samedi 29 octobre 2016

Dans la boîte aux lettres cette semaine!

Voici nos dernières livraisons du mois d'octobre :

L'échappée, Julie Tremblay, & moi

Tartares à volonté, et autres délices crus à faire à la maison
Jean-François Plante, Les Éditions de l'Homme

Nathalie ne vit plus ici, Ronald White,
Éditions Sémaphore

Et j'ai aussi reçu le tout dernier numéro de Nuit blanche, magazine littéraire auquel je suis abonnée depuis des années. C'est important de soutenir les magazines québécois. Nous en avons tant perdus...

Nuit blanche - magazine littéraire No 144 - Automne 2016

vendredi 28 octobre 2016

Le cinquième péché de Sylvie-Catherine De Vailly et de Giovanni Apollo

Le 14 septembre dernier, j’ai été convié au restaurant Pastaga, pour un dîner/conférence de presse/lancement du livre Le cinquième péché.

Un matin, Giovanni Apollo s’est réveillé après avoir fait un cauchemar dont le réalisme l’avait fort secoué. À tel point qu’il s’est précipité au téléphone pour le raconter à son agent, convaincu que cela ferait un excellent roman. Bien sûr, Giovanni n’est pas écrivain, il fallait donc trouver quelqu’un qui était en mesure de transformer ce fameux rêve en roman. Après réflexion, c’est à Sylvie-Catherine De Vailly que Patrick Leimgruber a lancé l’idée.

Les coauteurs ont développé une belle complicité au fil du projet, complicité qui était visible lors de notre rencontre. Il faut dire qu’ils ont travaillé étroitement, s’envoyant moult courriels, ayant de nombreuses conversations téléphoniques et rencontres. La solution des courriels était certes la plus simple, puisque les comparses vivent selon des horaires totalement opposées. Sylvie-Catherine se couchant aux aurores après une nuit d’écriture, moment précis où Giovanni se lève pour entamer sa journée de travail.

C’est ainsi que nous, quelques représentants des médias et du monde du livre, nous sommes retrouvés attablés devant des mets divins pour parler de ce roman. Avant d’aller plus loin, je ne sais pas qui de l’équipe de communication ou des coauteurs a suggéré de lancer le roman de cette manière, mais quelle brillante et succulente idée!

Le cinquième péché est un suspense psychologique où Claudia – l’ex-femme de Giovanni dans son rêve –, auteure de livres de cuisine, se réveille dans un lugubre sous-sol, emprisonné dans une cage, nue et sous l’effet d’une drogue quelconque. Claudia est horrifiée lorsqu’elle découvre qu’elle n’est pas la seule à avoir captive dans la cage. Des écrans diffusent des images d’autres femmes. Elle doit faire vite si elle désire se libérer, car selon ses calculs, l’homme qui les a enlevées les tue après moins d’une semaine. Entre son ravisseur et elle s’entame une joute intellectuelle et psychologique à savoir lequel des deux arrivera à ses fins.

Le roman se lit rapidement et on passe un bon moment avec les personnages – dont un est, dans le rêve à l’origine de l’histoire, l’un des avocats de Giovanni Apollo. Après la lecture, cependant, on voit, tout comme ce fut le cas pour Giovanni, la nourriture d’une tout autre manière! ;-)



Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique


jeudi 27 octobre 2016

Jeudi jeunesse : Nous, de Patrick Isabelle, un roman phénoménal!


Après Eux, portant sur le phénomène de l’intimidation, Patrick Isabelle revient avec Nous. Le personnage principal du premier roman a commis l’impensable après avoir subi jour après jour les insultes, l’humiliation et les mauvais traitements. Il se retrouve en Centre jeunesse dans l’aile de sécurité maximale, en attente de son procès et de sa sentence.

Dès l’incipit, on est accroché à chaque mot. Les pages se tournent rapidement, malgré l’intensité de la souffrance qu’elles contiennent. Tout comme pour Eux, c’est une lecture qu’on engouffre. On y passe quelques heures aussi intenses que bouleversantes. On veut bien sûr savoir ce qui arrivera au protagoniste, mais au-delà de ça, on ne peut s’empêcher d’être profondément remué par ce que vit intérieurement le jeune garçon de 14 ans. On est également sensible à certaines de ses conceptions quant à ce qui l’a poussé à pousser le geste qu’il a poussé, sans toutefois l’excuser, bien évidemment.

