samedi 30 avril 2016

Dans la boîte aux lettres cette semaine!

Cette semaine, on a reçu des suites de série - parions que plusieurs lecteurs et lectrices serons heureux - et un nouveau roman jeunesse écrit par deux auteures. Avec le mois de mai qui se pointe demain et qui, on l'espère, nous promet l'installation réelle du PRINTEMPS, on va peut-être enfin pouvoir lire dehors sans manteau!

Bonne fin de semaine!

Bébé Boum, tome 4, Josée Bournival, Hurtubise

Rannaï, tome 2, Karine Raymon, Druide

Amblystome, tome 4 - De dieux et de monstres,
M. V. Fontaine, Québec Amérique

RAF à la rescousse, Nadine Descheneaux,
Amy Lachapelle, Z'Ailées

jeudi 28 avril 2016

Jeudi jeunesse : Gamer tome 2, une chronique et un entretien avec l'auteur!

La bande de Laurianne cherche toujours à découvrir qui est derrière la page Facebook qui a pris Margot pour victime dans le premier tome. Pendant que Laurianne élabore un plan pour régler le compte de Sarah-Jade, qui semble en avoir après eux, le groupe d’amis se pratique pour un grand tournoi. Mais de ce côté-là aussi des choses étranges se passent. Certains gamers auraient été victimes d’attaques dévastatrices.

La série de Pierre-Yves Villeneuve saura plaire aux amateurs et amatrices de jeux vidéo. Car, il est important de le mentionner, plusieurs personnages, dont le personnage principal, sont des filles. Le roman regorge d’action et d’intrigue, que ce soit dans les très nombreuses scènes de jeux ou dans celles de la vie. Les scènes de jeux sont bien construites et détaillées au point qu’on s’y croirait. Quant aux passages concernant la vie hors jeu vidéo, ils reflètent la réalité adolescente : les préoccupations amoureuses, l’amitié, l’école, les relations avec les parents, les relations tendues avec certains collègues de classe qui peuvent parfois se transformer en intimidation, etc. J’ai trouvé intéressant de voir que les jeunes agissent dans la vie comme dans le jeu, usant de stratégie. Ils mettent à profit leurs aptitudes dans tous les domaines de la vie. Les jeunes sont fort sympathiques et il est touchant de voir à quel point ils sont prêts à tous les uns pour les autres.

Bref, une série qui vaut la peine d’être découverte!

Échange avec Pierre-Yves Villeneuve

Pourquoi avoir choisi une fille comme personnage principal?
Tout d’abord, d’écrire du point de vue d’une jeune fille de 14 ans allait me sortir de ma zone de confort pas à peu près ! C’est quelque chose que je n’avais jamais tenté.

En développant l’histoire, je me suis rapidement rendu compte qu’un personnage féminin allait me permettre d’explorer beaucoup plus de sujets intéressants, et pas que dans l’univers des jeux vidéo.
On s’attend aussi toujours à ce que les filles lisent les histoires mettant en scènes des gars, mais rarement va-t-on pousser un gars à lire une histoire mettant en scène une fille. C’était l’occasion idéale de rejoindre les filles avec un personnage fort et les garçons avec un sujet qui (traditionnellement) les attire.

Quel personnage vous ressemble le plus? Le moins?
Je me retrouve dans plusieurs personnages. Ce sont des détails : la timidité de Margot, le côté plus solitaire de Laurianne, etc. Mes amis seraient probablement mieux placés que moi pour répondre à cette question. J’aimerais bien qu’ils disent que Laurianne me ressemble, mais je sais que c’est faux, car elle est beaucoup plus cute et cool que je ne l’ai jamais été à son âge.

Sarah-Jade est définitivement celle qui me ressemble le moins. Je n’ai pas ce genre de malice en moi.

Dans la série Gamer, y avait-il des éléments qui étaient importants pour vous d’aborder?
Une de mes filles est une geekette pure et dure. Elle adore les films de SF, les BD, les comics et les superhéros. C’est dans son ADN. Il y a quelques années, voyant sa tuque de Spider-Man, un petit garçon lui a dit qu’elle n’avait pas le droit d’aimer ça parce que c’était pour les gars. Ça m’avait fâché. Parce qu’ensuite, de peur de se faire juger, elle s’est souvent retenue d’afficher son côté geek.
À la base, il y a donc cette idée de montrer que les filles s’intéressent aux superhéros, aux jeux vidéo et aux sciences.

Mais aussi que le monde est encore beaucoup plus sexiste qu’on ne le croit.
Les gars n’imaginent pas tout ce que les filles doivent affronter quotidiennement pour se rendre là où elles sont.

Beaucoup de gens disent que les jeux vidéo sont nuisibles, notamment parce qu’ils entraînent une certaine passivité. Qu’en pensez-vous?
Il y a de cela jadis, on a dit ça du livre. Et dans les années 1980-90, on accusait les walkmans de rendre les gens plus individualistes. Comme toute chose, il faut savoir se contrôler, s’imposer des limites quand ça devient un problème. 

Les jeux vidéo ont aussi des avantages. Ils permettent de développer les réflexes, de savoir gérer plusieurs situations à la fois (multitasking), les joueurs ont une meilleure conception spatiale, ils activent leur matière grise, font travailler leur mémoire, etc. Les bons chirurgiens sont souvent des adeptes des jeux vidéo, parce qu’ils ont développé une meilleure motricité fine.

Qu’est-ce qui vous plaît dans l’univers des jeux vidéo?
Justement, ce sont les univers qui y sont développés. Ce sont de véritables dimensions parallèles. Les histoires sont de plus en plus complexes, les mondes de plus en plus grands, et graphiquement parlant, certains sont des chefs-d’œuvre.

Présentement, je m’intéresse beaucoup aux jeux qui sortent des sentiers battus et qui permettent aux joueurs de mettre la trame narrative de côté, des jeux qui sont si massifs que l’exploration du monde virtuel est une fin en soi (EVE Online et No Man’s Sky).

Avez-vous déjà pensé à créer votre propre concept de jeu vidéo?
Quand j’étais au secondaire, au début des années 1990, avec des amis, on croyait avoir eu une bonne idée pour un BBS. Notre bonne idée s’est révélée être vraiment poche, extrêmement mal conçue. Elle n’aura finalement duré que quelques heures. Concept mort-né. Et c’est bien mieux ainsi.

J’avoue que si l’occasion venait à se présenter, si un studio m’approchait pour développer un projet, ce serait bien difficile de dire non.

Quelle est la plus grande qualité d’un jeu vidéo?
L’immersion qu’elle procure au joueur.

Quelle est la plus grande qualité d’un bon gamer?
Il y en a plusieurs : la rapidité d’exécution, l’écoute, le fait d’avoir une bonne communication avec ses coéquipiers, le sens de la stratégie. Je crois qu’avant tout, il faut une bonne imagination pour tirer son épingle du jeu, affronter les ennemis, qu’ils soient NPC ou contrôlés par des joueurs, et résoudre les énigmes que les programmeurs auront semées dans les jeux.
  
D’où vous est venue l’idée d’écrire?
L’idée existe depuis des années, mais le chemin pour y arriver a été long et tortueux. Comme je suis paresseux de nature, plusieurs obstacles ont contribué à me détourner de mes projets. Ces dernières années, l’appel littéraire a grandi en moi jusqu’à me pousser (enfin !) à mener un projet à terme.

De manière générale, êtes-vous un lecteur? Si oui, quelle littérature vous plaît davantage?
Je suis un lecteur omnivore et vorace ! Je lis de tout ! Je traîne toujours un livre avec moi. Comme tout le monde, j’ai des préférences, des genres préférés (la SF, le fantastique, la fantasy, le romans policiers, la BD, etc.). Mais je ne pourrais pas m’enfermer et me restreindre à ceux-ci. Je m’abreuve à toutes les sources. Les meilleures comme les pires (il n’y a rien de mieux que de lire un mauvais roman pour savoir ce qu’il ne faut pas faire). J’adore aller découvrir ce que les collègues ont fait en jeunesse, en chick litt, en littérature historique, etc.

Présentement, je suis en train de lire Neuromancer, de William Gibson, la série Alias en BD, qui suit Jessica Jones, les mémoires de Felicia Day et de Wil Wheaton, en plus des romans d’Héloïse Côté, de Philippe Aubert-Côté, de Patrice Lessard, une BD de Pascal Blanchet qui attendent sur ma table de chevet.

Qu’est-ce qui inspire votre écriture?
Tout ! Naturellement, je vais puiser dans ce que je lis, ce que je regarde (en films et en séries), je pige dans mes souvenirs et dans les anecdotes que mes amis m’ont racontées.

La musique prend une grande place dans mon travail. Ça me prend une trame musicale. J’ai écrit le premier tome de la série en écoutant (en boucle) la trame du film Ender’s game, et le second en écoutant celle de la série Daredevil. Travailler avec une trame me plonge dans ma bulle, me permet de retrouver rapidement l’état d’esprit nécessaire à l’écriture d’une scène particulière.
  
Yannick Ollassa / La Bouquineuse Boulimique


mercredi 27 avril 2016

Une piscine où il ne fait pas bon se baigner

Un roman noir intitulé « la piscine ». De par mon historique culturel, je dois avouer que la première chose qui m’est venue à l’esprit se résume à : « tiens! Un roman noir sur le monde de l’espionnage? » À ma décharge, il faut savoir que la « Piscine » est le surnom du quartier général de la DGSE, le contre-espionnage français, qui bien sûr a changé de nom depuis mon départ. Les sigles ne font qu’un temps puis sont remplacés. Bref, je me suis fourvoyé!

« La piscine » est bien un roman noir à n’en pas douter, mais pour le côté OSS-117, pas vraiment. Ainsi, même avant de vraiment me plonger dans le livre, Jonathan Gaudet avait réussi à me déstabiliser. Les quelque 239 pages qui le constituent n’ont certes pas arrangé les choses. L’histoire se déroule aux Mares-Noires, à Bécancour où se trouve la centrale de Gentilly. À cette époque, la ville de Gagnon est détruite à la suite de la fermeture de la mine qui l’a engendrée. Mais, non! Le livre ne commence pas ainsi. Le début est constitué d’un prologue de quelques pages finissant par la phrase : « Maintenant, dis-moi d’où vient la cicatrice que tu as au visage. »

Puis, après avoir pris cette brève inspiration, l’auteur ne nous lâche pas une seconde. Le premier chapitre m’a tout simplement donné l’impression d’être écrit dans un seul souffle. L’écriture est captivante. Les descriptions oscillent entre le passé de la région, les paysages et les personnages sans jamais rencontrer le moindre à coup. Rien ne semble forcé, tout s’écoule sous un même trait de plume. À tel point qu’il est difficile de faire une coupure dans le texte pour le reprendre plus tard. Le chapitre premier finit, le second n’arrange rien. Lui aussi ne nous laisse pas aller. L’histoire nous pénètre, s’invite en nous. Elle pourrait, dans un sens, être la nôtre. Mais, de cet ordinaire, Jonathan Gaudet a réussi à créer une toile qui peu à peu nous retient prisonniers. La description de chacun de ses protagonistes nous amène dans leur tête et sous leur peau avec beaucoup de réalisme. La torpeur de la jeune mère qui apprend la mort de son mari dans un accident à la centrale nucléaire est criante de réalisme. Chaque récit, chaque événement nous approchent un peu plus du cœur de l’intrigue.


Un peu comme un espresso bien foncé et bien serré, cet opus se déguste sans modération!

Dominique de Leeuw

mardi 26 avril 2016

Une suite épatante pour David Goudreault

La bête est incarcérée dans une prison à sécurité maximale, dans l’aile psychiatrique, ce qu’il trouve plutôt incohérent, puisqu’il n’a pas été jugé incompétent à subir son procès, pour cause de maladie mentale. Il doit y purger une peine de 16 ans. Être l’esclave de tous, très peu pour lui. Comment fera-t-il pour s’imposer dans le milieu carcéral qu’on sait hyper hiérarchisé?

Au fur et à mesure que son séjour avance, il se découvre de grandes ambitions. À défaut d’avoir eu l’amour et la reconnaissance de sa mère, il sera connu du monde. Il tuera à nouveau et passera aux nouvelles? Comment? Quand? Il ne sait pas, mais il réfléchit à une façon de réaliser ce grand projet.

Ce qu’on lit, c’est le fil des événements qui se sont passés après son deuxième meurtre. On sait donc qu’il tuera à nouveau. On ne sait pas quand ni comment.

Tout comme dans La bête à sa mère, c’est abrasif et c’est sombre. Mais c’est aussi rempli d’un humour parfois loufoque. Il y a de nombreux passages qui sont carrément hilarants. Le protagoniste a de ces phrases ahurissantes. Ses raisonnements sont bons au départ, puis ils dérapent totalement. Ils sont plus que boiteux… ils deviennent complètement erronés, mais il les affirme avec aplomb et ne se remet pas en question une seconde.

La bête est un être cruel, mais il a malgré tout une grande part de naïveté. Il ne faut pas oublier qu’il n’a que 22 ans. Sa quête d’amour est touchante et on ne peut pas totalement le détester. On arrive, par moment, à séparer les actes de la personne.

David Goudreault est un écrivain solide avec une plume réglée qui nous entraîne dans le torrent de son histoire. Qu’on le veuille ou non, on est happé et on ne peut en sortir qu’à la toute fin du récit, épuisé, mais comblé.

J’avoue avoir un faible pour les romans où l’on raconte les âmes brisées, romans durs, un peu trash, parfois avec un soupçon d’humour, mais pas nécessairement. Parce que ça me touche. Parce que tout dans la vie n’est pas rose. Parce que les gens qui ne l’ont pas eu facile ont aussi le droit qu’on entende leur voix.


Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

samedi 23 avril 2016

Dans la boîte aux lettres cette semaine!

Bien des découvertes à faire encore! Ça promet des journées pleines de lecture! On est maintenant bien installé pour lire à l'extérieur, un petit plaisir dont on ne se privera pas.

Bon week-end!

L'instant présent, Guillaume Musso, Pocket


Paris Je t'aime! - 150 expériences inoubliables, Collectif,
Trécarré

Exil en la demeure, Jean Bello, Sémaphore


Maybe Not, Colleen Hoover, Hugo Roman

L'énigmatique Médaillon, Stéphane Bourget,
Éditions Grizou

vendredi 22 avril 2016

Vernon Subutex : Un portrait brutal d'une génération et d'un pays

Obligé de fermer son magasin à cause de l’avènement du numérique dans l’industrie musicale, Vernon Subutex a su survivre pendant un bout de temps. Mais comme la situation du travail en France est difficile, il n’a plus un rond. Ayant un sérieux retard sur son loyer, il est évincé de son logement et les quelques biens qu’il n’avait pas liquidés pour survivre sont saisis jusqu’à ce qu’il paie une caution pour les récupérer.

Ainsi mis à la rue, il doit trouver où se loger. Trop honteux pour raconter la vraie raison de son malheur, il invente une histoire d’amour qui l’a amené à vivre au Québec depuis quelques années. Il ne serait de passage en France que quelque temps, question de régler des soucis administratifs. Une fois son boniment trouvé, il sillonne sa page Facebook pour dénicher un ami susceptible de lui offrir de dormir chez lui.

Il reprendra peu à peu contact avec le petit monde qui gravitait autour de lui à l’époque où il tenait son magasin de disque Revolver. Certains de ceux-ci avaient même formé un groupe de musique ensemble. À cette époque, leur existence tournait autour du sexe, de la drogue et du rock and roll. Durant les derniers mois, quelques-uns d’entre eux sont morts dans différentes circonstances, le dernier étant Alex Bleach, le seul du groupe à avoir connu du succès sur la scène musicale. Les survivants sont aujourd’hui tous quadragénaires ou quinquagénaires. De tous, Vernon affecte la chute la plus impressionnante, mais les autres sont également dans un état psychologique plutôt pitoyable.

Ainsi donc, Vernon ira d’ami en ami, nous promenant de classe sociale en classe sociale, ce qui permettra à l’auteure de dresser un portrait de l’état de la France actuelle. Elle touchera ainsi une multitude de sujets dont les relations entre et femme, l’homosexualité, la transsexualité, le racisme, les roms, le chômage, les affaires, la violence conjugale, le milieu culturel, la politique, la sexualité, l’image corporelle, les SDF, la toxicomanie, le suicide, et j’en passe! On constate à quel point la France est en crise, à quel point elle est déchirée, épuisée, désillusionnée, blessée et désespérée!

Vous l’avez compris, c’est un roman touffu. Mais on ne s’y perd pas l’instant d’une seconde, même s’il y a une pléthore de personnages dont chacun possède une voix singulière. Chacun d’entre eux porte une lassitude, une détresse, un vide qu’ils tentent de fuir. La désillusion les frappe, mais ils refusent de le reconnaître et ils continuent de courir après leur queue. S’ils arrêtaient, que feraient-ils d’autre? Que fait-on lorsque l’on constate, passé le mi-temps de la vie, que l’on a erré et que ce que l’on fait ne rime à rien? Comment trouver la force de continuer, de se réinventer une vie satisfaisante sur de nouvelles bases? Et comment procède-t-on? Peut-être que c’est pour ça qu’Alex est mort? Reste que l’on se demande si l’auteure voulait nous dire que quand on vieillit, on devient malheureux, cynique et aigri. Que nos démons sont toujours là, à nous guetter dans l’ombre, jamais bien loin

Avant sa mort, celui-ci a d’ailleurs enregistré un auto-entretien qu’il a remis à Vernon Subutex. Vernon en a glissé un mot à un ami réalisateur après sa mort, sans se douter que ce sera l’amorce d’une véritable chasse à l’homme dans la ville pour le retrouver et mettre la main sur ces fameux enregistrements.

