jeudi 31 décembre 2015

Les Atypiques : un premier tome sous le signe de la tolérance et de l'acceptation

Iago et son ami Pacifique sont d’excellents joueurs de soccer dans l’équipe de leur école de Rivière-aux-moustiques, dont Iago est le gardien de but. Lors des épreuves de qualification pour l’équipe de l’année suivante, il doit faire face à une nouvelle recrue, Clarence. Celle-ci est d’une impressionnante adresse avec le ballon. Quand celle-ci botte le ballon dans la cour de ce qu’ils appellent la maison des fous – une maison d’hébergement pour personnes atteintes de déficience intellectuelle —, ils n’ont d’autre choix que d’aller le récupérer. C’était leur dernier ballon et le match ne peut continuer. Bravant leurs peurs et leurs préjugés envers les habitants du centre, ils grimpent par-dessus la clôture et dans les arbres et partent à sa recherche.

De l’autre côté, ils font connaissance avec des gens de tous âges, de toutes grandeurs et formes, qu’ils trouvent plutôt étranges, mais aucun signe du ballon. Toujours craintifs, ils finissent par obtenir de l’aide pour chercher le ballon et finissent par le retrouver. Iago et Clarence, seuls neurotypiques de ce côté du mur, doivent négocier avec les « atypiques » pour reprendre possession de la balle. En moins de deux, tout ce beau monde se retrouve dans la cour d’école, sur le terrain de soccer… comment cela se passera-t-il? Ont-ils des raisons de craindre ceux qui sont si différents d’eux?

En littérature jeunesse, j’aime bien les bonnes histoires divertissantes, mais j’aime encore plus quand celles-ci ont un aspect éducatif. Dans Les Atypiques, Camille Bouchard démystifie la déficience intellectuelle et enjoint les enfants à être ouverts à la différence. Après tout, ce n’est pas parce que quelqu’un est différent de nous qu’il constitue une menace. Il aborde donc la tolérance et l’ouverture. En plus de cela, on y démontre l’intégration et la manière de tirer parti des forces de chacun. Des idées que toute la société gagnerait à apprendre. ;-)

Le deuxième tome paraitra en février prochain.

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

mercredi 30 décembre 2015

Apportez-moi la tête de Lara Crevier!

Le cadavre décapité d’une femme est trouvé dans un appartement à la limite de Saint-Henri. Nue, marques d’une possible agression sexuelle. Sans pièces d’identité, il est difficile de savoir de qui il s’agit. L’appartement est loué par une certaine Lara Crevier. Selon toute vraisemblance, c’est elle la victime.

C’est le lieutenant-détective Donnola qui est chargé d’enquêter sur ce meurtre sordide. Vieux flic cynique à la limite de la paranoïa, il s’investit à fond dans ce casse-tête qui lui rappelle la mort de sa propre fille. Il doit résoudre le meurtre de la jeune étudiante en littérature. Attelé à la tâche, il rencontrera une connaissance de Lara, Christian Dausty, qui est français étudiant en géographie. Malheureusement pour lui, ce dernier ne porte pas les policiers dans son cœur et il lui sera difficile de mettre la main dessus. Christian, profondément troublé par ce qui est arrivé à Lara et ne faisant pas confiance aux forces de l’ordre, cherchera à élucider le mystère. Il tentera à son tour de trouver Yoko, étudiante, amie et amante de Lara. Pour lui aussi, ce sera un défi de taille, mais il ne peut se résoudre à ne pas savoir ce qui est arrivé à Lara et pourquoi.

Les personnages de Christian Dausty, Yoko et Lara sont porteurs de cette paranoïa contre le système, et cherchent à s’affranchir de ce dernier. Pour eux, c’est la seule façon d’être réellement libre. Mais peut-on attendre le type de liberté à laquelle ils aspirent? Si tel est le cas, à quel prix?

Le texte alterne donc entre Donnola et Dausty, puis des extraits d’un journal de Lara. Journal dont le discours tourne autour du corps, de la sexualité et de la liberté, mais évidemment aussi de soumission et de domination.

Le ton du roman est particulier… à cheval entre un style d’écriture québécois et européen, je dirais – l’auteur l’est, d’ailleurs –, malgré le français international et québécois. C’est justement ce qui est agréable. Ça se démarque et démontre le métissage des cultures.
L’écriture de Chabin est crue et ciselée dans le roc, à la fois brutale et minutieuse. J’aime la finesse avec laquelle il insinue des choses et, ainsi, respecte l’intelligence de l’auteur.

Ce n’est pas le premier roman de Laurent Chabin que je lis. Je l’ai découvert avec la série Élise, publier à la défunte maison d’édition Coup de tête. Il fait partie de ces auteurs que j’aime bien lire. Les thèmes récurrents de ses romans, la sexualité, la violence et l’anarchie.
Ici, la liberté est la clé de voûte autour de ces derniers.


C’est un roman noir avec des personnages profondément cyniques, un solide suspense et un dénouement surprenant. L’ensemble nous rentre dedans, nous brasse, nous met face au miroir comme peuple de mouton. Il n’a évidemment pas tort.

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

mercredi 16 décembre 2015

Jeu de substitution

Lorsqu’elle a donné naissance à son fils, celui-ci est devenu sa raison d’être. Elle s’est dévouée pour lui. Sa vie tournait autour de lui. Quand Éloi part au loin à l’université et que son mari part en voyage d’affaires au Mexique pour quelques mois, elle sombre dans le désespoir. Elle se laisse aller, ne fait plus le ménage, se met à boire. Puis, un soir, alors qu’elle sort dans un bar plutôt miteux, elle rencontre Antoine, un jeune peintre sans le sou.

Dès lors, elle décide de le prendre sous son aile. Elle multiplie les efforts pour lui plaire, pour se rendre indispensable pour Antoine. Malheureusement pour elle, le schéma continue. Elle est encore et toujours centrée sur l’autre, elle n’a fait que déplacer son attention d’Éloi à Antoine, et n’a toujours pas d’identité propre. Son désespoir et sa quête de contrôle sont pitoyables. Elle fabule, elle s’imagine qu’il l’a choisie et prend tous les moyens pour le rendre dépendant d’elle. Elle le materne, lui offre des cadeaux, le contrôle… à tel point que ça donne envie de hurler.

Pour sa part, Antoine ne voit pas les choses de la même façon qu’elle. Il profite de ses attentions pour donner un envol à sa carrière. Quand le malaise devient trop grand, il tente de se libérer de son emprise. Abandonnée à nouveau, elle se tourne à nouveau vers Éloi pour s’y accrocher... encore Comment réagira celui-ci?


Sous la belle plume de Karine Geoffrion, une histoire pathétique comme il y en a plusieurs dans la vie. Le vide éprouvé par certaines personnes après le départ des enfants est parfois si profond qu’il les aspire. Un roman comme un rappel de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Que nos enfants ne sont avec nous que pour quelques années et qu’il est nécessaire de se définir autrement que par son rôle de mère.



Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

mardi 15 décembre 2015

Les corps extraterrestres : un espace hors du temps.

On est plongé dans univers étrange, où la planète est complètement déréglée. Les températures à Montréal ou quel que soit l’endroit où se trouve Hollywood, sont notamment rarement sous 30 degrés. Un été éternel se prolonge dans la ville depuis plus de dix mois. À Toronto, en Angleterre, bref partout où se trouve Xavier, c’est le froid et les tempêtes de neige qui règnent. Puis, partout, il y a des pluies d’étoiles filantes.

On flotte d’un endroit à un autre, d’un état à un autre au gré de l’écriture de Pierre-Luc Landry. Une écriture simple qui raconte d’une manière bien singulière le thème de la crise existentielle. En effet, Hollywood, gardien de cimetière, et Xavier, représentant d’une compagnie pharmaceutique sont en proie à de profondes remises en question.

Puis il y a cette étrange intervention chirurgicale qu’Hollywood a subie pour lui retirer son cœur, car il était fort mélancolique et les médecins étaient d’avis que sa condition s’améliorerait s’il lui en faisait l’ablation. Étonnamment, il réussit à vivre sans ce muscle que l’on croyait nécessaire. Il rédige même de la poésie, un art qui, plusieurs diront, vient du cœur.

Xavier, pour sa part, représentant de produits pharmaceutiques, rédige un journal intime.
En voici deux citations :
« Rêver comme on fuit – le réel et puis tout le reste. Fuir parce qu’on n’est bien nulle part et qu’on veut voir ailleurs si on y est. Et parce qu’il faut croire en quelque chose. Quelque chose de beau. Même si on sait qu’il n’y a rien de vrai. »

Et en effet, particulièrement au début de l’histoire, on ne sait pas ce qui est vrai et ce qui est rêve. On avance, curieux de découvrir le fin mot de l’affaire.

