jeudi 29 septembre 2016

Jeudi jeunesse : L'enfant mascara

Le 12 février 2008, Leticia Queen, vivant auparavant sous le nom de Larry King, a été abattu à bout portant par un collègue de classe, Brandon McInerney. Simon Boulerice s’est inspiré de cette histoire vraie pour rendre hommage à cet être, ainsi que, on l’imagine également, de dénoncer les meurtres homophobes et dans ce cas-ci possiblement transphobes.

Dès le départ, on est au courant de la fin tragique que connaîtra Larry aux mains de Brandon. On sait quel a été l’élément déclencheur : Larry a demandé à Brandon d’être son valentin devant tout le monde. Mais comment en arrive à tuer quelqu’un pour cette raison? Que s’est-il passé pour qu’ils en arrivent là? Voilà ce que Simon Boulerice s’est donné le mandat de recréer, de s’imaginer à partir de certains faits. Il nous propose donc une histoire qui se décline sous la forme d’une lettre ou d’un monologue de Larry/Leticia à Brandon. Intercalé dans ce long soliloque, on retrouve des poèmes écrits par le protagoniste et des témoignages de personnes de l’entourage des jeunes concernant l’assassinat de Larry/Leticia.

Larry est follement amoureux de Brandon McInerney qui, bien qu’il lui adresse la parole de manière qui paraît parfois tout à fait dénuée de malice, se révèle en fait être un de ses bourreaux. En dépit de cela, l’amour que Larry lui voue est inaltérable.

Il a volé une vieille trousse de maquillage à sa mère. À l’intérieur se trouve du mascara. Il se met du mascara pour amplifier ses cils, pour qu’on remarque ses yeux. C’est ainsi qu’il commence sa transformation en Leticia. À partir de ce moment, on sent davantage la vie et la joie prendre place en elle. De même, on la sent heureuse d’être plus près de sa réelle identité. On le voit éclore.

Déterminée à conquérir Brandon et convaincue qu’il apprécie ses démonstrations, que ce n’est qu’une question de temps avant qu’il n’accepte ses sentiments, Larry/Leticia persiste à lui manifester toutes sortes d'attentions.

Cette tragédie n’est pas simple, d’autant plus qu’elle implique des adolescents. Des êtres qui durant les années clés de leur développement affectif et identitaire ont été maltraité et carencés affectivement. Il aurait été facile de dépeindre Brandon sous les traits d’un bourreau impitoyable. De le salir et de tomber dans le piège de la haine. Mais voilà, ce ne serait que voir qu’un côté de la médaille. Qu’un aspect du personnage qui, rappelons-le, est un jeune adolescent. Et Simon Boulerice est trop intelligent, trop sensible pour porter des jugements à l’emporte-pièce. Il aime ses personnages et, probablement les êtres humains, inconditionnellement. Ainsi, il nous offre un Brandon humain, complexe. Un jeune garçon, lui aussi maltraité par ses parents, qui se sentait harcelé par les manifestations de Larry/Leticia. Qui n’a appris que la violence et qui a réagi avec haine et violence. L’auteur ne l’excuse pas. D’aucune façon. Il évite simplement de tomber dans le jugement. Il présente l’histoire qui a mené au meurtre de Leticia.

Simon Boulerice est un des auteurs phares de la jeunesse différente. De la jeunesse tout court. Il en dessine les zones d’ombre tout comme celles faites de lumière, avec respect, avec joie, avec fantaisie et avant tout, avec amour.

Un roman qui ébranle, mais qui est une de ces lectures nécessaires. Pour adolescents ET adultes.

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique 

mercredi 28 septembre 2016

Brève : Prix de la nouvelle Radio-Canada 2017



Vous écrivez des nouvelles ? C'est déjà le temps de les faire parvenir pour participer au Prix de la nouvelle (courts textes de fiction inédits) Radio-Canada, ouvert aux amateurs et aux professionnels.

Vous avez jusqu’au 31 octobre 2016 à 23 h 59 HE pour soumettre un texte qui doit contenir entre 1200 et 1800 mots. Le gagnant se méritera une bourse de 6000 $ offerte par le Conseil des arts du Canada, une résidence d’écriture au Centre Banff, en Alberta, ainsi que la publication de son texte dans le magazine enRoute d’Air Canada et sur ICI.Radio-Canada.ca/icionlit. Les finalistes recevront 1000 $, offerts par le Conseil des arts du Canada, et leur texte sera publié sur ICI.Radio-Canada.ca/icionlit.

samedi 24 septembre 2016

Dans la boîte aux lettres cette semaine!

Quatre nouvelles surprises nous sont parvenues jeudi. Oui, tout le jeudi. Je pense que la nouvelle factrice qui fait sa balade à pied les a gardées pour le même jour, question de ne pas avoir un sac trop lourd. Elle est donc venue en camion les déposer dans la boîte aux lettres et sur le banc, puisque les enveloppes ne rentraient pas toutes. C’est vrai que j’ai retiré ma deuxième boîte pour les grosses livraisons. Je crois qu’il faudrait bien que je la remette si elle en fait une pratique hebdomadaire!

Bonne fin de semaine!
Sans terre, Marie-Ève Sévigny,
Héliotrope Noir

Le choc, tome 1, Anna Todd,
Les Éditions de l'Homme

Noir sur Blanc - Guide d'improvisationlittéraire, Mylène Fortin, Québec Amérique 

Les torrents, Julie Rivard, Recto Verso

mardi 20 septembre 2016

La fille dans le placard tome 2 : aussi bon que le premier!

