jeudi 2 mars 2017

Et si, tout d'un coup, la vie se mettait à être plus facile?

Catherine Chamberland travaille dans une grande firme de relations publiques après avoir œuvré en politique. Sa carrière est florissante, ses amours vont bien, elle a un mari génial qui l’aime profondément et qui l’accepte telle qu’elle est. La famille recomposée qu’elle a conçue avec son mari, son fils et la fille adolescente de son mari la comble de bonheur.

Puis un jour, elle croise un ancien ministre très apprécié de la population, Max Belfond, qui est surtout son grand amour qui a rompu avec elle dix ans auparavant. Quand ils se rencontrent pour souper au restaurant, celui-ci lui remet une enveloppe, en lui faisant une promesse : tout sera désormais facile pour elle. C’est tout ce qu’il lui dit, mis à part pour la directive de n’en parler à personne.

Qu’est-ce que peut bien être ce cadeau? Dans l’enveloppe, une carte argentée avec une bande magnétique et un carton avec les bouts de phrases : « en toute humilité, j’aimerais… » et « pour le bien de tous, il faudrait… », « parce qu’il est important d’aller au fond des choses ». Lorsqu’elle les utilise, une chose impressionnante se produit. Toutes les barrières à ses requêtes fondent comme neige au soleil.

Intriguée par la carte, elle se met à l’utiliser un peu par hasard et, du coup, elle reçoit des cadeaux, des rabais incroyables. Bien sûr, tout cela a un côté qui lui plaît, mais elle se questionne sur l’origine de cette carte. Est-ce l’outil d’une société secrète? De plus, elle ne se sent pas bien d’avoir à cacher des choses à son mari.

Elle se trouve dès lors prise dans des dilemmes d’ordre moral et éthique, saura-t-elle préserver son intégrité? Elle craint de basculer dans l’illégalité et l’idée de faire partie d’une société secrète comme celles dont sont membres certains hauts dirigeants d’entreprises, politiciens et autres fortunés, la rebute. Elle souhaite demeurer intègre et mériter ce qu’elle obtient, cependant la vie et les privilèges que peut lui offrir la carte argent sont très tentants.

Puis il y a la question de l’amour, qui la titille. Il y a, d’une part, la passion profonde pour celui qu’elle a toujours perçu comme l’amour de sa vie, d’autre part, il y a cet amour doux, tranquille et profond pour un homme qui à la base n’était pas son type physique, qui est si différent d’elle. Son mari est du genre posé, alors qu’elle vit les choses intensément. Pourtant son mari l’aime de manière constante et l’amour qu’il lui voue est indéfectible. Mais comment résister à la tentation de rallumer la flamme d’un ancien amour, quand cela nous a pris tant de temps à nous remettre de la fin de la relation? Quand on aime encore cet ex. Catherine est manifestement confuse quant à déterminer si son amour tranquille avec son mari est aussi puissant que les sentiments qu’elle éprouve pour Max.

Toute femme ayant connu une histoire d’amour forte, qui a un « IL », un « LUI›, avec qui le lien fut si fort qu’elle a peiné à l’oublier au point qu’il l’habite encore, comme une dépendance comprendra, s’y retrouvera.

Catherine est un beau personnage. Elle est intègre, droite, et humaine. Elle aussi peut succomber à certaines tentations par moment. Cependant, elle est en mesure de se sentir glisser et de rectifier le tir si nécessaire. Le récit est parsemé de notions psychologiques ou de vérités de la vie qu’on ne remarque que si on les connaît tant elles sont intégrées de manière naturelle dans le récit. Catherine est une femme qui possède une grande sagesse et une bonne conscience d’elle-même et de ses processus internes. Non seulement elle excelle en politique et en relations publiques, mais elle connaît bien la psychologie humaine, nécessaire à l’accomplissement de son travail. Quoique certaines personnes dans ce milieu ont des lacunes de ce côté-là, ce qui fait en sorte qu’ils ont moins de succès que Catherine peut en avoir. On sent qu’elle a appris de ses expériences passées, qu’elle a l’humain à cœur bien qu’elle œuvre dans un milieu où il peut être aisé de l’oublier. Pour préserver l’image de leurs clients, certains spécialistes pourraient être tentés d’écraser ou d’humilier quiconque se dresse entre eux et leur objectif ultime.

On est aspiré dans l’histoire de Catherine et les pages se tournent d’elles-mêmes. Quand je regardais où j’en étais rendue, j’étais étonnée d’avoir lu tant de pages en si peu de temps. Ça se lit en une journée, pour peu que vous ayez quelques heures.

Je lis Sophie Bérubé depuis son tout premier roman, Sans antécédents. Un roman coup-de-poing qui a connu beaucoup de succès. La chance qu’on a quand on suit une auteure depuis le début, c’est qu’on est à même de constater la progression de son écriture, mais aussi celle-là même de l’écrivaine. C’est un phénomène qui me ravit chaque fois qu’il m’est donné de le constater.

L’écriture de Sophie Bérubé a beaucoup progressé depuis son premier roman. Elle est plus solide, son style s’est affiné. Elle manie l’intrigue de brillante manière. Le travail d’édition est impeccable. Les coupures sont faites au bon moment, le rythme est maintenu, le suspense est juste bien dosé.

Autre roman de Sophie Bérubé : La sorcière du palais


Yannick Ollassa  / La Bouquineuse boulimique

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