mercredi 13 avril 2016

Vi : le charme opère toujours entre Kim Thùy et ses lecteurs

À Saigon, habite une famille heureuse. Elle compte trois fils et une fille, Vi, la petite dernière. Ses parents lui ont donné un prénom qui signifie « précieuse minuscule microscopique ». Tout le monde est surpris quand la petite se révèle être le contraire, grande, forte, audacieuse. Est-ce pour compenser l’incohérence entre son physique et son nom qu’elle s’efforcera, plus tard, d’être invisible? 

Kim Thùy nous immerge dans les paysages vietnamiens. De ses mots elle nous berce au rythme de la culture du pays. On en apprend sur ses traditions, sur l’importance de la famille et le lien aux ancêtres ainsi que l’honneur familial qui prend tout son sens quand on sait que l’on porte le passé de nos aïeuls.

Quand la guerre éclate, la famille fuit le pays. Le père reste derrière. Vi quitte avec sa mère, ses trois frères. Après un séjour dans un camp de réfugiés en Malaisie et un horrible périple en bateau, ils se retrouvent au Québec, à Limoilou. Malgré les difficultés rencontrées, c’est un récit lumineux. Même s’il y a de la laideur, de la douleur, le portrait global est beau, car Kim Thùy sait extraire de chaque situation une étincelle.

À mesure qu’elle vieillit, Vi se découvre. Particulièrement après s’être éloignée de sa famille, au début pour poursuivre des études à Montréal, puis plus tard alors qu’elle retourne au Vietnam et devient follement amoureuse de Vincent. Quand les liens familiaux sont serrés et que l’ont doit honorer les souhaits de ses aînés, il n’est pas toujours aisé de laisser émerger notre réelle personnalité. À mesure qu’elle met de l’espace entre elle et ses proches, qu’elle noue des amitiés, elle se découvre peu à peu. Elle finit par apprendre à occuper tout l'espace de son corps et cesser d'essayer de disparaître.

Vi aborde l’adaptation à la suite de l’immigration, mais ce n’est pas un roman sur le sujet. Ce n’est qu’une facette de l’histoire de la vie de ces gens qui ont vécu au Vietnam et qui ont dû le quitter contre leur gré à cause de la guerre. Toutefois, pour Vi, c’est particulier, car elle y est retournée après des années. Elle a bouclé la boucle. Bien sûr, à travers l’histoire des personnages, Kim Thùy traite d’un concept qu’aujourd’hui, et notamment en occident, on nomme résilience, mais qui n’est autre chose que continuer de vivre, quelles que soient les circonstances de sa vie.

Je crois que c’est un roman davantage sur l’adaptation de manière générale. L’adaptation dans toutes les facettes de la vie. À notre lieu de résidence, à la différence entre les attentes des autres et nos aspirations personnelles, à la différence entre la réalité et nos désirs, à l’adaptation à l’amour, à l’absence, à qui nous sommes vraiment, et ainsi de suite.

C’est aussi sur l’attachement. Au pays. Aux êtres. J’ai trouvé particulièrement intéressant de lire la perception que les femmes avaient des rapports entre elles et leur homme. Notamment ce que les femmes font pour garder leur homme, ou ce qu’elles croient devoir faire pour le garder… en vain.

Ce fut un plaisir de retrouver la sublime plume de Kim Thùy avec son écriture à la fois élégante et limpide qui sollicite tous les sens du lecteur. On a vraiment l’impression d’être transporté aux côtés de Vi et de toute la galerie de personnages humbles et fascinants. La longueur du récit est fort judicieuse, car il laisse toujours le lecteur un peu sur sa faim, en ce sens qu’il en prendrait plus. Elle ne va jamais trop loin, ça ne tombe jamais sur le cœur, comme on dit, et l’on a toujours envie de la lire.

Un roman qu’on déguste lentement, pour en apprécier toute la saveur.


Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique



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