Le premier tome de La fille dans le placard se terminait avec le mariage de Maxime Lafleur avec une mystérieuse demoiselle. On la retrouve donc avec ses meilleures amies, demoiselles d’honneur aux robes aux couleurs de l’arc-en-ciel. C’est après de nombreux allers-retours dans le passé amoureux de la sympathique protagoniste que nous apprendrons enfin qui est l’heureuse élue qui aura mis fin aux séries de séances de frenchage et d’histoire d’amour malheureuse dans lesquelles Maxime tournait en rond depuis des années.

À travers les relations de Maxime et Alexe, d’Isabelle et du comédien, de Carrie et Philippe, de Lyvia et Patrick, et celles de Maxime avec plusieurs autres personnes, ;-), Chantal Brunette aborde l’ambivalence quant à l’orientation sexuelle et la difficulté à l’assumer, la difficulté de l’annoncer à ses proches, la fidélité, et autres enjeux relationnels.
La construction du roman et l’écriture sont rythmées et l’auteure maintient avec brio le suspense. Les personnages sympathiques et les lectrices se retrouvent dans le vécu de l’une ou l’autre des amies. Pour chatouiller notre corde émotive, l’auteur fait référence à des paroles de chansons qu’elle sème à l’endroit parfait. Leur choix est impeccable et fait vibrer en nous le petit souvenir (près ou loin) de peine d’amour ou d’exaltation des premiers émois amoureux. Mais pour moi, ce qui m’a conquis encore plus, c’est les références à Friends (ma télésérie favorite de tous les temps).  J


Bref, l’ensemble est d’une grande efficacité! Une très bonne chick lit!

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

samedi 17 septembre 2016

Dans la boîte aux lettres cette semaine!

Si la boîte aux lettres est bien garnie cette semaine, c'est qu'on a enfin fait nos demandes de services de presse. Il était temps, la saison a peut-être qu'une poignée de semaines, mais comme vous pouvez le constater, il y a déjà beaucoup de livres qui attendent d'être lus. 

Bon week-end!


Owen Hopkins, Esquire, Simon Roy,
Boréal

Charlotte ne sourit pas, Thomas O. St-Pierre,
Leméac

L'enfant mascara, Simon Boulerice,
Leméac

Un coeur sombre, R. J. Ellory,
Sonatine

J'écris, tu aimes, ça chie, Diane Lavoie,
Libre Expression

Joseph, Hervé Gagnon, Expression Noire

Des femmes savantes, Chloé Savoie-Bernard,
Triptyque

Juliette à Québec, Rose-Line Brasset,
Hurtubise

Le cinquième péché, Sylvie-Catherine De Vailly
et Giovanni Apollo, Recto Verso

Garde-fous, Martyre Rondeau, Triptyque

Zoélie l'allumette, tome 3 - l'orphelin égaré,
Marie Potvin, Les Malins

mercredi 14 septembre 2016

Télésérie : quand les concepts s'embrouillent

Xavier est un comportementaliste canin qui mène une petite vie tranquille et bien réglée avec sa femme Nadine qui travaille dans une banque, et son jeune fils Lucas. Un soir alors qu’il s’installe au salon pour visionner la télésérie Instincts, il est frappé par le personnage d’Évelyne Miller, procureure de la couronne. La femme d’une grande beauté le charme par son intelligence et son côté rebelle.

Ne pouvant se sortir le personnage de l’esprit, il entreprend des recherches sur internet à propos de Margot de Brabant, la comédienne qui l’interprète. Il devient « ami » Facebook avec celle-ci, la suit sur tous les réseaux sociaux, traque chaque trace qu’elle laisse sur la toile. Plus il avance, plus il devient accro… et s’éloigne de sa propre femme qu’il a l’impression de tromper. Pas avec Martine de Brabant, l’interprète, mais bien avec Évelyne, le personnage.
L’obsession va grandissant et il en devient littéralement amoureux.

Qu’est-ce qui ne va pas chez lui? Comment peut-il aimer une femme qu’il ne connaît pas, un personnage de fiction, qui plus est? Sa vie est-elle monotone pour lui qui a relégué à regret à l’armoire du sous-sol son skate qui l’a suivi pendant une vingtaine d’années?

Il a déjà eu des tendances, étant plus jeune, à faire des fixations sur les personnages féminins aux cheveux roux; Laura Ingalls, de La petite maison dans la pairie, Fifi Brind’acier et Martine, des livres du même nom. Mais qu’est-ce qui peut amener quelqu’un à s’éprendre d’un personnage qui n’existe pas? De quelqu’un qui ne pourra donc jamais lui rendre ses sentiments.

La dépendance à la télé et les gens qui s’amourachent des personnages ne sont pas un phénomène nouveau. Aux États-Unis, ça existe depuis longtemps. Au Québec, il y a toujours eu les Écho Vedette et autres du même genre. Cependant, avec l’avènement d’internet et des réseaux sociaux, le phénomène a explosé. Les comédiennes et comédiens peuvent exposer – ou voir exposé – chaque détail de leur vie 24 heures sur 24. Plusieurs individus ont du mal à faire la différence entre le personnage et l’interprète. Combien de comédiens se font interpeller dans la rue par le nom de leur personnage? Ici, ce n’est pas le cas. Xavier fait de toute évidence la différence entre les deux, mais ne peut s’empêcher de tomber pour Évelyne. C’est ça qui est intrigant!

Le roman alterne entre Xavier et le scénario de la série – assez moyenne, il faut le dire! Ouf! Montages douteux, histoire loin d’être originale, et j’en passe – ce qui rythme le récit tout en nous donnant accès à ce que le protagoniste voit de la nouvelle élue de son cœur.


Hugo Léger aborde avec humour, mais non sans sérieux la ligne entre la réalité et la fiction et la manière dont certains peuvent jouer avec cette ligne pour obtenir ce qu’ils désirent. Il est aussi question de mensonge et d’engagement amoureux.

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique