lundi 11 janvier 2016

Quand j'avais cinq ans je l'ai tué!

Lara a tué son père, quand elle avait cinq ans. Quand Serge Minki, son amant, l’interroge avec insistance sur ce qui s’est passé, sur son enfance, elle se questionne sur son intérêt. Que cherche-t-il à savoir? Que cherche-t-il à susciter en elle? Elle sait pertinemment que Minski ne fait jamais rien pour rien. Qu’est-ce qui le motive à la replonger dans ce passé trouble? Elle se met alors à revoir son passé et à inspecter les nombreuses zones d’ombre qui le peuplent.

Elle profite de l’absence de Minski pour retourner dans le patelin où elle vivait avec sa mère, prostituée, alcoolique et violente, dans la déchéance la plus totale. Des souvenirs émergent de ce lieu maudit. Les Svislotch, les voisins qui lui ont appris à lire, l’ont scolarisé et qui avaient plus de livres que la bibliothèque municipale. Son grand-frère qu’elle n’a vu qu’une paire de fois. Sa mère qui la prostituait dès son jeune âge.

Dans ce deuxième roman d’une série de trois dont la dernière partie est à paraître en mars prochain, le ton différent du premier. Cette fois-ci, il n’y a qu’un seul narrateur, Lara Crevier. On en apprend davantage sur la genèse de ce personnage, sur ses blessures originelles. Lara est certes une femme hors de l’ordinaire et c’est ce qui fait sa beauté. Elle méprise les gens en général, les hommes en particulier – on voit rapidement pourquoi –, surtout ceux qui n’assument pas leur désir. Le thème de la sexualité est d’ailleurs omniprésent dans ce roman. Dès la prime enfance, la sexualité a fait partie de la vie de Lara. Elle s’est vécue d’abord comme une agression, une transgression, ce qui explique son goût pour une sexualité qu’on pourrait qualifier de hors-norme, même si je n’aime pas beaucoup cette catégorisation. On parle bien sûr ici de norme statistique et un peu aussi de norme morale. Les références à la bestialité sont multiples, sans être indélicates.

Mais il ne faut pas croire que c’est un roman sur le sexe. C’est l’histoire d’une femme qui lève le voile sur son enfance. Pas tant pour en faire du sens, mais pour découvrir ce que Minski essaie de lui révéler. En fait, on comprend davantage la Lara qu’on a rencontré dans Apportez-moi la tête de Lara Crevier. Celle dont on saisissait vaguement ce qui l’avait amené à être si anticonformiste, hargneuse. On apprend d’où viennent sa révolte et son intérêt pour l’anarchie.

On est suspendu aux lèvres de Lara qui nous dévoile le mystère derrière la mort de ses bienfaiteurs et sur la présence de Minski dans sa vie. Les révélations sont étonnantes et le dénouement à couper le souffle. Certains lecteurs pourraient être dérangés par certaines des découvertes. Laurent Chabin, comme à l’habitude, sait pousser le lecteur dans ses retranchements.

Je suis très curieuse de lire ce qu’il nous réserve dans Embrasse ton amour sans lâcher ton couteau. Bien que la lecture des deux premiers romans ne soit pas nécessaire pour suivre l’histoire du troisième, je vous les suggère chaudement.

Ah oui! On aime le clin d’œil à son ami auteur Hervé Gagnon. Pour moi, Chabin a dû perdre un pari… ;-)


Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique


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