dimanche 18 décembre 2016

Sous la ceinture : Un recueil puissant pour contrer la culture du viol

Voilà un recueil de texte que j’avais hâte de lire. Comme femme, mais également comme ancienne intervenante auprès des femmes. Ayant œuvré pendant de nombreuses années auprès des victimes d’agression sexuelle, je ne pouvais que me réjouir de la parution de ce collectif de textes et d’illustrations de nature variée sur la culture du viol.

Son objectif principal, nous informe Nancy B.-Pilon, qui a dirigé le projet, est d’amorcer ou d’instaurer un dialogue sur le sujet. Ces derniers temps, on a beaucoup parlé de culture du viol sur les réseaux sociaux et autres plateformes médiatiques. De nombreuses personnes se sont érigées contre l’expression, croyant peut-être, à tort, qu’elle sous-entendait que, comme société, nous cultivions le viol. Or, tel que le mentionnent Nancy B.-Pilon, Koriass et Judith Lussier dans le recueil, ce n’est pas du tout le cas.

Judith Lussier explique que la culture du viol n’est pas le viol, mais un ensemble d’attitudes, d’idées qui banalise les agressions sexuelles. Dans la préface, le rappeur Koriass, pour sa part, explique clairement pourquoi l’expression, que plusieurs trouvent dérangeante, est juste.

« … c’est qu’en commençant à être conscientisé sur la culture du viol, je ne voyais que la pointe de l’iceberg. Le problème est plus grand qu’on pense, parce qu’il réside dans le silence. Dans la culture du silence. La culture de la culpabilité. Le mot “culture” est bien utilisé ici, nous cultivons le silence. Nous cultivons la culpabilité. Et les victimes continuent de garder ces lourds secrets pour elles, dans la honte, sachant que si elles parlent, de toute façon on leur dira : “Pourquoi tu l’as invité dans ton lit si tu voulais pas coucher avec?” »

En raison de ce type de réflexes, il est important de briser le silence sur la culture du viol. De cesser d’entretenir les éléments qui font en sorte que les agressions sexuelles existent. Oh, je sais, l’éradication totale du phénomène est malheureusement utopiste, mais il est à mon avis de notre responsabilité de tendre vers cet objectif afin d’en réduire l’occurrence le plus possible. Et pour cela, il faut en parler. Même si ça dérange. Surtout si ça dérange. Car, l’être humain est ainsi fait, il lui faut expérimenter un malaise important avant de faire des changements. Tant qu’il estime qu’il y a plus de gains à ce qu’une situation se perpétue, il ne fera pas grand efforts pour modifier les choses. C’est souvent lorsqu’il n’a plus rien à perdre ou quand la situation est si inconfortable qu’il ne peut la tolérer davantage qu’il décide de bouger.

La socialisation des filles et des garçons est le premier élément à la base de la culture du viol. J’entends ici la manière dont on éduque les enfants, les doubles standards qu’on leur impose, les messages qu’on leur envoie. À cela se juxtapose la culture du silence qui favorise l’impunité des agresseurs et donc, la perpétuation des agressions sexuelles.

Au passage, je me permets un aparté sur le fameux « C’est pas de la faute des hommes, tu sais, c’est à cause de leurs hormones ». Je ne sais pas pour vous, les gars, mais moi, si j’étais un homme, je trouverais l’argument extrêmement dénigrant et grandement offensant! Comme si les hommes étaient dépourvus de rationalité et étaient totalement soumis à leurs pulsions, telles de vulgaires bêtes!

Il y a aussi une mise au point que j’aimerais faire. L’agression sexuelle n’est pas une question de désir, mais de prise de pouvoir sur l’autre. Une agression se passe lorsqu’on force quelqu’un à quelque chose à laquelle elle n’a pas consenti. Point. Le désir c’est un appel, une envie, ce n’est pas irréfrénable. La preuve, vous êtes au travail, devant un-e collègue que vous désirez. Vous n’allez pas avoir une relation sexuelle en pleine réunion devant tout le monde, non? Ben voilà. Le désir peut être fort, oui, mais il n’est pas irrépressible.

Le recueil Sous la ceinture propose des illustrations, des photos et des textes de fiction et d’opinion qui abordent une partie des éléments que j’ai mentionné. Les textes, sans exception, sont tous puissants. Certains nous touchent plus que d’autres, selon nos sensibilités, bien sûr. On y trouve une vue assez globale de la problématique selon divers points de vue, ce qui est une des grandes forces du recueil.

Dans son texte, Marie-Michèle Lalonde raconte comment, souvent, les jeunes garçons témoins de comportements ou de commentaires sexistes ou sexualisant se taisent devant ceux-ci de peur de passer pour un faible ou etc.

Samuel Larochelle parle également de ce phénomène à sa manière dans un texte où un jeune homme, qui fait partie d’une bande d’agresseurs, n’ose pas intervenir, arrêter par peur de représailles ou des conséquences.

Simon Boulerice livre un texte déstabilisant dans lequel il est question de standards de beauté. Il met en scène une fille ordinaire qui en vient à jalouser les filles qui reçoivent de l’attention pour leur corps… je n’en dis pas plus!

La mini pièce Florence Longpré vous créera sûrement un certain malaise. Un bon malaise, en ce sens qu’elle touche la question de l’agression sexuelle dans les relations de couple. Un sujet encore fort tabou, mais beaucoup plus répandu qu’on ne le croit. Il est si tabou que plusieurs personnes sont encore convaincues que l’on ne peut parler d’agression sexuelle si elle se passe au sein d’un couple.

Véronique Grenier écrit sur la notion du consentement, Nancy B. Pilon, d’une mère qui écrit une touchante lettre à sa petite fille sur la peur qu’elle a pour elle. Milena Babin raconte une histoire dans laquelle un homme qui abuse de sa position d’autorité pour agresser des jeunes filles.

De son côté, Webster nous entretient sur la culture hip-hop et ses liens avec la culture du viol. C’est un texte très instructif, même si on a l’impression d’un tout petit biais. Un peu comme s’il disait « oui, mais… ». Quand il dit que les femmes sont consentantes dans leur objectification (dans les vidéos, notamment), il a raison. Mais il ne faut pas oublier qu’elles aussi ont été influencées (presque endoctrinées) par la pensée dominante. En fin de compte, il en ressort qu’il sait bien faire la part des choses. Ça démontre aussi qu’on a tellement internalisé les messages sexualisant et que le changement ne se fait pas en claquant des doigts. C’est un travail en profondeur qui doit se faire, puisqu’il est question des conceptions de base acquises dès la naissance – ce qu’est un homme, ce qu’est une femme, ce qui est permis ou pas de faire, ce qui est accepté et pour qui, etc.

Webster démontre que ce n’est pas la culture hip-hop qui est en elle-même sexiste, mais que le courant commercial est tombé dans l’objectification. C’est aussi vrai pour plusieurs styles de musique, même si le rap est davantage montré du doigt.

J’ai particulièrement apprécié le partage de Sophie Bienvenu qui parle notamment du fait qu’on a souvent intégré tellement profondément des idées qui nourrissent la culture du viol qu’on a tous, par moment, des réflexions, des attitudes, des paroles qui y participent (à la culture). C’est un genre de mea culpa qui propage l’espoir qu’on peut changer. Qu’il est nécessaire de prendre conscience de ses réflexes, de ces idées et ensuite, de les corriger. Les rationnels et scientifiques aimeront qu’elle appuie plusieurs de ses dires de sources.

Il est admirable qu’elle attaque le tabou du fantasme du viol. C’est un terrain délicat et elle en parle avec grande sensibilité, sans non plus être trop vague. Bref, un texte honnête et rafraîchissant!

Le recueil se termine avec un excellent texte de Gabrielle L. Collard qui aborde l’incertitude quant au fait d’avoir vécu ou non une agression sexuelle si on ne dit pas non jusqu’à la fin, si on ne se débat pas jusqu’à la fin, pour que ça finisse plus vite.

Tant de femmes et d’hommes se retrouveront dans l’un ou l’autre – ou plusieurs – des textes. Ce recueil est un incontournable. Chaque maison devrait en posséder un. Parce que chacun d’entre nous a pensé, ou dit, un jour : « As-tu vu comment elle est habillée! De quoi elle se plaint, elle l’a cherché » ou « les hommes sont comme ça! »... ou toute autre réflexion du genre.

 Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

mardi 6 décembre 2016

Livres à offrir en cadeau à ceux qui écrivent

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Noir sur Blanc, Mylène Fortin, Québec Amérique

L’écriture est quelque chose qui se travaille. Cela demande une créativité foisonnante. J’ai lu de nombreux ouvrages sur celle-ci et j’aime bien me prêter aux exercices d’écritures.

Mylène Fortin propose un manuel qui permettra à celui qui veut aiguiser sa plume des exercices pour développer sa créativité, travailler les figures de style et s’exercer à BIEN écrire.

Au fur et à mesure qu’on exécute les exercices d’improvisation qu’elle propose, on gagne en confiance. Elle sait nous mettre au défi et elle suggère de nous baser sur notre vécu pour développer un texte de fiction, de créer à partir de ça. On part, par exemple, d’un trait de personnalité, d’un parent, etc. J’aime beaucoup l’idée de s’inspirer d’auteurs québécois. C’est là où je trouve l’originalité de ce guide. Un livre que je garde sur ma table d’appoint, c’est tout dire!


Le petit druide des cooccurrences, Druide

Voici le meilleur ami du rédacteur! Qu'il s’agisse d’un étudiant, d’un journaliste, d’un publiciste, d’un blogueur ou même conseiller pédagogique, cet outil s’avérera fort utile pour trouver le mot qui mettra le plus en valeur tout texte. On y retrouve plus de 2600 000 cooccurrences. Le classement tenant compte de la force statistique des associations permet de trouver les plus fréquentes combinaisons.

D’un point de vue visuel, la mise en page aérée favorise la détection rapide des mots. Sous chaque mot sont placées les associations par contexte syntaxique. Que l’on cherche à ajouter à un nom commun une épithète, un autre nom, un verbe ou un complément de nom, on trouve rapidement l’objet de nos recherches. Facile à utiliser, convivial et regorgeant de suggestions, Le petit Druide des cooccurrences est un incontournable. Le mien n’est jamais très loin de moi!


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Splendeurs et misères de l’aspirant écrivain, Jean-Baptiste Gendarme, Flammarion

C’est un ouvrage paru en 2014, mais je l’aime bien et j’avais envie de vous le suggérer comme cadeau si vous avez un aspirant auteur dans votre entourage.

On a une image romantique de ce qu’est un auteur. On se le représente généralement assis chez lui à écrire un bon roman d’un trait. On pense qu’il trouve un éditeur en quelques semaines, publie son livre quatre mois après et est assailli par une horde de lecteurs déchaînés qui achèteront son livre par millions et le rendront millionnaire!

Avec humour, Jean-Baptiste Gendarme déboulonne les mythes liés au métier d’auteur. À l’aide d’exemples et de témoignages d’écrivains et d’éditeurs, il décrit le périple mouvementé qu’est l’écriture d’un livre pour publication. Bien sûr, il y a la période avant l’acceptation du manuscrit, mais ça ne finit pas là! Il aborde la signature du contrat, le travail de réécriture, la sortie, la promo, le fait d’être un auteur parmi plusieurs dont s’occupe notre éditeur, les séances de dédicaces – exercice qui malmène souvent l’ego – et présente des portraits d’éditeurs. C’est un bon outil pour s’éviter quelques désillusions.
Oui, les références sont françaises, mais grosso modo, l’information transmise est pertinente, quel que soit le marché, le pays. Un service à rendre, moi je vous le dis! 😉


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Une incorrigible passion, collectif sous la direction de Jo-Ann Champagne, Fidès

Les 23 coauteurs provenant d’horizons divers, éparpillés entre le Québec et la France, ont livré des textes inédits sur leur passion pour la lecture. Hubert Reeves, Louise Portal, Fredric Gary Comeau, Serge Bilé, et autres partagent avec nous la place qu’occupe le livre dans leur vie. Des textes puissants et inspirants qui permettent de constater la puissance de la littérature. Le recueil de textes nous donne envie de nous réfugier dans une pièce emplie de livres et de bouquiner jusqu’à pas d’heures, promesse tenue! Un beau livre qu’on déguste au compte-gouttes afin que toujours il dure.


Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

jeudi 1 décembre 2016

Suggestions gourmandes pour les cadeaux de Noël

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Végé autour du monde, David Frenkiel et Luise Vondahl, Les Éditions de l’Homme


Alors là, ce livre est un réel coup de cœur pour moi! J’ai toujours fait attention à mon alimentation et ai déjà été végétarienne dans ma jeunesse. Je suis d’ailleurs toujours flexitarienne, c’est à dire végétarienne à temps partiel. J’ai trouvé dans ce recueil des recettes alléchantes et savoureuses qui ont ravivé mon intérêt pour le végétarisme. Ce qui est bien est que les recettes sont variées et ont des influences d’un peu partout dans le monde, ce qui ne fait que nos papilles gustatives ne sombrent pas dans l’ennui. Les auteurs nous racontent également des anecdotes de leurs voyages. Les photos de ceux-ci sont magnifiques comme celles des plats. Un impératif pour diminuer la consommation de protéines carnées.


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Thé – Histoire, terroirs, saveurs, Maison de thé Camelia Sinensis, Les Éditions de l’Homme

Le désormais classique petite mine d’or du thé est de retour cette année. On y apprend tout sur l’art du thé. Bien plus, on en apprend sur les régions et les terreaux où ils sont cultivés, on nous y présente les producteurs. On y trouve également d’alléchantes recettes intégrant du thé, concoctés par des chefs renommés (maquereau en escabèche au thé du Labrador du chef Arnaud Marchand de Chef Boulay-bistro Montréal, notamment). On y découvre les meilleurs accords entre thé et chocolat, fromage et même scotch! Sans compter des idées de cocktails pour les soirées entre amis. J’adore le thé et ce livre (dans une version précédente) est devenu ma bible.


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Recevoir — Coup de Pouce

Quelle que soit l’occasion, ce recueil propose un menu afin de recevoir dignement ses invités. Oui, dignement, comme dans « avec goût », voire avec un fumet enchanteur. Les recettes qui sont présentées sont, pour une grande majorité, à la portée de tout le monde. Afin de concocter un bon repas qui se respecte — l’épicurien en moi résonne —, il est possible de trouver l’entrée qui va marquer le début des festivités avec vos convives, le plat principal qui va les emporter dans le plaisir gustatif pour finalement terminer sur une note joyeuse via un dessert savoureux. Trop de plats ont attiré mon attention pour pouvoir en nommer... le mieux étant de les cuisiner!



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Tartares à volonté, Jean-François Plante, Les Éditions de l’Homme

J’aime cela, les tartares. Cette alliance de goût à la fois brut et raffiné grâce à un ingrédient cru et à un assaisonnement délicatement puissant n’a pas son égale dans les plats cuits. Par contre, en préparer moi-même m’a toujours semblé hors de portée que ce soit avec de la viande ou du poisson. Pourtant, il y a des années de cela, oui, vraiment des années, j’en faisais en utilisant la viande fraîche de mon boucher dans mon village natal. Et bien, ce livre me redonne l’envie d’en faire. Pourquoi ne pas réaliser un tartare croquant de thon à saveur d’orient? Ou un plus classique tartare de bœuf au cognac et poivre vert?




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Gâteaux, Barbara Gateau, Les Éditions de l’Homme

Il ne faut pas se le cacher, c’est un livre dur, très dur. Il regorge d’images-chocs qui ne laissent personne indifférent. En ressortir indemne est impossible et il laissera des traces... probablement de chocolat dans mon cas! Comment ne pas vouloir se gaver du « gâteau mousse au chocolat » ou du « tout chocolat sans cuisson »? À moins d’être plus équilibré et de déguster sans remords un entremets aux framboises et au chocolat. Ce ne sont pas les idées qui manquent.





Billet en collaboration
Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique
Dominique de Leeuw