vendredi 4 novembre 2016

J’écris, tu aimes, ça chie : juste choix de mot

L’auteure de Tremblements de mère nous revient avec son deuxième roman. Celui-ci parle de la quête d’amour sur les sites de rencontre, passé l’âge de 50 ans.

Certes, le sujet des rencontres par Internet n’est pas nouveau. Cependant, il n’est pas fréquent qu’on aborde le sujet su point de vue de la cinquantaine. Diane, femme autonome de 52 ans, costumière, amoureuse des mots en a marre de la solitude. Elle a tenté de rencontrer quelqu’un au supermarché, au travail, etc., mais rien ne fonctionne. Elle en a tellement ras-le-bol qu’elle décide à s’inscrire à Réseau Rencontre, avec beaucoup de réticence. C’est bien connu, les rencontres Internet sont souvent décevantes, les profils et photos sont parfois alléchants, mais après quelques mots échangés… c’est la déception. D’autant plus que Diane cherche un homme qui, comme elle, aime écrire, bien écrire. Il n’est pas que question d’orthographe et de syntaxe, mais aussi de l’essence des mots, de leur rythme et de l’esprit qu’elle peut ainsi deviner chez ses correspondants.

Après un tri, elle entame des conversations avec quelques hommes. La conversation démarre bien, dure un certain temps, car il faut apprendre à se connaître avant de se rencontrer. Le charme opère des deux côtés, puis plus de réponses. S’il est une chose que Diane ne tolère pas, c’est l’absence de réponse. Devant le silence, elle s’emporte et envoie plusieurs missives à l’élu. Rien. Le scénario se répète sans cesse, après rencontre ou avant rencontre. Quelque chose fait en sorte que ça dérape «pas à peu près», d'où l'utilisation de «ça chie» dans le titre du roman. Finira-t-elle par trouver quelqu’un avec qui ça cliquera au-delà des mots? Il n’y a rien de moins sûr!

On embarque dans cette suite d’échanges épistolaires où l’auteure manie la plume magnifiquement. Les joutes verbales sont fort agréables à lire et l’on est entraîné dans la quête de Diane. Outre les mots, force est de constater que l’on n’est pas moins à l’abri du rejet même si l’on n’est pas face à l’autre. On croirait que le fait d’être à distance ou de ne jamais s’être vu fait en sorte que le rejet est mieux vécu. Or, il n’en est rien. On voit Diane, blessée, déçue, réagir fortement au désintérêt, au point de harceler certains des candidats qui ont tout simplement cessé de donner suite à ses messages. C’est là que l’on constate qu’après tout, il y a toujours les relents de l’enfance qui nous hante. Un rejet fait remonter des blessures qu’on croyait guéries. Après tout, on entre dans une intimité plus rapidement quand on est devant un écran, ce qui nous met en état de vulnérabilité.


Quiconque a déjà fait l’expérience d’échanges épistolaires dans un but plus ou moins éloigné de faire une amoureuse se reconnaîtra à fond dans ce roman, et ce, quel que soit son âge. Les sentiments de Diane sont intenses, authentiques et ils nous engouffrent avec elle. Un autre roman fort pour Diane Lavoie.

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

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