mercredi 7 septembre 2016

Les méduses ont-elles sommeil? Entrer dans l’univers de Coco & Marie

Hélène, tout juste majeure, arrive de Trapellun (anagramme de nulle part) à Paris, chez sa cousine Laurine de 32 ans. Elle commence rapidement à consommer de la cocaïne quand Laurine lui présente une belle ligne blanche en lui proposant d’essayer. Pour elle, c’est une révélation. Elle qui a eu une adolescence isolée, qui avait l’impression d’être inintéressante se met à converser et à dire des choses que les autres écoutes. Elle se met à sortir plusieurs soirs par semaine dans les bars avec les amis de sa cousine et sa consommation augmente sans qu’elle s’en inquiète. On ne devient pas accro à la coke.

Un jour, celle-ci n’est plus assez pour elle, elle goûte à de la MDMA (l’exctasy), qui est alors une révélation encore plus puissante pour elle que ne l’a été la coke. La musique, les choses se transforment et prennent une dimension tactile, sensorielle. Elles font partie d’elle et elles ondulent à travers elle, à travers ses copains. 

L’écriture de Louisiane C. Dor est toute en poésie et en image. On flotte avec elle à travers sa descente avec Coco & Marie – les surnoms qu’elle a donnés à la cocaïne et à la MDMA. On la voit dans le déni de sa situation à partir de l’intérieur.

Outre la toxicomanie, Les méduses ont-elles sommeil? aborde les douleurs des adolescents qui n’ont pas trouvé de place parmi les jeunes de leur âge. Hélène cherche à exister, à être vue, à être considérée, ce qui est tout le contraire de ce qu’elle était avant. À l’école, elle était le souffre-douleur. Avec la coke, elle a l’impression d’être quelqu’un, de dire des choses intéressantes, d’être écoutée, enfin.

Le roman évoque aussi le passage à l’âge adulte et le regard de cette jeunesse sur les adultes confirmés et sur l’idée que ces derniers se font des jeunes. Il y a toujours, à cette période, une certaine condescendance entre les deux groupes, basés sur des préjugés, des tensions. Hélène n’échappe pas à cette règle non écrite.


Faire un rapprochement avec Christiane F. serait facile, mais se révèlerait une erreur à mon avis. Si le sujet est le même, l’écriture n’est pas la même. Ici, la poésie et les images prennent davantage de place, cependant, la problématique dans son aspect psychologique est plus développée dans le roman de Christiane F.  Louisiane C. Dor pour sa part a choisi d’en rester à relater son expérience de la drogue. Ce qu’elle fuyait en la prenant, ce qui se passait en elle quand elle la prenait. Elle volait démontrer le regard biaisé que l’on a quand on est sous son emprise. Elle aurait pu aller plus loin. Je soupçonne qu’entre les 18 ans du personnage de son récit autofictionnel et ses 22 ans lorsqu’elle a écrit le roman, le recul n’était peut-être pas suffisant pour aller plus loin. Peut-être pas non plus. Il reste que c’est le choix de l’auteure et, comme lecteur, on doit le respecter. Ceci étant dit, on saisit très bien ce qu’elle désirait exprimer et avec la douceur de ses mots, la réalité est d’une violence troublante lorsqu’on tourne la dernière page.

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique


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