samedi 29 avril 2017

Dans la boîte aux lettres cette semaine!

C'est une de nos dernières livraisons, la saison s'achève. Hâte de s'y plonger, bien du plaisir en vue!

Bonne fin de semaine!
L'autre Jeanne, Marie Larocque,
VLB Éditeur

Tuer la poule, Karine Glorieux, Québec Amérique

L'effet haïku, Pascale Senk, Le jour

Emmène-nous à La Ronde, Tristan Demers,
Les Éditions de l'Homme

lundi 24 avril 2017

L'humain derrière la maladie mentale

Premier roman de Marie-Ève Cotton, Pivot tourne son regard sur le vécu des patients de l’unité psychiatrique. Pivot, c’est Hadrien Jalbert de son vrai nom. On le surnomme Pivot depuis des années en référence à Bernard Pivot. C’est qu’il est érudit!

Durant son séjour à l’unité psychiatrique sous ordonnance de la cour parce qu’il a été jugé non criminellement responsable des voies de faits commis, il côtoiera Jésus,  Jonathan Livingston, le Chat de ruelle, la Voisine orange et Mary. Tombé sous le charme de cette dernière, qui entend des morts qui hurlent, il s’imaginera une relation amoureuse avec elle. Il se sentira aimé, privilégié. Il a enfin quelqu’un avec qui il s’entend. Quand un drame secouera l’unité des soins psychiatrique, les patients seront tous chamboulés, Pivot particulièrement. Arrivera-t-il à remettre sa vie sur ses rails?

L’auteure explore non seulement le fonctionnement de l’unité psychiatrique, mais surtout le quotidien des patients, tous convaincus qu’ils ne sont pas «fous» – hé oui, l’étiquette de fou persiste toujours! Elle démontre de manière très humaine l’ostracisme vécu par les personnes atteintes de psychose. Leur délire ne faisant de sens que pour eux, on les craint, on s’en lasse et on les met de côté, car trop dérangeant. Pour eux, il est aussi difficile d’entrer en contact avec les autres, ils ne sont pas au même diapason ou s’en méfient à cause de la paranoïa qui les habite, pour certains.

Elle donne, de manière impeccable, une voix à ces êtres mal-aimés. Exposer ainsi la mécanique interne de la maladie mentale, en faisant ressortir les êtres humains chez qui elle sévit, permet de mettre la lumière sur certaines zones d’ombre. Les choses ainsi illuminées contribueront peut-être à ce qu’on craigne moins les individus atteints. J’ose l’espérer… j’irais même jusqu’à le croire.

Que Marie-Ève Cotton écrive bien même si ce n’est pas son métier, ça n’a pas d’importance pour moi. De nombreuses personnes n’ont aucune formation en littérature et écrivent admirablement. Ce que je trouve beau, ce qui est un bel accomplissement, c’est la distance qu’elle a prise quant aux aspects plus cliniques pour faire briller ses personnages. Pour que ce soit eux qui nous restent.

Bien qu’il y ait des touches d’humour, il n’en demeure pas moins qu’on a devant nous un roman troublant et émouvant. Qu’est-ce que c’est horrible d’être poursuivi par ces obsessions, hallucinations et autres! Quel horrible constat, au fur et à mesure que les médicaments font effet, que de prendre conscience qu’on est atteint d’une maladie mentale! Beaucoup ressentent de la honte et plusieurs décident de cesser la médication, car c’est trop difficile à vivre d’être conscient de sa maladie et qu’ils veulent , comme l’auteure l’écrit si bien «redevenir invulnérables ou omnipotents. Ou se tuent. Il n’y a que dans la folie ou dans la mort que les fous échappent vraiment au dégoût de leur état.» p.158

Une lecture impérative, surtout à l’époque où la maladie mentale se fait foisonnante.
  
Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

samedi 22 avril 2017

Dans la boîte aux lettres cette semaine!

Un seul livre dans la boîte aux lettres, mais un livre qui se révèlera, j'en suis sûre, fort intéressant! Ça faisait un bout que j'attendais sa sortie!

