mercredi 10 février 2016

Anna, salle d'attente

Anna est en démarche pour devenir mère, à l’aide d’insémination artificielle. Elle a 27 ans, on bon travail, pas d’amour dans sa vie. Mais comme ce n’est pas nécessaire d’être en couple pour avoir des enfants, pourquoi ne pas le faire maintenant. Le processus est dur pour le corps et pour l’esprit. Après sa troisième insémination, elle décide de se tourner vers l’adoption par l’entremise des Centres jeunesse. Elle souhaiterait avoir un bébé, mais elle sait que les chances de recevoir la garde d’un enfant plus âgé sont plus élevées. Qu’à cela ne tienne, elle désire profondément être mère.

Mais voilà, en vacances, elle rencontre Michaëlle qui a volé à son secours alors qu’elle était malade et délirante. Elle tombe sous le charme de cette amazone, bonne baiseuse, libertine et nomade de son état. Elles se quittent après quelques bonnes baises et à la grande surprise d’Anna, quelques semaines plus tard, se retrouvent à Montréal. Malheureusement, Anna veut trop, tout de suite. Elle tombe amoureuse instantanément, mais essaie de se tempérer pour ne pas affoler la volage Michaëlle. Ce n’est qu’un masque, parce qu’elle souhaite secrètement que Michaëlle devienne accro à elle.

Au départ, Anna ne vit pas ses émotions, elle les évite. Elle semble en contrôle de la situation. Mais au fur et à mesure du récit, cela commence à partir en couille. Appelons un chat un chat, elle est rien de moins que pitoyable. Elle a tant besoin d’aimer et d’être aimée. Rapidement, on se rend compte que quelque chose ne va pas tout à fait bien avec Anna. Elle a manifestement des problèmes de santé mentale qu’elle déploie d’immenses efforts pour camoufler à Michaëlle et au travailleur social qui s’occupe de son dossier d’adoption.
On ne sait pas comment ça se passe au travail, mais je me demande comment elle fonctionne en emploi. Bref, malgré son état, elle persiste dans ses démarches. Le désir d’enfant ne passe pas par-dessus les problèmes de santé mentale.

Mais une autre question monopolise aussi son attention. Chercher l’amour et être en démarche pour devenir parent, est-ce incompatible? En principe, cela ne devrait pas l’être, mais dans les faits, ce n’est pas si simple. Anna est consciente que Michaëlle ne s’est jamais engagée dans une relation sérieuse. Elle n’est donc pas certaine qu’elle voudra s’engager avec elle si elle sait qu’elle est sur le point d’adopter un enfant. Cela la tracasse et elle croit devoir faire un choix entre Michaëlle et l’enfant. Déchirant dilemme. Que choisira Anna? Et Michaëlle.

Le récit est fait de courts chapitres et l’écriture de style télégraphique, ce qui confère au récit un rythme syncopé. Ce rythme nous mène au cœur de l’effervescence émotive d’Anna. Emmanuelle Cornu aborde avec un sarcasme succulent des questions importantes, voire graves, telles que la maladie mentale et le désir d’enfant, l’homosexualité, la réalité des célibataires souhaitant avoir des enfants et les options qui s’offrent à eux. Ce dernier point est dépeint avec acuité.

Le titre est fort intéressant : Anna, salle d’attente. Pour Anna, une salle d’attente est un espace de transition. Et Anna, elle est toujours dans cet espace de transition. Elle est toujours dans l’attente. Recevra-t-elle ce qu’elle attend si fiévreusement? 

Je découvrais avec Anna..., la plume d'Emmanuelle Cornu et j'ai bien hâte de la relire.

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

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