mercredi 25 mai 2016

Un «slow polar» n'est pas un moins bon polar. Absolument pas!


Rinzen et son coéquipier Luc sont appelés à enquêter sur la mort du Frère Samuel Clément trouvé pendu les bras en croix dans son appartement. Il n’y a pratiquement pas d’indice sur place. Leur travail s’annonce plutôt ardu. L’affaire se complique alors qu’un torse est retrouvé flottant dans les eaux glaciales du Saint-Laurent, puis, plus tard, un homme noir, accroché à un arbre. Rien ne semble lier les hommes ensemble, mais certains éléments étranges pourraient en lier deux, mais… de quelle manière?

Rinzen Gyatso, enquêteuse à la police de Montréal, vit avec son jeune fils et avec ses parents âgés. Ces derniers ont quitté le Tibet 10 ans avant sa naissance au Québec. La petite famille vit selon les traditions bouddhistes, bien qu’il ne soit pas toujours aisé pour Rinzen de résister aux tentations de la vie nord-américaine. Cependant, l’héritage de ses parents lui prodigue son calme, son intuition, et autant d’autres forces. Qu’est-ce que ça fait du bien, un personnage policier calme, capable d’évacuer son stress de manière positive, saine! Un personnage lumineux, bien qu’elle porte aussi une certaine tristesse.

Luc Paradis vit seul. Sa vie sentimentale est aride comme le désert. Insomniaque, il passe ses nuits à s’entraîner dans une salle de boxe ou à chercher à se dépenser autrement grâce à l’application Grindr. En raison de ses réactions durant l’enquête, on lui soupçonne un lourd passé durant son enfance et son adolescence. De toute évidence, ce ne sera pas une investigation de tout repos pour lui.

Le duo d’enquêteur se complète bien. Rinzen est à l’écoute d’elle-même et des autres, ce qui lui permet de faire confiance à son intuition qui ne la trompe pas souvent. Luc, lui, est un homme d’action et cherche à entraîner Rinzen à être plus prompte à bouger. L’enquête qui les occupe leur fournira des occasions de confronter leurs différentes façons de concevoir la vie qui permettront des remises en questions.

J’ai été enchantée de lire un polar qui ENFIN nous sort des personnages d’enquêteurs éculés. Quelle audace de Johanne Seymour! Le coup de l’enquêteuse bouddhiste, fallait quand même le faire! Et c’est le personnage qui m’a le plus charmée, cette femme en quête d’équilibre, de compassion.

Johanne Seymour a une écriture soignée. Dans ce roman précis, on a l’impression de suivre tout autant sinon plus les personnages que l’intrigue. Cela ne veut pas dire que l’intrigue n’est pas intéressante, mais les personnages sont tout aussi importants qu’elle. Qu’ils ne sont pas là pour la servir, mais pour travailler ensemble pour se dévoiler les uns les autres.

Plus on avance, plus la toile se tisse autour de nous et on est pris entre les personnages, les pages du journal du confesseur, les aveux d’un enfant qui décrit son impression de disparaître depuis que l’Autre – son frère – est née, et les indices relatifs à l’enquête. Il est impossible d’envisager de ne pas terminer notre lecture et on y revient dès que l’on a une minute.

Bien que certains éléments des meurtres ou des sentiments exprimés soient troublants, la lumière de Rinzen est comme un baume, nous donne une certaine forme d’espoir. En tout les cas, on sort de la lecture sincèrement impatient d’en lire une suite. Pour moi, c’est un nouveau genre de polar qui me fait du bien et que j’ai envie de lire plus souvent. Chapeau bas à Johanne Seymour! Sincèrement!

Ah! Une dernière chose! Johanne Seymour a très à coeur la mise en avant de la littérature policière québécoise et pas seulement par l'entremise des Printemps Meurtriers de Knowlton. Dans le présent roman, un personnage lis beaucoup de polar québécois, il y a donc plusieurs clin d'oeil aux auteurs ainsi qu'à leurs romans. Ça, c'est l'œuvre d'une vraie passionnée!

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique


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