jeudi 30 mars 2017

French Pulp éditions, une maison d'édition à découvrir!

Dominique et moi dans les bureaux de French Pulp

La semaine dernière, nous avons été invités à rencontrer l’équipe de la maison d’édition French Pulp éditions. Patrick de Friberg, un de leurs auteurs, leur a parlé de nous et ainsi donc, nous avons répondu oui à leur demande de rencontre.

C’est ainsi que nous nous sommes présentés au bureau de la maison d’édition sise dans le 13e arrondissement de Paris pour rencontrer l’équipe composée de Madame Nathalie Carpentier fondatrice et directrice, de Caroline aux communications, de Mathieu à l’édition ainsi que de Louise à la conception graphique. Une équipe franchement jeune et sympathique.

Chez French Pulp éditions, on publie de la littérature populaire, dont des romans policiers, du gore, des romans érotiques, de la science-fiction et du fantasy, de l’anticipation, espionnage, bref, de la littérature de genre.

Ils ont fait leurs débuts il y a quelques années par la publication en format numérique (ils ont près de 3000 titres disponibles) et impriment maintenant sur support papier depuis novembre 2016. Ils veulent publier des auteurs francophones de toute provenance et toute nationalité et souhaitent également discuter avec des maisons d’édition québécoises et canadiennes pour la publication de leurs romans sur le continent Nord-Américain.

En bonne Québécoise que je suis, je ne peux pas passer sous silence qu’ils reçoivent parfois des questions quant à leur nom anglophone pour une entreprise qui publie de la littérature francophone, ce à quoi Nathalie Carpentier, fondatrice et directrice, répond « Un nom anglais pour une maison qui défend la langue française, est-ce bien raisonnable? La meilleure défense, n’est-elle pas l’attaque? Pour défendre notre langue et diffuser nos auteurs à l’étranger, ce nom en forme de clin d’œil annonce la couleur : tremblez, thrillerbest-seller et autres feel-good book! Chez French Pulp, tous nos auteurs ont vocation à être traduits et diffusés dans le monde entier afin de faire rayonner notre culture populaire. »

Bref, ce fut une très belle rencontre et nous avons quitté leurs bureaux avec neuf bouquins dans notre baluchon, alors que nous ne venions que pour un. De quoi occuper l’attente du printemps!

Une maison d’édition à surveiller!
http://frenchpulpeditions.fr


Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique







mercredi 29 mars 2017

Quand le trouble obsessionnel compulsif s'immisce entre elle et lui

Si Désespérés s’abstenir et Cher trou de cul mettait en scène Clara, cette fois-ci, Annie Quintin nous présente un tout nouveau personnage.

Eve et Louis sont en couple depuis 5 ans. Pour tout le monde, après quelques années de vie commune, il n’est pas rare de voir la monotonie s’installer. Dans leur cas, la situation se complique du fait qu’Eve est atteinte de Trouble obsessionnel compulsif. Elle ressent le besoin irrépressible d’aligner les choses. Tout doit être en ordre et à sa place selon ce que commande son TOC. C’est déjà un calvaire pour elle, mais cela le devient davantage, car Louis, professeur à l’université, à des masses de papiers dans quelques pièces de leur appartement. Sa tendance à laisser traîner, bien qu’il s’efforce de ranger, devient intolérable pour Eve, qui arrive à la conclusion que pour que leur couple survive, il leur est nécessaire de vivre chacun dans son appartement. Ce à quoi lui acquiesse. Vite, peut-être trop vite au goût d’Eve qui trouve qu’il n’a pas opposé grand résistance.


Entre Eve et Louis, il y avait de nombreux non-dits et des malaises déjà avant qu’ils vivent séparément. La distance physique entre eux ne peut qu’augmenter la quantité d’informations omises. De plus, le déménagement crée une brèche entre elle et lui par laquelle tout peut entrer. Leur regard change et ils deviennent plus susceptibles à être ouverts aux autres possibilités. Pour Eve, elle prend la forme de Charles, un bel homme d’affaires qu’elle a rencontré alors qu’elle est allée visiter sa grand-mère adorée à sa maison de retraite. Confiant et insistant, viendra-t-il à bout des résistances de la belle rousse? Dans le cas de Louis, qui a dû faire une annonce pour se trouver un chambreur pour amoindrir les coûts du logement, c’est une chambreuse qui, bien qu’elle ne soit pas son genre de femme, s’avère une aguicheuse de première. Lui aussi, réussira-t-il à ne pas céder aux avances à peine voilées de celle qui partage son appartement?

Le thème de l’amour est sans contredit le sujet chouchou d’Annie Quintin. À chaque roman, elle sait l’aborder sous un angle nouveau et avec des variables différentes. Bien que son écriture soit vive et qu’elle coule de source, les histoires ne sont jamais superficielles. Elle sait doser légèreté et profondeur.

Un des intérêts principaux de ce roman est qu’il parle des troubles obsessionnels compulsifs dans le contexte amoureux. Concernant les TOC, on dit souvent à la blague que quelqu’un « est TOC ». Toutefois, souffrir d’un trouble obsessionnel compulsif, c’est plus que d’avoir des petites manies. C’est plus que juste être rigide. Il prend presque tout l’espace dans la vie de la personne, pensées envahissantes et angoissantes qui la force à faire quelque chose pour apaiser son anxiété. Ne pouvoir s’empêcher de s’adonner à un rituel, que ce soit de compter, de nettoyer ou, par exemple, de ranger des objets. Les personnes atteintes peuvent passer des heures chaque jour à accomplir leurs rituels. La description qu’en fait Annie Quintin est à la fois juste et sensible. On constate à quel point c’est lourd et l’on saisit de manière limpide l’impact que la maladie peut avoir sur l’autre ainsi que la relation de couple.

Petite anecdote personnelle qui démontre le réalisme du roman : ça m’a fait sourire quand Eve demande à Louis de la rappeler dans un mois, parce qu’elle commençait un nouveau médicament. C’est qu’il y a une période d’acclimatation physique aux médicaments et ça prend en général au moins un mois pour que les effets thérapeutiques se fassent sentir. Je vis ça chaque fois que j’entreprends la prise d’un nouveau médicament pour la douleur. Ce sont des petits détails comme ça qui rendent toute la construction du personnage réaliste. D’ailleurs, chaque personnage est fouillé et beau dans sa vulnérabilité. En fait, ils sont attendrissants.

Ce n’est pas une chick lit au sens strict du terme. Annie Quintin va toujours un peu plus loin que la jeune fille un peu distraite et maladroite qui a du mal avec un patron et qui est désespérément à la recherche de son prince. Dans cette histoire-ci, il n’y a pas que le personnage féminin qui nous parle, mais aussi Louis. Sa perspective est intéressante et nous permet de mesurer l’impact du vécu d’Eve ainsi que du sien.

J’ai effectué ma lecture en écoutant la liste de lecture musicale de l’auteure. Je l’avais fait avec le roman précédent et cela demeure une expérience agréable. La musique est planante, propice à la lecture et apporte à l’ambiance du roman. 

Un roman qui se dévore!


Pour lire nos chroniques sur les romans précédents d'Annie Quintin :  



Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

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samedi 25 mars 2017

Dans la boîte aux lettres!

C'est un raz-de-marée de livre auquel on a droit cette semaine! Ben ces deux dernières semaines, puisqu'on était à Paris depuis le 15 mars. 

Dans la boîte aux lettres, il y avait

Pivot, Marie-Ève Cotton, VLB

Le bal des absentes, Julie Boulanger
et Amélie Paquet, La Mèche
 
Mara M., Élyse-Andrée Héroux,
Les Éditions de l'Homme

Quelque part entre toi et moi, Annie Quintin,
VLB Éditeur

L'Apprentie, Mélissa Blais, Société des écrivains

Jardiner avec Marthe, Marthe Laverdière,
Les Éditions de l'Homme

Tu aimeras ce que tu as tué, Kevin Lambert,
Héliotrope

De la confiture aux cochons, Véronique
Marcotte, Québec Amérique

Toutes les fois où je ne suis pas morte,
Geneviève Lefebvre, Libre Expression

Dans la tête d'un gars, Maxim Martin,
Les Éditions du Journal
Raconte-moi Pierre Lavoie, Jessica Lapinski,
Petit homme

Raconte-moi Yan England, Kim Nunès,
Petit homme

La monde de Rosemarie, Rosemary Doyle,
Éditions L'Interligne

Raf à la rescousse - Le journal d'Elly,
Nadine Descheneaux et Amy Lachapelle,
Les Z'Ailées
Durant notre séjour à Paris, on a visité French Pulp éditions. Voici ce qu'on a ramené dans la soute à bagages :

Nous étions une frontière, Patrick De Friberg


Bronx - La petite morgue, Laurent Guillaume

La compagnie des glaces, tome 1 et 2, G.-J. Arnaud

Génération Clash, G.-M. Dumoulin

Frankenstein, tomes 1 à 6, Jean-Claude Carrière

De sinistre mémoire, Jacques Saussey

Colère noire, Jacques Saussey

On a visité le libraire à Paris et on a acheté les livres des auteurs qu'on a rencontré à l'émission On n'est pas couché 

Un escargot tout chaud, Isabelle Mergault,
Grasset


Croire au merveilleux, Christophe Ono-Dit-Bio,
Gallimard

Puis, je suis tombé sur un livre que je n'ai pas pu m'empêcher d'acheter!

Kurt, Laurent-David Samama, Plon

mardi 14 mars 2017

Un vibrant témoignage de Roméo Dallaire

L’auteur de J’ai serré la main du diable, présentait la semaine dernière son dernier récit, Premières lueurs.

Dans ce nouveau bouquin, il nous explique, et on le constate, qu’il y a deux Roméo Dallaire, celui d’avant puis celui d’après. Après le génocide rwandais survenu en 1994, où il a été responsable du commandement de la mission de l’ONU. Il en est revenu avec ce que l’on appelle une blessure opérationnelle au cerveau.

C’est que là-bas, en plus d’avoir vu des atrocités, il a vécu de l’impuissance et de l’indignation alors que l’ONU ne retient pas ses recommandations et lui interdit d’agir. Le sentiment de culpabilité le hante. Il s’en veut de n’avoir pu faire plus pour sauver les plus de 800 000 personnes décédées et les centaines de milliers d’autres blessées.

Le TSPT (trouble de stress post-traumatique) dont il souffre toujours peut se manifester par des sautes d’humeur, des cauchemars, des réminiscences, des comportements autodestructeurs (automutilation, excès d’alcool, excès de vitesse). Les sujets qui en sont atteints feront tout pour éviter de sombrer dans le sommeil. Les nuits sont l’ennemi. Avec la noirceur, le sommeil qui, lorsqu’il vient, amène avec lui d’affreux cauchemars qui ramènent Roméo Dallaire au Rwanda, où le visitent les âmes en peine qu’il a l’impression d’avoir abandonnées. Ce n’est que quand le jour se lève qu’ils le quittent. Ce n’est qu’à ce moment qu’il peut respirer un peu mieux, d’où le titre, Premières lueurs.

Pour composer avec les fantômes de la nuit, il se réfugie dans l’alcool, dans le travail, dans la malbouffe ou dans le parc face à son minuscule et minable appartement qu’il a transformé en une réplique de son bureau.

Roméo Dallaire incarne le sens du devoir. C’est le moins qu’on puisse dire. Malgré son état, il ne cesse d’accepter des mandats, à plusieurs reprises durant sa carrière post-Rwanda. Étant de toute évidence une personnalité de type A, il est acharné, travaille sans relâche et ne s’accorde pas de plaisir, il ne sait sûrement plus comment et peut-être est-ce aussi une manière de se punir. Le côté positif, ça l’occupe, c’est ce qui le sauve, avec les médicaments qu’il doit ingérer quotidiennement. Le pendant, c’est que ça vide et ça rend plus vulnérable, d’autant plus que c’est toujours des mandats dont l’objet réactive sa blessure.

Si l’on en entend parler que lorsqu’il est à l’origine de suicide, de très nombreuses personnes vivent avec un trouble de stress post-traumatique tous les jours. Survivent, devrais-je dire. Car c’est bien de survie dont il s’agit. Chaque jour est un combat pour la survie. Roméo Dallaire lance un plaidoyer pour qu’on brise le silence, mais surtout pour qu’on puisse le déceler et le traiter rapidement, afin qu’il fasse le moins de dommages possible, pour que l’on puisse en guérir. Dans son cas, il estime qu’il a commencé à le traiter trop tard et qu’il devra vivre avec jusqu’à la mort.

Celui qui a eu plusieurs rendez-vous manqués avec la mort se dévoile avec générosité.Roméo Dallaire n’est jamais vraiment sorti de l’enfer du Rwanda. Les souvenirs des atrocités, des cadavres, des gens mutilés sont toujours frais dans sa mémoire, comme s’il y était encore. S’il a couché sur papier les conséquences de cette blessure de guerre, c’est afin que l’on comprenne et qu’on intervienne. Qu’on offre de meilleurs services à ceux qui souffrent de TPST. Afin qu’on reconnaisse que les militaires ayant été en mission de paix peuvent également être d’anciens combattants. Qu’on élimine un des éléments qui contribue à l’occurrence du trouble chez certains combattants, le phénomène des enfants-soldats.

J’ai trouvé cette lecture très difficile par moments. J’ai senti l’impuissance de Roméo Dallaire à travers chaque mot et je peux comprendre à quel point cela a pu être aliénant. J’ai été outrée de constater à quel point l’ONU a ignoré ses avertissements et l’a empêché d’agir. Il est à se demander si cet organisme n’est pas là que pour qu’on se donne bonne conscience. A-t-il un pouvoir ou une utilité concrète? Je me le demande bien.

Il y a peu de descriptions de ce qu’il a vu. Ce n’était pas le propos du livre que de faire un relevé plutôt gore des atrocités. Ce qu’on lit n’a que pour objectif d’illustrer au minimum les images qui le hantent afin que l’on comprenne d’où provient la maladie. Pour cela, je remercie les auteurs qui ont évité d’en mettre plus que nécessaire. C’est déjà bien assez troublant comme cela.

Le Lieutenant-Général Dallaire détient plusieurs pistes et moyens d’améliorer la situation canadienne et mondiale et pose d’importantes questions. Qu’il s’agisse des enfants-soldats, des anciens combattants, de la gestion de conflits armés complexes, il a démontré à de nombreuses reprises qu’il est possible de faire quelque chose. Il ne manque que la volonté et l’agir politique. Pour cela, nous, citoyens, avons également un rôle à jouer. En exigeant de nos élus qu’ils posent des gestes concrets afin d’améliorer les droits de la personne.

Un livre bouleversant qui ouvre les yeux et devrait nous sensibiliser suffisamment pour que nous nous mobilisions.


Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique