lundi 15 février 2016

Encore de la passion avec Ugly Love

Quand Tate, une infirmière de 23 ans, déménage chez son frère Corbin alors qu’elle retourne aux études pour devenir anesthésiste, elle bute sur un mec bourré qui dort appuyé sur la porte de l’appartement. L’homme récalcitrant refuse de se déplacer. Après une bonne frousse, elle réussit à entrer saine et sauve dans l’appartement. En parlant avec son frère, qui est au travail, elle apprend que l’homme affalé sur le pas de la porte est Miles, le voisin et ami de Corbin, et qu’elle doit le laisser entrer pour qu’il cuve son vin sur le divan. Cette perspective ne l’enchante pas, mais si son frère dit que c’est un ami, elle doit bien le faire. Elle installe donc tant bien que mal Miles sur le canapé et se trouve touchée par sa détresse. Ce sera le point de départ d’une relation fort compliquée entre eux. En fait, ils sont irrésistiblement attirés l’un à l’autre, mais les tensions issues de leurs premières impressions les réfrènent d’agir en fonction de leur attirance. En tout cas au début. Car, oui, ils finissent par succomber après que Miles ait édicté deux règles auxquelles ils doivent s’astreindre : pas de questions sur le passé et pas d’espoir pour le futur. Leurs rapports doivent rester purement sexuels. Évidemment, ça fonctionne bien au début. Mais peu à peu, Tate développe des sentiments amoureux pour Miles qui, lui, refuse de tomber de nouveau amoureux.

Et c’est ainsi qu’on embarque avec eux dans ce récit à deux voix, celle de Tate et celle de Miles. Les chapitres où Miles qui s’exprime se passent il y a six ans, alors qu’il rencontre l’amour de sa vie, Rachel. Ils se plaisent, mais rapidement, un obstacle important se dressera devant leur amour, qu’ils vivront en cachette jusqu’à ce qu’un événement les forcera à le dévoiler. Puis, un drame arrive qui marquera profondément Miles. Ce retour dans son passé nous aide à comprendre pourquoi il se refuse à l’amour.

Leurs rendez-vous secrets – parce que Tate refuse que Corbin soit au courant – donnent lieu à des scènes absolument torrides! Quelle chimie sexuelle il y a entre ces deux-là! Cependant, j’ai un petit bémol… pourquoi dans les romans les auteurs éprouvent-ils toujours le besoin de noter que la baise entre leurs personnages est la MEILLEURE qu’ils aient eu dans leur vie? Je sais que c’est de la fiction, mais… on avait compris que c’était sublime, pas besoin de rajouter ça. Ça fait tellement… « Ben oui, toi! » De plus, Miles a baisé avec une seule fille il y a six ans, alors qu’il avait 18 ans, et il est le meilleur amant que Tate ait eu? Il maîtrise tant que ça l’art de l’érotisme? Ça fait juste comme le bruit d’une aiguille de tourne-disque qui raye un microsillon. Pour les plus jeunes qui n’ont jamais entendu ce bruit, ça écorche les oreilles! Mais bon, et c’est là tout le talent de l’auteure, on embarque quand même!

On est de tout cœur avec Tate, dans qui on se voit quand elle croit que si elle est suffisamment patiente, il finira par l’aimer, malgré qu’il lui ait dit qu’il ne pourrait jamais l’aimer (aoutche!). Quelque chose dans leurs interactions porte Tate à croire qu’il pourrait en venir à l’aimer malgré lui. On a toutes espéré ça au moins une fois dans notre vie, hein?

À un moment, ça la rend folle. Elle analyse toutes les paroles, les gestes de Miles. Elle se demande si elle ne s’est pas imaginé ce qu’elle voyait chez lui, ces petits signes qui lui disaient qu’il pourrait l’aimer. Et c’est ce qu’on fait quand on est amoureux de quelqu’un et qu’on n’est pas sûre de ses sentiments pour nous. On cherche à voir des signes d’attachement chez l’autre, par désir de réciprocité des sentiments.

Elle pense à lui tout le temps, au travail, à l’école, à la maison. C’est la même chose pour lui. Ils occupent toutes les pensées de l’autre. Ils ne peuvent s’empêcher de se voir. Même si lui se demande s’ils devraient s’arrêter, conscient qu’il ne peut lui offrir ce qu’elle désire. Même si elle désire plus et sait qu’elle vaut plus. Elle ne peut résister, ne peut mettre un terme à sa torture. Et on la comprend. Quand on lit le Miles d’il y a six ans, on le voit capable d’amour, d’émotion. Il est complètement différent de celui d’aujourd’hui, distant, presque fuyant. On a la claire impression d’une autre personne. Notre cœur en pince pour lui. On l’aime, on veut l’aider à outrepasser ses blessures, on le veut! ;-) Qu’est-ce qu’on est masochiste!

Oui, c’est cliché comme histoire, mais ça marche! Ça bouleverse, ça émeut, ça trouve une résonance en nous et c’est en partie pour ça qu’on est attirée dans l’histoire. Colleen Hoover utilise tous les sens pour créer chez le lecteur un écho. Les romans d’amour qui marchent sont ceux où le récit va au-delà de l’aspect intellectuel, de l’analyse des sentiments. Ils nous plongent dans les manifestations physiques de ces sentiments. Des repères que nous connaissons tous, qui réveillent nos expériences passées ou présentes, ce qui fait en sorte qu’on s’identifie aux personnages. Et ça, Colleen Hoover le réussit magistralement!


 Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

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