, tous ces artifices.

Alors que les travaux de rénovation sur son deuxième duplex semblent avancer trop lentement, elle y installe une caméra pour voir ce que font ses ouvriers. Elle découvre quelque chose qui changera sa vie sexuelle du tout au tout. Elle se met donc à la recherche de locataires temporaires pour les observer avoir des relations sexuelles. Ça la comble, jusqu’à ce qu’elle rencontre Clothilde, qu’elle invite à louer le deuxième duplex. Clothilde voue une admiration à Andréanne. Elle est attirée à elle comme un papillon de nuit à une source de lumière. C’est une femme très introvertie, plutôt lunatique et, plus gros problème, elle ne baise pas. Andréanne part en croisade pour lui trouver un partenaire de baise, cependant, ce ne sera pas chose facile et Andréanne aura du fil à retordre.

Le ton du roman m'a beaucoup plu. Véronique-Marie Kaye a une écriture vive, sarcastique et parfois grinçante. Les touches d'humour sont bien dosées. Les personnages sont bien construits et tout en complexité. Il est intéressant de voir celui de Clothilde se développer. Quant à Andréanne, que dire! On se demande parfois comment les gens peuvent être attirés par la jeune femme qui dans le fond, est exécrable! Tout ce qu’elle fait est motivé par la quête de satisfaction de ses besoins. Les autres n’ont d’intérêt que dans la mesure où ils peuvent l’aider en ce sens. Ça l’amène parfois à dire des choses qui sont absolument ahurissantes! Le pire étant qu'elle ne s'en rend pas compte ou bien qu'elle s'en fiche, en bonne narcissique qu'elle est. Des jours après la fin de ma lecture, j'ai le même malaise quand je pense à Andréanne. Elle est tout simplement fascinante et dérangeante à la fois. Bravo à l'auteure qui a réussit à créer chez le lecteur cette fascination ( un peu comme pour les gens qui la côtoient) et ce malaise devant ce qu'elle est et ce qu'elle fait.

Andréanne, Jacquo et Clothilde ont quelque chose en commun. Ils ont tous trois de la difficulté à « être » avec d’autres personnes. Chacun à sa façon n’arrive pas à se trouver sur le même plan que les autres et à entamer une communication efficace.

C’est un roman fort divertissant qui vous fera passer un bon moment.


Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire