mercredi 1 février 2017

Marée montante

Marée montante est un tout petit roman de 72 pages. Petit, mais pas insignifiant.

Un père s’adresse à sa fille, dont on comprend qu’elle s’est noyée dans le fleuve. Il nous raconte sa descente aux enfers à laquelle la mère en est le témoin impuissant. Les passages où il est question de la maman nous font saisir la distance qui se crée entre les deux parents, chacun prit dans son deuil, chacun a sa façon de vivre le deuil.

Le protagoniste, emprisonné dans la douleur et son sentiment de culpabilité, cherche sa fille dans tout ce qui contient de l’eau. Cette eau est d’ailleurs omniprésente tout au long du récit. Il l’entend dans sa tête, dans les lieux où il n’y en a pas, ses pleurs n’en sont qu’une autre manifestation. Chaque page contient des relents salins qui nous plongent au cœur de l’océan d’émotions.

C’est d’une cruauté de corps à enterrer ou à incinérer. Le deuil en est d’autant plus difficile qu’il reste toujours chez les gens un infime espoir que le pire ne s’est pas produit. Le personnage principal s’y accroche, bien qu’il cherche dans les verres d’eau une trace de sa fille.

Charles Quimper promène son personnage, et ainsi le lecteur, entre deux lieux : le bateau et la maison. Cela fait qu’on anticipe un peu la fin. Cela n’est pas important, c’est le chemin jusque-là qui importe.

C’est une poignante histoire sur la douleur de l’absence, sa cruauté et ce qui advient à ceux qui n’ont d’autre choix que de composer avec. Tout au long du roman, on sent que les perceptions et les souvenirs qui changent, déformés par la souffrance.

L’écriture de Charles Quimper a quelque chose de vaporeux. Sa plume poétique nous attendrit et l’on souhaite porter secours à ce père à la dérive. La profonde tristesse est exprimée avec douceur. On sent même un certain espoir de la retrouver.


Marée montante est le premier roman de Charles Quimper. Quelle belle entrée en littérature!

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

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