mardi 3 mai 2016

David Goudreault, l'être à la plume polyvalente ou la vie au-delà de la Bête

credit photo : JF Dupuis 
Jeudi dernier, je me suis entretenue par téléphone avec David Goudreault que j’avais rencontré la veille lors du lancement montréalais, de La Bête et sa cage. L’événement, chaleureux et sympathique, à l’image de l’auteur, a attiré de nombreuses personnes à L’escalier, rue Ste-Catherine. Au moment de publier cet article, l’auteur a terminé une tournée de six lancements, chose peu commune dans le milieu littéraire. J’ai donc eu la chance de lui parler au milieu de cette vague de lancements et d’entrevues avec les médias.

Celui qui décrit avec tant d’acuité l’enfance brisée, la jeunesse piétinée qui a engendré la déviance comme moyen de survie est, on ne s’étonnera pas, travailleur social de formation. Cela se sent, non pas à un ton moralisateur, loin de là, mais à une sensibilité exceptionnelle et à une empathie particulière pour son protagoniste. Pourtant, le métier d’intervenant constituait pour lui un plan « b ». Adolescent, il était boulimique de lecture, c’était pour lui un refuge. Il faisait partie d’un groupe de rap. Il a toujours voulu être écrivain, mais lui a recommandé de se trouver une profession qui pouvait subvenir à ses besoins matériels. C’est avec une désarmante franchise qu’il révèle qu’étant jeune, il avait des troubles de comportement, que l’école ne lui plaisait pas spécialement. Il a croisé des travailleurs sociaux. « J’ai eu un parcours cahoteux,pour ne pas dire... chaotique… » Et c’est ainsi qu’il a décidé d’entreprendre un DEC en travail social. Une fois son diplôme en main, il a obtenu un baccalauréat. Une surprise pour lui et son entourage, avoue-t-il.
 
Son travail auprès des victimes d’actes criminels lui a servi d’inspiration lorsqu’est venu le temps de construire le personnage de la Bête « c’est un amalgame de gens rencontrés dans ma vie professionnelle et personnelle. Particulièrement des victimes d’actes criminels. Certaines victimes d’actes criminels sont aussi des criminels. » Pour les avoir côtoyés dans un contexte d’aide, il sait très bien que la réalité du milieu criminel n’est pas conforme aux images renvoyées par les films ou les séries télévisées. Il arrive parfois que des criminels se trouvent dans des situations plutôt tragicomiques, un peu comme la Bête.

Si comme moi, vous connaissez David Goudreault comme l’auteur des romans du cycle de La Bête, sachez qu’il a commencé sa carrière d’auteur en tant que poète puis slameur. Il compte trois albums à son actif, dont le dernier, La faute au silence, contient une chanson avec Kim Thùy ainsi qu’une avec Grand Corps Malade. Il a d’ailleurs gagné la Coupe du monde du Slam en 2011. Ce n’est qu’en 2014 et en 2015 qu’il a publié des nouvelles de même que son premier roman. Toutefois, pour lui, peu importe le genre littéraire. « Pour moi, je suis écrivain. Quel que soit le type de texte que j’écris. Le geste essentiel, c’est celui de l’écrivain ». On est cependant heureux de sa venue dans le monde des romanciers, si l’on en croit le succès que remporte La Bête à sa mère, qui sera imprimé pour la 8e fois en un an.
 
Sa souplesse littéraire permet de nourrir chacun de ses écrits. On note clairement l’influence de la poésie et de la musique dans ses romans. Ils sont indéniablement les éléments qui confèrent le rythme à ses phrases, à ses mots sélections avec soins puis entrelacé les uns aux autres, pour créer cette musique que seul le lecteur capte, celle qui le happe, de ses mains solides, et qui le quittent à la toute fin.

Questionné sur ses motifs d’écriture, il m’a affirmé que bien qu’il navigue confortablement entre les genres littéraires, il ne peut cependant en travailler deux durant la même journée. D’une part, la poésie lui demande une ambiance introspective, dans laquelle il se laisse guider. Et que ses motifs sont plus personnels. Plus en lien avec le désir de publication du recueil. D’autre part, pour le roman ou la nouvelle, il se sent dans une expédition où il s’amuse davantage, tout en suivant un plan et faisant de la recherche. Le roman demande une plus grande confiance du lecteur, qui peut décrocher plus rapidement, donc il ne faut pas le décevoir. Alors il écrit davantage pour maintenir le lecteur accrocher.

Toutefois, l’objectif avec le cycle de La Bête, était d’aller chercher des lecteurs qui ne trouvaient pas leur auteur, des jeunes qui ne se retrouvaient pas dans la littérature jusqu’à aujourd’hui. Il a eu envie de leur donner quelque chose qui pouvait se rapprocher de ce qu’il cherchait. Mais de manière générale, l’écriture pour David Goudreault remplit une fonction essentielle. Celle de lui permettre de le connaître et de connaître l’humain.

Au-delà de l’auteur, c’est un homme empathique, sympathique, chaleureux, près des gens, et j’ai appris par hasard qu’il est impliqué à Sherbrooke dans une cause qui me touche personnellement. Si ça, ce n’est pas le portrait d’un humaniste, je ne sais pas ce que c’est.

Je vous encourage fortement à vous procurer les publications de David Goudreault, tel que j’ai déjà commencé à le faire moi-même au niveau de sa musique, et que je ferai sous peu pour la poésie.

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

Roman :
La Bête et sa cage, Stanké, 2016
La Bête et sa mère, Stanké, 2015

Poésie :
S’édenter la chienne, Écrits des Forges, 2014
Anthologie, Lèvres urbaines, Écrits des Forges, 2013
Notre indépendance – Kebekwa, Stanké, 2012
Mines à vacarme, Universlam, 2012
À l’endroit de nos visages, Lèvres Urbaines 44, Écrits des Forges 2012
Premiers soins, Écrits des Forges, 2012

Nouvelles :
À qui la rue, Revue Mœbius, 2016
Vivace, Revue Zinc, 2014

Discographie :
La faute au silence, 2014
À]pprofon[dire, 2011
Moins que liens, 2009

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