La première partie de cette fresque en trois tableaux est un roman intellectuellement, psychologiquement, sociologiquement brillant! L’écriture de Virginie Despentes a un souffle, un rythme époustouflant! C’est incroyable! Les énumérations sans virgules en sont en partie responsables, ne donnant pas de répit au lecteur, le précipitant dans la frénésie des personnages.

J’avais eu un coup de cœur pour « Baise-moi », le roman et le film, à la fin des années » 90. Mon béguin d’auteur pour Virginie Despentes se confirme encore 20 ans plus tard. Une lecture absolument jouissive! À couper le souffle! Je compte les jours jusqu’à ce que le deuxième tome arrive dans ma boîte aux lettres!

P.S. Avertissement, pour ceux qui ne le savent pas déjà, pour les Français, le rock est une catégorie très large, ne vous en offusquez pas. ;-)
  
Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

jeudi 21 avril 2016

Jeudi Jeunesse : S'affranchir de l'aliénation

Qu’est-ce que la vie peut nous réserver de bien quand on vit dans un mobile home en plein milieu du désert, devant la route 66, maintenant abandonnée, avec un père camionneur violent, et une mère alcoolique, négligente, maniaque de la propreté et violente également. Quand depuis 15 ans, nos parents nous méprisent. Que la peur nous paralyse au point qu’on a pas prononcé un mot depuis 15 ans et qu’à cause de ça, ils nous traitent de débile?

Le quotidien de Josué est bien réglé. La routine ne déroge pas. Il se réveille, se glisse silencieusement dans la cuisine pour attraper à manger sans réveiller la vipère assise dans son La-Z-boy devant la télé, il fuit par la fenêtre de sa chambre, il saisit ses vêtements sur la corde à linge et il va se promener dans le désert. Il ne reviendra que le soir, une fois la noirceur venue. Le week-end, c’est une autre routine. Celle des coups, des blessures physiques. Son père arrive et pour une raison ou une autre, bat sa mère. Parfois, Josué écope lui aussi.

Son seul ami est un arbre. Un arbre de Josué, d’où provient son nom. Avec lui, il a un dialogue qu’on pourrait qualifier d’âme à âme. Il se réfugie à ses pieds lorsqu’il est triste, lorsque son père tabasse sa mère et même, ça lui arrivera, lorsqu’il sera heureux. Il y a aussi une grotte, dont il a fait son sanctuaire, où il à gravé les murs.

Mais voilà qu’il prend conscience que les rêves deviennent destructeurs, car ils entretiennent l’espoir. Or, Josué est arrivé à un constat : les choses se répètent de jours, de semaine en semaine. Toujours les mêmes scénarios, sans variantes. Il n’ose plus croire que les choses changeront. Il ne peut plus croire que les choses changeront. Ça ne lui fait que du mal. Il doit se résigner. Sa vie ne sera que douleur et fuite dans le désert.

C’est à ce moment qu’un ange arrive sur sa route. Ils établissent une connexion sans qu’il lui parle. À partir de ce moment, sa vie ne sera plus jamais pareille.

Sonia K. Laflamme signe un récit profond et bouleversant. Magnifiquement écrit, il nous livre toutes les nuances de dualité qui habitent Josué. Son combat intérieur est complexe et senti. Il n’y a aucune faille dans la composition de ce merveilleux personnage fort et brillant. L’adulte qu’on retrouve est cohérent avec l’esprit de l’adolescent qu’il a été.

Il est impossible de rester indifférent à ce jeune homme, à son parcours, à cette écriture sensible et intelligente qui nous laisse avec la leçon que l’espoir se cache parfois là où l’on ne l’espère plus.

Un récit poignant qui nous touche dès la page de dédicace et de citation. À la première ligne de l'histoire, c'en est fait, on est accroché jusqu'à la toute fin.

Une lecture qui intéressera les adultes, j'en suis absolument certaine.

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique