lundi 25 janvier 2016

Coincée entre le temps d'avant et le temps d'après

À 21 ans, Ariane est une jeune femme comme tant d’autres de son âge. Ayant dû choisir une voie professionnelle alors qu’elle n’était pas prête à le faire, elle se retrouve à ne pas aimer ce qu’elle étudie après deux ans de baccalauréat en communication. C’était un choix qu’elle a fait sous l’influence de ses proches qui la pressaient à faire un choix de carrière raisonnable. Elle ne s’y sent pas à sa place, mais n’a aucune idée d’où est sa place dans le monde.

À la fin de sa deuxième année, elle part pour passer trois mois en Asie du Sud-Est. Peut-être là-bas trouvera-t-elle réponse à ses nombreux questionnements existentiels. Ce voyage aura aussi comme bienfait de l’éloigner de sa mère envahissante et plutôt manipulatrice depuis que la fille a tenté de prendre de la distance avec celle-ci.

Vers la fin de son voyage, celui-ci se trouve écourté par une mauvaise nouvelle. Son père est décédé. De retour à Montréal, elle n’y tient pas longtemps. Le poids du deuil est trop lourd et rien ne la retient dans cette ville; pas de chum, aucun intérêt pour ses études et, en plus, sa mère et sa belle-mère l’énervent. Elle ne fait ni une ni deux et repars en voyage pour une période indéterminée, avec en poche une partie de son héritage. C’est l’Argentine qu’elle choisit comme premier point de chute.

Arrivée là-bas, elle se trouve un emploi de serveuse et suit des cours d’espagnol afin de se débrouiller. Victime d’un coup de foudre pour Alfredo, son professeur âgé de 35 ans, elle aura une liaison. Depuis qu’elle l’a rencontré, ses questionnements ont été relégués au deuxième plan. Comportement typique quand on est dans le désespoir d’un deuil, on se lance souvent dans une relation qu’on surinvestit afin de s’accrocher à quelque chose pour ne pas sombrer, pour ne pas perdre l’amour, pour se sentir en vie. Son attachement pour le bel Argentin s’accroît et elle en devient amoureuse – pour la première fois de sa vie –, bien qu’ils s’étaient entendus sur le caractère strictement physique et amical de leur relation. Puis, un jour, qu’elle assimile le fait qu’il ne l’aime pas, non satisfaite de cet amour à sens unique, elle décide de quitter le pays pour l’oublier.

Ce deuxième deuil vient compliquer sa situation. Rien pour arranger la fuite en avant à laquelle elle se livre. Mais comment peut-on « se trouver » quand des pertes s’ajoutent à notre malaise? Elle continuera à se chercher longtemps, voyageant de pays en pays, dans l’espoir de saisir qui elle est et où est sa place

Le choix du titre, In between, illustre cette transition entre l’équilibre d’avant et celui qui viendra. Cet espace fort inconfortable où l’on n’a plus de repères et où l’on doit en trouver de nouveaux. Il représente aussi le moment entre l'adolescence et l'âge adulte. Il galérera, oui, mais fera aussi des rencontres qui pourraient être déterminantes si seulement elle était en état de le réaliser. Pour l’instant, il n’y a que la confusion qui l’habite, exacerbée par le refus de vivre les émotions du deuil de son père qui est arrivé à un fort mauvais moment pour la jeune femme déjà en redéfinition d’elle-même.

C’est un roman qu’il m’a plu de lire. L’humour vient alléger ses souffrances et nous fait sourire. Seule l’histoire de sa première relation m’a semblé un peu anecdotique, bien qu’il pourrait y avoir un lien avec sa relation avec Alfredo. Si l’auteure voulait faire ce lien, alors j’estime que ce passage aurait été plus pertinent plus tôt dans le texte. Hormis cela, l’auteure exprime avec une acuité saisissante l’état de désarroi et de désorganisation d’Ariane ainsi que son besoin pressant de fuir. Voici un passage qui démontre bien cette capacité ainsi que l’humour dont elle est capable :

« Je me suis sauvée de ce que je voulais vraiment faire. Si un écrivain devait un jour raconter ma vie, l’incipit irait à peu près comme ça : “il était une fois une fille qui voulait avoir réussi, mais qui n’avait encore jamais essayé.’’  Et le titre : C’est pas parce qu’on se ment à soi-même qu’on se croit… » p. 104

 Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique







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