Je vous donne des nouvelles bientôt!

Le principe du cumshot - Le désir des femmes sous
l'emprise des clichés sexuels
, Lili Boisvert,
VLB Éditeur

vendredi 21 avril 2017

Philippe H. dans l'angle mort

Hélène a un chum presque parfait. Trop. Trop beau, trop fin, trop cultivé. Elle est irrésistiblement attirée par lui, mais… elle a du mal à gérer tout ça, à laisser entrer le bonheur dans sa vie.

Hélène est en dépression et souffre d’anxiété généralisée, mais ne veut pas que Philippe le sache, de peur que cela mette fin à la relation. Elle décide donc de prendre de la distance, et déménage en Gaspésie où elle a trouvé un emploi de prof de psychologie au Cégep. À quelques semaines du début de la session, elle n’arrive pas à rédiger son plan de cours… C’est que la jeune femme, qui est beaucoup dans sa tête, a des pensées envahissantes, des mots et des pensées surgissent dans son esprit comme éclatent des bulles de champagne. Sauf que contrairement aux bulles, ça ne la rend pas euphorique du tout. Elle analyse tout à outrance, questionne tout et, bien évidemment, ça génère de l’anxiété. Le psy qu’elle voit lui a remis une prescription de médicaments afin de gérer ses symptômes, mais voilà, elle hésite à les prendre. Elle est tiraillée, se disant « oui je prends la médication », puis le moment suivant, elle est convaincue qu’elle peut réussir à gérer son anxiété avec le yoga et la thérapie.

Le rythme du récit est à l’image de ce qui se passe dans la tête d’Hélène. Ça roule à 100 miles à l’heure, fait un peu de coq à l’âne. Son esprit part dans tous les sens et elle nous promène d’une question existentielle à l’autre. Un élément banal peut l’amener à penser la Bible et la façon dont elle la conçoit. Heureusement pour Hélène, elle entend aussi la voix de sa sœur, qui est en Afrique, et qui dédramatise les situations, se moquant d’elle abondamment. Cette touche ajoute un peu de liberté à l’incessant babil qui fait vivre au lecteur le supplice du trouble anxieux généralisé. Non, mais c’est épuisant de vivre comme ça!

Les angles morts du titre réfèrent aux choses que l’on ne voit pas, mais qui sont là, dans notre psyché, dans notre inconscient, dans nos comportements. Choses pour lesquelles il est généralement nécessaire d’avoir recours à un outil pour y accéder.


C’est un roman touchant et d’une certaine légèreté, tout de même, qui débouche sur l’espoir. Il y a toujours un revers à une médaille. Il s’agit de le trouver! La sensibilité de l’écriture de Mylène Fortin nous permet d’accéder à une autre vision des choses. Un bon moment de lecture.

Au fait, ce roman est la suite de Philippe H. et la malencontre, cependant il n’est pas nécessaire d’avoir lu le premier, leurs intrigues étant indépendantes. 

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

jeudi 20 avril 2017

Jeudi jeunesse : Le monde de Rosemarie

Dans ce petit roman de Rosemary Doyle s’adresse aux enfants de 6 à 9 ans, l’auteure y consigne ses souvenirs d’enfance.

Elle raconte comment la petite Rosemarie adore passer du temps en famille. Elle aime passer du temps avec sa mamie qui lui cuisine du bon pain tout en lui racontant sa jeunesse en tant qu’institutrice dans les années 40. Elle prend aussi plaisir à aller chez son autre grand-mère chez qui elle se réjouit fouiller dans les vieux souvenirs contenus dans le grenier. Elle partage également la pratique médicale de son père, médecin dans le petit village qu’ils habitent dans les années 60. Le tout se termine avec une grande réunion de famille pour Noël, où tous vont à la messe de minuit.

L’ensemble est sympathique et l’idée de parler des autres époques est informative. Il aurait cependant été souhaitable de situer l’époque dès la première page du livre, car la référence à une sœur qui lui enseigne ainsi que d’autres détails de la vie quotidienne font en sorte qu’on se doute que l’histoire ne se situe pas dans les années 2000, mais on ne sait pas vraiment dans quelle décennie tout cela se passe. L’information ne vient qu’au compte-gouttes au fil des récits des personnages. D’ailleurs, comme le lectorat cible a entre 6 et 9 ans, ils pourraient avoir de la difficulté à situer tout ça, à moins qu’un adulte en fasse la lecture avec eux.

L’époque à laquelle se situe l’action du roman fait en sorte que la religion catholique ait une présence importante. Cela peut demander des explications de la part d’un adulte, pour un enfant qui ne connaîtrait pas cette religion.


À travers le récit, Rosemary Doyle a voulu démontrer la valeur importante qu’est la famille. C’est un exercice louable. Si l’on ne présente que des familles nucléaires, c’est sûrement aussi à cause de l’époque. Peut-être une mise en contexte au début du roman, par exemple que Rosemarie adulte se souvienne de bons moments de son enfance, par l’entremise d’un journal ou d’un autre support, pour ensuite laisser place à la voix de la petite Rosemarie aurait été judicieux pour fignoler davantage l’histoire.

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

lundi 17 avril 2017

Un libraire pas comme les autres

Éric Forbes décide dès la première page de son roman de nous faire sortir de la prison de Bordeaux par un jour de pluie. L’ambiance sombre qui en découle va ainsi suivre Étienne Chénier tout le long de ses pérégrinations. De libraire amateur de polars et grand pratiquant d’arts martiaux, il est passé à meurtrier quatre ans aux parts avant. Sitôt sa libération, faite dans des conditions opaques et secrètes, il met en branle sa vengeance savamment mijotée tout en égratignant au passage un chauffeur de taxi pervers.

Bien sûr, comme dans tout polar noir qui se respecte, nous y trouvons un enquêteur dépressif, alcoolique et dans une forme plus que contestable, Denis Leblanc, accompagné d’une partenaire, Sophie, qui n’a d’autre choix que de le supporter. N’ayant plus rien à perdre, les deux protagonistes vont se lancer dans une course poursuite haletante. Laissant derrière lui une piste sanglante où les cadavres s’additionnent au grès des pages, notre libraire va donc nous faire visiter Montréal puis Amqui.

Au travers de l’intrigue et de ses personnages, l’auteur nous décrit une société totalement désabusée où le pouvoir est intégralement déconnecté de ses électeurs évoluant dans une sphère à part qui se veut intouchable. Tout est noir dans ce livre, l’atmosphère, les personnages et même l’humour, lequel est décapant, mais tellement plaisant. La violence est omniprésente et les luttes ne sont pas juste physiques, les personnages sont déchirés.


Somme toute, c’est un opus qui tient ses promesses, une histoire bien glauque qui tient en haleine son lecteur d’un bout à l’autre de l’ouvrage. Un digne représentant de la collection Héliotrope Noir.

Dominique de Leeuw

samedi 15 avril 2017

vendredi 14 avril 2017

De la confiture aux cochons

Simone a perdu sa mère il y a quelque temps. Ressentant le besoin de s’éloigner de Montréal pour faire son deuil, elle décide de partir pour New York un moment. Elle fera d’une pierre deux coups et profitera de ce séjour dans la Grande Pomme pour visiter des ateliers de tatouage afin de trouver de l’inspiration, elle qui se considère déjà comme une vieille tatoueuse.

Après quelques jours sans nouvelles d’elle, alors qu’elles se parlaient chaque matin, son amie Élyse est inquiète de ne pas avoir de ses nouvelles. Au sein de leur groupe d’amis, il y a Robert, un client de la taverne où travaille Élyse, qui est un enquêteur à la retraite. La jeune femme lui fait part de ses inquiétudes et lui demande de faire des recherches afin de retrouver sa trace. 

Madeleine reprend connaissance avec les mains et le chandail taché de sang qui n’est pas le sien. Elle ignore ce qui est arrivé. Elle n’a avec elle qu’un sac à dos, pas de téléphone ni de portefeuilles. Tout ce dont elle se souvient, c’est qu’elle s’appelle Madeleine et qu’elle veut aller à Key West.

Voilà, la toile est tissée. Où est passée Simone? Pourquoi ne répond-elle à personne? Que s’est-il passé pour que Madeleine soit ainsi ensanglantée alors qu’elle n’est pas blessée? Quel est son lien dans tout ça? Le lecteur élabore des hypothèses sur ce qui s’est passé. Toutes sortes d’hypothèses.

D’un côté, l’enquête avance lentement. De l’autre, Madeleine se souvient de quelques bribes de son passé. Elle était travailleuse de rue à Montréal.

Je ne peux pas tout dire ce que j’aurais envie de dire sur ce que contient ou a suscité en moi ce livre, car cela nuirait au suspense. Dans ces cas-là, je souhaiterais être membre d’un club de lecture où tout le monde a lu le même livre, car on peut discuter sans se censurer.

Roman sur la puissance des liens qu’on tisse (ou pas) avec amis et parents. À travers la disparition de Simone, le deuil de sa mère est très présent. Il a dans le roman, un beau témoignage d’amour de l’auteur pour sa mère décédée il y a quelques années, à travers le personnage de Simone. Les passages qui s’y attardent sont certes les plus émouvants. Ils parlent d’un amour puissant et de la douleur de l’absence, du sentiment d’abandon.

Il y a également cette solide amitié qui unit Simone et Élyse. Une relation qui semble fort simple entre deux femmes qui sont en apparence des contraires. Puis, celle avec le groupe d’amis qui se rencontre une fois par semaine.

C’est bien écrit avec un mélange de pudeur et de vulnérabilité. Le rythme lent permet au lecteur de faire certaines réflexions sur sa propre vie et les relations qu’il entretient. J’avoue qu’à la lecture des derniers chapitres, je me disais que j’aurais aimé une chute à la toute fin du roman au lieu qu’on découvre peu à peu dans les derniers chapitres ce qui s’est passé ainsi que la manière dont tout se lie. Cependant, le dernier chapitre compense amplement mon besoin d’être surprise. C’est émouvant, et ça termine sur une belle note.

Une lecture dont vous aurez sûrement, vous aussi, envie de parler avec quelqu’un qui l’a lu.



Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique


mercredi 12 avril 2017

Abattre la bête : le summum pour la fin

C’est avec un plaisir doux amer de retrouver la Bête, car on sait que c’est la dernière fois. Incarcérée à l’Institut Philippe Pinel, la Bête fomente des « plans de nèg », comme je suis sûre qu’il les décrirait lui-même, pour retrouver sa mère. Eh oui, cette obsession n’est pas près de lui passer!

La Bête, toujours en quête d’amour et de reconnaissance, tombe amoureuse ou « en amitié » à rien. Elle démontre une naïveté désarmante, preuve de son développement affectif cristallisé dans la prime enfance. C’est pour cela que l’on s’y est attaché et qu’elle nous manquera. C’est aussi pour cela qu’elle se mettra dans des situations toujours plus abracadabrantes.

Que dire de plus sinon que la Bête est encore plus déchaînée que jamais? Elle et l’auteur, David Goudreault, sont au summum de leur forme dans ce dernier opus. Non, mais quel esprit inventif, vif, fabuleux! La plume alerte et vitriolique de Goudreault rythme le récit de telle manière qu’il semble qu’on entend l’homme de mots slamer à chaque phrase. De continuels jeux de mots de haute voltige, des phrases et images-chocs nous sont servies pour notre plus grand plaisir.

Par l’utilisation de l’absurde, l’écrivain dénonce plusieurs phénomènes, dont l’objectivation des femmes, le racisme, l’homophobie, les préjugés envers les itinérants, les punks, les radios poubelles et j’en passe.

Comment vous dire ce que j’ai ressenti à la lecture d’Abattre la Bête? Ç’a été ni plus ni moins qu’un orgasme littéraire! N’ayons pas peur des mots! David Goudreault n’en a pas peur, lui, alors pourquoi se gêner? Vous aller rire, mais ce roman fait partie livres que je caresse des mains et que je serre contre ma poitrine. Juste parce qu’ils m’ont fait passer de bons moments et que j’adore l’esprit vif qui se dégage de chaque ligne. La trilogie restera dans ma bibliothèque de livres favoris à relire.
  
Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique


samedi 8 avril 2017

Entretien avec Tim Murphy, auteur de L'immeuble Christodora

Crédit photo : Edwin Pabon
Vendredi dernier, je me suis entretenue avec Tim Murphy, auteur de L’immeuble Christodora, dans le cadre du Salon international du livre de Québec. C’est dans un excellent français que s’exprimait l’écrivain, même s’il affirmait avoir plus de difficulté en raison du fait qu’il n’avait pas encore déjeuné. LA conversation a été si intéressante que j’aurais pu discuter avec lui des heures durant, mais j’ai préféré le laisser aller manger. Ça prend de l’énergie, un Salon du livre!


L’immeuble Christodora, est un roman qui se veut une fresque de New York du début des années sida à aujourd’hui. Journaliste indépendant du sida depuis près de 20 ans, Tim Murphy a voulu rendre compte de la bataille des militants afin d’obtenir des soins de qualité, à une époque où certains croient que parce que peu de gens meurent du sida, la maladie n’est plus une préoccupation. 

Arrivé à New York en 1991, alors que la crise du sida battait son plein et qu’elle était l’enjeu numéro 1 de sa nouvelle communauté, Tim Murphy s’y est tout de suite intéressé. « New York est comme le “Ground Zero” du sida aux États-Unis », ainsi explique-t-il le choix de la ville pour situer l’action de son roman.

Il était à New York depuis 25 ans et la ville avait beaucoup changé depuis son arrivée. Après 10 ans d’effervescence autour de la maladie, celle-ci est tombée dans l’oubli après que les événements du 11 septembre sont survenus, le sida a été oublié. La ville, constamment en mouvance, avait trouvé une autre priorité. La lutte contre un nouvel ennemi et le besoin de s’en protéger.

« Aujourd’hui, les premiers survivants du sida ont 50-60 ans. La ville est remplie de fantômes, d’histoires non racontées. Des gens qui ont courageusement saisi l’enjeu et son passé à l’action. Ils ont plein de couleur, de courage, de personnalité, ils sont créatifs, déterminés et persévérants. L’histoire de l’activisme autour du sida n’a pas été racontée et je trouvais que c’était une histoire bien romantique. Que c’était beau de voir que des citoyens ordinaires ont réussi à forcer le gouvernement à reconnaître une problématique, à entendre les besoins et à agir »! C’est ce qui l’a motivé à peindre la fresque, le paysage, comme il le dit si bien, des luttes entourant le sida à New York.

Il s’implique lui-même au sein de l’organisation Rise up and Resist. Je trouve très inspirants les gens qui se dévouent à une cause. Cela demande conviction et énergie. Et je dois dire que je trouve admirable de pousser l’engagement au point d’en faire l’objet d’un roman. C’est une excellente manière d’accroître le nombre de gens sensibilisé aux vécus des gens touchés par la problématique.

L’ouvrage colossal dont l’écriture a été amorcée en 2009 tourne autour de personnages touchants dont les vies sont entrelacées. Ainsi on apprend à connaître Jared, un sculpteur en couple avec Milly, qui, elle, est peintre. Ils vivent dans le Christodora où l’on trouve également Hector le voisin qui fut un militant engagé pour la cause du sida. Cependant, depuis que son conjoint est décédé de la maladie, celui-ci a sombré dans la dépendance à la drogue. Personnage pivot, lorsqu’il était jeune, il a travaillé avec Ava, la mère de Milly. La galerie des personnages se complète avec Mateo, le fils adoptif de Jared et Milly, fils biologique d’une femme décédée du sida dans une maison dont Ava était la responsable. Leur vécu est présenté de manière sensible et on s’attache à chaque personnage, grâce aux défis auxquels ils font face, plutôt que malgré eux.

