vendredi 20 mai 2016

Venez rencontrer Jacques Expert aux Printemps Meurtriers de Knowlton ce week-end!

Crédit photo : C. Guibbaud Abaca PressL
S’il n’en est pas à son premier séjour au Québec, c’est la première fois qu’il participera au Festival international de littérature policière, les Printemps Meurtriers de Knowlton. L’homme de communication qui a une feuille de route impressionnante dans son domaine – il a été grand reporter à France Inter durant 15 ans, producteur et rédacteur en chef chez TF1, directeur des magazines chez M6, directeur général adjoint à Paris Première, et maintenant Directeur des programmes de RTL –, a écrit des essais, quand il a décidé de se tourner vers la fiction. Et pas n’importe quel genre de fiction. Le polar, le roman noir.

Je lui ai demandé pourquoi. Parce qu’il faut savoir qu’en France, jusqu’à tout récemment la littérature de genre, ce n’est pas nécessairement un réflexe. Eh bien, Jacques Expert est lui-même un grand lecteur de polar. Ils composent environ 80 % de ses lectures. « J’ai une appétence pour le genre policier et une appétence pour les faits divers. » Bien qu’ils reflètent une sombre image de la société, c’est tout de même une image de la société, estime-t-il. « C’est un peu banal de le dire, mais la réalité dépasse la fiction. C’est une facette de la société qui m’intéresse. Je ne suis pas fasciné par les criminels, mon intérêt est plus ethnologique, si vous voulez. »

Jacques Expert veut ses romans ancrés dans le quotidien. À l’image de Simenon, il aime raconter les détails de la vie des gens qui pourraient être qui que ce soit d’entre nous. Car il n’est pas particulièrement intéressé par les criminels. C’est pour cela que l’on ne risque pas de découvrir qu’un de ses personnages est un tueur en série. Ce qu’il aime explorer sont les histoires des gens ordinaires qui ont vécu une vie plutôt banale jusqu’au jour où ils ont traversé de l’autre côté de manière extraordinaire. « Ce qui m’intéresse c’est le moment de basculement du côté noir de l’individu. J’ai le sentiment profond que personne n’est totalement noir, ni totalement blanc. Les saints n’existent pas et Lucifer n’existe pas. C’est le panachage des gris qui m’intéresse dans l’écriture et dans la vie, que j’exprime dans l’écriture. »

C’est là toute la complexité de l’être humain, il va sans dire. Et on sent distinctement cette sensibilité
dans ses romans, notamment dans le dernier qui soit paru au Québec, Deux gouttes d’eau, qui raconte l’histoire de deux jumeaux identiques qui s’accusent mutuellement du meurtre de la copine de l’un d’eux. Une histoire tortueuse qui tient le lecteur en haleine jusqu’à la toute fin. À travers de nombreux allers-retours dans le temps, on en apprend davantage sur la relation d’amour-haine entre les jumeaux ainsi que sur ce qui est arrivé à leurs parents et leur jeune sœur qui sont également morts et dont un des frères est suspecté dans un des cas. On se rend compte que le vrai coupable n’est peut-être pas celui qu’on croyait, tant l’écrivain joue habilement de l’intrigue.

Ce qui est le plus étonnant dans tout cela, c’est que Jacques Expert écrit sans plan défini, n’écrit que la fin de semaine et ne se relit pas avant de reprendre l’écriture d’une fin de semaine à l’autre. Quand je lui ai demandé comment il faisait pour ne pas s’emmêler lui-même dans ses intrigues, il ne pouvait expliquer le phénomène. « Ce n’est pas que ce soit une volonté d’écrire sans plan, c’est une impossibilité d’écrire sans plan, précise-t-il

J’ai essayé justement sur celui-là, Deux gouttes d’eau, je me suis dit, c’est plus tranquille, au moins tu sais où tu vas… mais non, je n’y arrive pas et non seulement je ne fais pas de plan, mais en plus, mais en plus, je ne connais pas la fin. Par exemple, la scène finale […] ne m’est venue qu’à la fin. […] c’est une façon de me surprendre, à la limite, je suis le lecteur de mes propres surprises. »

Ça prend un cerveau sérieusement organisé pour rédiger le genre d’intrigue contenue dans Deux gouttes d’eau sans schéma préalable et sans se prendre dans les fils de la toile d’araignée. Mais ce n’est pas la seule faculté dont il est reconnaissant d’avoir. « J’écris rapidement, et ça, c’est une chance. J’écris sur l’impulsion. Ça me vient probablement de l’époque où j’étais journaliste. J’ouvre l’ordinateur et hop! Ça vient! […] Quand je fais exister un personnage, jamais je ne reviens en arrière. Quand je suis parti, je suis parti. »

Heureusement pour ses lecteurs, car depuis Deux gouttes d’eau paru en 2015 (dont je vous ferai une chronique complète plus tard), il a écrit deux autres romans, dont Tu me plais, publié directement en version de poche en 2015 en France et Hortense qui sortira en France le 9 juin prochain.
Comme quoi tout roule bien pour lui! Je vous incite fortement — langage codé des profs d’université voulaient nous dire que ce serait très, très important de nous procurer un lire —, à découvrir cet auteur qu’on connaît peut-être un peu moins au Québec. Quel tisseur de toile et tendeur de pièges!



Jacques Expert sera aux Printemps meurtriers de Knowlton du 20 au 22 mai 2013
Il participera notamment au Killer Martini Quiz et au Cocktail-bénéfice d’ouverture ainsi qu’aux activités suivantes :
Rendez-vous coupable 1Crime et société, le samedi 21 mai à 13 h
Rendez-vous coupable 6Les morceaux du casse-tête, le dimanche 22 mai à 16 h

Pour tout renseignement supplémentaire ou pour vous procurer vous billets rendez-vous sur http://lesprintempsmeurtriers.com


Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

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