Par l’entremise de ses réflexions, on constate comment se sentent perçus les jeunes qui sont détenus dans les centres et on constate que la réhabilitation n’est pas simple, pris qu’ils sont entre le pessimisme, le mépris et parfois la peur qu’ils sentent à leur égard de la part des intervenants, le fait de vivre dans un climat de constante violence entre les pensionnaires et l’infime désir de certains de retrouver une vie normale… pour ceux qui en ont eu. Car la majeure partie d’entre eux n’en ont pas eu. C’est d’ailleurs le constat du protagoniste. Il choisit d’ailleurs de ne pas se faire d’amis, pour éviter les ennuis, les déceptions, et se retrouve isolé, ce qui n’aide en rien à évacuer la rage qui gronde toujours au fond de lui. Il tente de l’endiguer par l’écriture, mais ce n’est pas assez. Elle est toujours là, il doit donc la maîtriser. Mais elle constitue toujours une bombe à retardement et l’exprimer violemment devient de plus en plus attrayant. Comment sortira-t-il de là? Dans quel état? Qui sera-t-il devenu? Il ne le sait pas.

Un roman puissant qui remet en question plusieurs de nos idées reçues quant aux victimes devenues bourreaux. Quant à l’efficacité des approches de réhabilitation. Quelque chose ne fonctionne pas. Comment le réparer?
Il soulève aussi des réflexions sur l’impact de la présence des parents à la suite de l’incarcération de leur enfant, et sur tant d’autres choses.

Patrick Isabelle, avec son écriture ultra efficace, signe ici un autre roman « coup de cœur » pour moi. Il rejoint ainsi Simon Boulerice dans les rangs de mes auteurs-fétiches de la littérature jeunesse..

À mettre dans toutes les mains des 12 ans et plus (ça inclut donc les adultes, car il fait parti de ces romans qui transcendent les catégories d’âge).

Lire la critique de Eux



Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

lundi 24 octobre 2016

Quand l’amitié et la vérité semblent difficilement cohabiter

La formation d’historien d’Hervé Gagnon transparaît tout au long de son roman. Sa façon précise et réaliste de décrire une époque permet au lecteur de la vivre pleinement. L’intrigue se déroule tout bonnement dans le Montréal de 1893, lequel vibre au son de sa prose. Nous parcourons les rues de la ville en calèche en compagnie de l’inspecteur Marcel Arcand et du constable qui lui sert de chauffeur. Ce dernier, l’inspecteur, n’a d’autre choix que d’arrêter son ami, le journaliste Joseph Laflamme pour un meurtre passablement violent et sauvage. Bien que revendiquant haut et fort son innocence, tout pointe vers le reporteur et l’accable sans l’ombre d’un doute. Ne pouvant se résoudre à laisser moisir son ami derrière les barreaux, et malgré des difficultés au sein de son couple, Arcand mène une enquête qui le confronte à une société secrète prête à tout pour se protéger et atteindre son objectif.

L’histoire ainsi plantée, l’auteur déroule devant nous un récit vivant qui comporte son lot de rebondissements, le plaçant loin d’un long fleuve tranquille. Les personnages sont attachants et parfois irritants. L’influence toute puissante de l’église y est particulièrement marquée avec des prêtres pleinement conscients de leur pouvoir. La corruption est omniprésente et permet de mettre en scène la précarité dans laquelle vivent les gens.


Ce cinquième volet des aventures de Joseph Laflamme se lit aussi bien en tant que suite aux précédents que de façon autonome. En effet, à partir de la seconde moitié du récit, nous commençons à avoir des appels au tome précédent. Plus la fin approche, plus ces références sont marquées. Mais, encore une fois, ce livre se déguste parfaitement sans avoir pris le temps de prendre connaissance du ou des précédents. J’en suis un parfait exemple n’ayant pas pu bouquiner les polars antérieurs, je n’ai vraiment pas eu l’impression de manquer d’informations pour faire les liens. En fait, il m’a donné le goût de me plonger dans Benjamin et de remonter la piste jusqu’à Jack!

Dominique de Leeuw


samedi 22 octobre 2016

Dans la boîte aux lettres cette semaine!

Il fait un peu frais et il pleut, mais on va pas se plaindre.

Bonne fin de semaine à tous!



Annika, tome - Les étoiles de la fortune,
Nora Roberts, Flammarion Québec 

Recevoir - 250 recettes et 35 menus complets
pour célébrer toute l'année
, Coup de pouce,
Les Éditions de l'Homme

Le premier miracle, Gilles Legardinier,
Flammarion Québec

Le sourire de Leticia, Manu Militari,
Stanké

jeudi 20 octobre 2016

Jeudi jeunesse : Parvana - Une enfance en Afghanistan

À Kaboul, en Afghanistan, Parvana, une fillette de 11 ans, vit avec ses parents, ses deux sœurs et son petit frère dans un petit appartement d’une pièce. Chaque jour, elle accompagne son père handicapé au marché, où il lit ou écrit des lettres pour un peu d’argent. Elle est privilégiée de pouvoir sortir, car sous le régime des talibans, les filles ne peuvent plus aller à l’école, les femmes et les filles ne peuvent pas se promener dans la rue à moins d’être accompagnées par un homme et pour de petits déplacements seulement. Elles restent donc dans la maison toute la journée et, quand elles peuvent sortir, elles doivent porter une burqa, un vêtement qui les recouvrent entièrement avec un grillage  au niveau des yeux, qui leur permet de voir.

Un soir après le repas, des talibans font irruption dans la maison et arrêtent son père. Comme il ne revient pas après plusieurs jours, la famille doit trouver une solution pour gagner de l’argent afin de payer la nourriture et le loyer. C’est donc ainsi que Parvana en arrive à se déguiser en garçon afin d’aller sur la place marchande pour reprendre le travail de son père.

Deborah Ellis nous livre la réalité touchante des femmes et des filles en Afghanistan. Il constitue une excellente manière de sensibiliser les 9 ans et plus au droit à l’éducation des filles, aux conditions de vie des femmes, à la réalité de la guerre, de la pauvreté, et j’en passe. Les lecteurs ne pourront rester indifférents à cette histoire difficile, où la vie est un combat de tous les jours. Ils prendront rapidement conscience des libertés dont ils bénéficient tout en les tenant pour acquises.


En achetant le livre, vous contribuez à améliorer le sort des filles et femmes afghanes puisque l’auteure verse la totalité de ses redevances pour la vente de ce livre à l’organisme Women for women ( www.womenforwomen.org ) qui soutient des projets en santé et en éducation en Afghanistan.

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique


mercredi 19 octobre 2016

Charlotte ne sourit pas

Voici un roman bien étonnant et parfois déstabilisant que nous propose Thomas O. St-Pierre.

Il nous amène dans les méandres d’une amitié dont on devine, peu à peu, qu’elle n’est pas si enrichissante que l’on pourrait le souhaiter. Charlotte et Mireille habitent ensemble en colocation. Les deux jeunes femmes dans la vingtaine entretiennent une relation qui contient une bonne part de jugements, de critiques, de conflits et de tensions.

Charlotte est une jeune femme timide. En fait, elle souffre peut-être d’une forme d’anxiété sociale. Elle manque d’habiletés sociales, et on la sent cynique et désabusée, mais plus que tout, elle se questionne beaucoup sur elle-même. Elle est en proie aux questionnements traditionnels de la vingtaine. Qui suis-je? Qu’arrive-t-il si la personne que je suis ne me plaît pas? À la base, elle ne s’aime pas, pas plus que l’image que les autres ont d’elle. L’image que les autres ont de nous est souvent différente de la personne que l’on sent être. Dans le roman on réalise à quel point il est nécessaire de faire attention à ne pas trop se fier aux perceptions des autres pour se définir. Oui, on peut réajuster des choses, mais il ne faut pas considérer que si les gens nous perçoivent de telle façon, ce que nous le sommes effectivement. La remise en question est intéressante, mais pas quand elle devient autodestructive. Il faut s’en servir pour se construire, pour aller dans le sens de ce que l’on désire et non pour se détester et s’apitoyer.

La vingtaine est aussi un moment où l’on s’interroge sur les amitiés. Qu’est-ce qu’une amitié réelle? Est-ce que ce qui lie Charlotte et Mireille en est une?

Cela m’amène à vous parler du point de vue narratif qui est fort intéressant, après un instant à avoir été déstabilisé. Dans ce roman, le narrateur a comme un pouvoir sur les personnages ou en fait, il aimerait en avoir un, mal à l’aise qu’il est dans le rôle tout simple que de rapporter l’histoire. Il aimerait bien aider les personnages, les conseiller, changer leur trajectoire. C’est très original comme approche!

J’ai cependant quelques réserves quant au roman. D’une part, pour être honnête, ça m’a pris un certain temps avant d’entrer dans l’histoire. J’avais l’impression qu’on me tenait à distance, comme si Charlotte ne voulait pas que je m’approche trop.

D’autre part, j’ai été étonnée par l’utilisation abondante d’adverbes, dont « mais » est celui qui revenait avec le plus de constance. De manière générale, on essaie d’éviter leur recours pour ne pas nuire au rythme du texte ainsi qu’à sa richesse. Ici, on est à la limite. Ça ne nuit pas, car il réussit à faire fonctionner le tout avec son style d’écriture, mais on le remarque tout de même. J’ai quand même trouvé que plusieurs d’entre eux n’étaient pas nécessaires.


Par contre, on assiste à de bons moments lors des huis clos entre les deux colocataires et ça fait contrepoids aux petits bémols qu’on a pu avoir plus tôt dans la lecture. On aura sûrement droit à d’autres ouvrages de ce jeune auteur de 30 ans dont Charlotte ne sourit pas est le deuxième roman.

Yannick Ollassa /La Bouquineuse boulimique