lundi 13 février 2017

Un roman adulte rempli de matière pour India Desjardins!

Dans son premier roman adulte depuis Les aventures d’India Jones – que j’ai beaucoup aimé –, celle qu’on a connu davantage pour sa série jeunesse Aurélie Laflamme s’attarde, notamment, aux illusions qu’entretiennent certaines femmes au sujet de l’amour et des relations amoureuses. Gros contrat!


En 2008, Sarah – et attention, ça ne se prononce pas Sarâh, tout comme India ne se prononce pas Indiâ… maudit que c’est laid, cette tendance à mal prononcer les noms qui se termine en a – est en couple avec Gabriel depuis 5 ans. Elle vient d’emménager avec lui depuis peu et commence à envisager de fonder une famille. Malheureusement pour elle, son chum est loin d’être rendu là… En fait, alors qu’elle ne s’en attend pas du tout, il la quitte. La jeune femme de 31 ans est bouleversée.

En peine d’amour, elle en a après les comédies romantiques, qu’elle n’est plus capable de regarder. En fait, ces films sont ni plus ni moins que les contes de fées pour adultes. Ils nourrissent l’illusion du prince charmant qui arrive pour sauver la belle, ou celle que l’on peut changer un homme par amour, que l’amour réussit à terrasser tous les obstacles, tous les problèmes que peuvent vivre un couple. Ils créent des attentes irréalistes.

Sept ans plus tard, on la retrouve menant une brillante carrière à la tête de sa compagnie de relations publiques. Elle est toujours célibataire et ses essais de « sexe sans conséquence », le casual sex, n’ont pas été couronnés de succès. L’ancienne romantique n’arrive tout simplement pas à se faire à l’idée d’avoir des relations sexuelles sans sentiments. Comme elle a pris la décision que le célibat est le bon choix pour elle, eh bien, ça annonce la sécheresse de côté des parties de jambes en l’air.

Ce faisant, l’auteure s’en prend aux nombreux jugements sur le célibat. Comme ce n’est pas une norme statistique, comme ça confronte les gens qui ne sont pas célibataires à leur difficulté d’être seul, ça dérange. C’est comme si une personne ne va pas bien si elle est célibataire.

India Desjardins aborde la difficulté de faire son deuil d’une relation à l’ère des réseaux sociaux. Un problème bien réel. Facebook, notamment, fait en sorte qu’il est difficile de « passer à autre chose », parce qu’on peut voir ce que font nos ex, parce que tout ce qu’on y écrit est consigné à vie et Facebook a l’heureuse manie de nous rappeler chaque jour ce que nous faisions à pareille date des années plus tôt. On pourrait se désinscrire, mais pour ceux qui travaillent dans le domaine des relations publiques et de la communication, pour ne citer que ces professions, les réseaux sociaux sont à la fois des outils de travail et un problème.

Elle réfléchit également au fait que de voir des souffrances énormes peut générer un sentiment de culpabilité de nous en faire avec nos « petits problèmes ». Que ça désensibilise à l’atrocité, par tant d’expositions. Sans mentionner le fait que l’information y circule rapidement et librement et que des situations prennent des proportions démesurées, ce qui modifie notre manière de voir la vie et parfois même, qui altère nos vies.


Par moment, la protagoniste insiste tant sur le fait qu’elle vit bien son célibat, que ben… on se dit « coudonc! Est-ce qu’elle essaie de nous convaincre ou de se convaincre? » Parce qu’on sent bien que le célibat lui sert à fuir d’éventuelles blessures. C’est une control freak. Par exemple, elle n’aime pas être surprise, donc quand elle regarde un documentaire, elle va faire des recherches sur Internet pour déjà en connaître sur le sujet et ne pas être surprise par ce qu’elle apprendra durant son visionnement.

Par l’entremise de Sarah, elle suscite la réflexion sur l’infidélité. Sarah, qui en a été victime et a été complice de l’infidélité des autres, développe une vision pessimiste quant à la capacité des gens à être fidèles. Surtout chez les hommes. Elle arrive même à voir les aventures extraconjugales comme quelque chose d’inévitable. Ce qu’elle croit à ce moment-là

D’un grand idéalisme, le personnage passe directement au cynisme. En fait, ce qu’elle prend pour de la lucidité est en fait du cynisme, du défaitisme, du moins en partie. Elle mentionne plusieurs fois que l’infidélité est devenue « commune », elle a du mal à croire qu’elle ne sera plus trompée. Comme si l’infidélité c’était « moderne » et qu’on n’était pas évolué si on ne l’acceptait pas.

D’ailleurs, sur le sujet de l’aspect « commun », du « comme tout le monde » revient fréquemment. On se dit « Sarah veut suivre parce que tout le monde le fait? Où est son sens de l’individualité, celui-là même qui fait qu’elle assume le fait d’être célibataire?

Pour en revenir à l’infidélité, j’aimerais dire ceci : entre le romantisme/l’idéalisme et le cynisme… il y a oui, la lucidité, le réalisme. Les faits : oui, tu as été trompée. Oui, des hommes trompent. Mais pas tous. Oui, tu as été blessée profondément. Mais ça ne veut pas dire que ce sera toujours le cas.

Cependant, Sarah n’en est pas là dans sa réflexion. Elle s’est résignée et fait de l’évitement de la douleur par peur de perdre le contrôle. Quand un homme se présente, elle trouve plein de raisons pour ne pas le rencontrer. Cherche des excuses pour ne pas être confronté dans son choix de rester célibataire, comme si c’était un engagement à vie. Mais Sarah est un peu extrémiste, pour elle, ça semble être tout ou rien.

Elle se pose aussi beaucoup de questions. De manière générale, mais particulièrement concernant les relations de couple, les hommes et les événements qui pourraient se passer. Ça nous arrive à toutes à un moment ou l’autre. On cherche à contrôler les situations, à les voir venir à l’avance, pour nous éviter de souffrir. Mais au bout du compte, on souffre quand même parce que d’une part, on rate des occasions, et d’autre part, on passe notre temps anxieuse, souvent pour des choses qui n’existent pas ou qui n’arriveront pas. Cela ne veut pas dire d’arrêter de se questionner, mais simplement d’éviter de se faire des scénarios catastrophes. Ou d’essayer de voir trop loin dans l’avenir ce qui pourrait ou pas arriver. Cela dit, elle a tout de même une bonne capacité d’introspection, même si elle refuse de voir certaines choses. Encore là, que celui qui n’a jamais fait de déni jette la première pierre.

J’ai bien aimé la manière dont l’auteure a, avec humour, choisi d’illustrer les pressions de la société pour “rentrer dans le moule”. L’histoire est ponctuée de petits intermèdes succulents sous la forme de communiqués de Service de police mode de vie qui ont pour objet de rappeler aux résidentes du quartier à respecter les “normes” en vigueur, au risque d’être expulsé. Fort amusant!

Si Sarah n’est plus une princesse et renonce à l’amour, elle s’érige dans une forteresse. Peut-être quand elle oubliera complètement ses attentes d’amour idéal sortira-t-elle de cette forteresse? C’est là, seulement, que la princesse sera morte.


La mort d’une princesse suscitera assurément des questionnements et des remises en question de leurs conceptions de l’amour et du couple chez plusieurs lectrices. C’est l’histoire d’une femme qui, avec l’expérience, acquerra de la maturité, écrite par une femme qui a acquis expérience et maturité. Un roman qui touche à beaucoup de préoccupations des femmes d’aujourd’hui. Une très bonne lecture!

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

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