L’immeuble Christodora est situé dans l’East Village, un quartier où pauvreté et drogue se côtoie. Durant les années » 70, l’immeuble en décrépitude était surtout un refuge pour les démunis, les toxicomanes et autres en marge de la société. Puis, durant les années » 80, l’immeuble a été transformé en lofts pour artistes. Ce faisant, il est devenu une sorte de symbole de l’embourgeoisement qui n’a fait que s’accroître, pour gagner de nombreux quartiers de la ville. C’est donc ainsi qu’il aborde le phénomène d’embourgeoisement. À ce sujet, encore une fois, le 11 septembre 2001 a eu une influence. « Après le 11 septembre 2001, il y a eu un essor de l’embourgeoisement. The city came back on steriods! » Bien que ce ne soit que les Tours jumelles qui se sont écroulées, on s’est mis à reconstruire la ville. « On a bâti des logements sur des sites significatifs de l’histoire des esclaves, sur d’anciens cimetières amérindiens, comme s’il n’y avait pas de respect pour l’histoire. Pourtant, quoi que l’on fasse le passé fera toujours partie du présent ». Pour illustrer la mince ligne séparant le passé et le présent, l’auteur a choisi de promener le lecteur d’une époque à l’autre.

Après avoir couvert le sida comme journaliste pendant plus de dix décennies, n’est-il pas difficile de troquer le stylo du journaliste pour la plume de l’écrivain romanesque? « Mon expérience personnelle et professionnelle du sida, de la drogue, de la dépendance, de la maladie mentale, celles de mes proches et des gens que j’ai rencontrés comme journaliste m’ont aidé à dépeindre l’expérience intérieure des gens touchés par ces sujets. Leur ambivalence à se vivre, l’attente de la mort… » L’attente de la mort… Comment survivre en étant entouré de tant de morts et avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête? « On a besoin de silence, de recul après la crise. Il faut prendre le temps de guérir et ensuite parler de ce qu’on a vécu collectivement. »

Alors que je le questionne à savoir s’il est inquiet de l’arrivée de Trump, bien que ce dernier n’a pas réussi à faire passer son « Trump Care », que la mobilisation des organisations pour défendre les droits des malades sera nécessaire pour ne serait ce que maintenir les acquis, il me dit que la population devra se lever et se battre. Il poursuit en me racontant une anecdote savoureuse. Le mouvement Rise and resist dont il fait partie a fait une manifestation lors d’un récent week-end. Vingt-cinq personnes, dont lui, ont réservé pour le brunch dans un restaurant de Trump Towers. À un moment du repas, ils se sont tous mis à tousser et à scander « Trump Care makes us sick » (la politique de santé Trump Care nous rend malades), créant des réactions de malaise et d’inquiétudes autour d’eux.


Troisième roman de Tim Murphy, le premier à être traduit en français, L’immeuble Christodora est une œuvre remarquable sur la lutte pour les droits des personnes atteintes de sida, la dépendance à la drogue et ses conséquences, sur les défis de la santé mentale, sur le spectre de la mort, sur la force de l’amour, le courage des survivants et l’espoir. Une preuve que quand les gens s’unissent et militent en faveur d’une cause, il est possible de faire bouger les gouvernements.

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

Dans la boîte aux lettres cette semaine!

Deux livres attendus cette semaine! C'est une belle semaine, ça. Vous ne devriez pas attendre trop longtemps avant de lire nos avis.

Bon week-end!
Abattre la bête, David Goudreault,
Stanké

À la recherche du sens perdu,
Emily Esfahani Smith,
Les Éditions de l'Homme

samedi 1 avril 2017

Dans la boîte aux lettres cette semaine!

Une semaine légère pour la factrice! Que de la littérature jeunesse!

Bonne fin de semaine!

YO/BB
Le spectre, Marilou Addison, Z'Ailées,
collection Zone frousse

Quatre contre les loups, Sonia Sarfati
et Lou Victor Karnas, Les éditions de l'Homme

Plus petit que soi..., Jean-Marc Hamel,
Les Z'Ailées