« Quand je ferme les yeux, le rêve reprend là où il a arrêté. Comme si les journées n’étaient rien d’autre que des pauses. »

C’est que, plus mystérieux encore que tout le reste, Xavier et Hollywood se retrouvent on ne sait comment, dans un espace qui a toutes les allures d’un rêve… puis disparaissent comme ils y sont arrivés. Dans ces espaces hors du temps, il n’y a personne d’autre que ces deux insomniaques qui souvent s’automédicamentent à grands coups d’alcool pour tenter de trouver le sommeil ou pour endormir les incessants questionnements et le sentiment que leur vie est vide de sens.

C’est avec une impressionnante habileté à doser chaque moment que Pierre-Luc Landry réussit à créer une ambiance qui suscite des questionnements chez le lecteur, sans toutefois ne jamais le perdre dans les dédales de l’histoire. Un roman étrange et charmant qui aborde un sujet commun, la vie de deux hommes profondément las et désabusés, mais d’une manière tout à fait singulière. C’est là la grande originalité et l’intérêt du roman.

Oh! Et quelle image sublime de Carlos Henrique Reinesch sur la page couverture!

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique




samedi 12 décembre 2015

Dans la boîte aux lettres cette semaine!

Généralement, à cette période de l'année, c'est plus que tranquille et notre boîte aux lettres prend du repos. Toutefois, cette semaine, on a reçu quelques livres. On ne se plaindra pas! ;-)

Bon week-end!

Apportez-moi la tête de Laura Crevier!
et
Quand j'avais cinq ans je l'ai tué!,
Laurent Chabin, Expression Noire

Les introuvables, tome 5 - Pyramide du temps,
Cathleen Rouleau, Tristan Demers, Les malins


jeudi 10 décembre 2015

Jeudi jeunesse : Le retour des missions du temps des Fêtes!

C'est avec plaisir que l'on retrouve la version 2015 de 25 missions à réaliser durant le temps des Fêtes d'Annie Groovie! Il contient de nouvelles missions toutes aussi captivantes les unes et les autres. Grâce à lui, impossible de s'ennuyer durant les longues journées à la maison ou chez la parenté.


Le concept est simple, on choisit une mission à accomplir et une fois que c'es fait, on appose le collant «Mission accomplie», on rempli la fiche associée. Parmi les activités, on retrouve amasser des dons, prendre un selfie avec  le Père Noël, emballer un cadeau de façon écologique, déballer un cadeau avec des grosses mitaines (ouah!), chanter en famille et faire une performance devant public. L'idée c'est de s'amuser. Les fiches permettent également de faire un retour sur le défi relevé à savoir comment ça s'est passé, ce que l'on a aimé ou moins aimé, la réaction des gens, et ainsi développer son sens critique. Sans compter le développement de l'estime de soi qui s'accompli en relevant des défis. Que demander de mieux?


Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

mercredi 9 décembre 2015

Des livres à offrir pour Noël

Relire -  Enquête sur une passion littéraire, Laure Murat, Flammarion


Pour le littéraire passionné
Sans avoir la prétention d’être une recherche scientifique, Relire est une solide enquête effectuée sur des bases solides, avec des hypothèses supportées par de très nombreux écrits cités dans la bibliographie. La première partie présente les aspects plus théoriques de la question, la seconde est constituée des réponses des auteurs, grands lecteurs, au questionnaire que Laure Murat leur a soumis. L’objectif étant de répondre à la question «Pourquoi relit-on?» Pour certains, c’est pour revivre les émotions vécues lors de la lecture initiale. D’autres cherchent à retrouver la personne qu’ils étaient, pour apprendre davantage ou développer leur esprit critique face à la littérature, à la vie.

Un essai fascinant où les points de vue parfois s’opposent. Une œuvre 
d’une grande richesse.


Amanita Virosa, Alexandre Soublière, Éditions du Boréal

Pour ceux qui aiment les romans noirs.
Winchester Olivier, un jeune homme de 27 ans au passé trouble a créé avec Samuel Colt, un policier, la société Hyaena. Leur entreprise offre à leurs riches clients les images des ébats sexuels de la personne de leur choix. Ils installent des caméras, récoltent les images et les remettent à leurs clients. Quand Elsa, une artiste gothique, entre dans leur vie, leur équilibre précaire explose.

Avec Amanita virosa, Alexandre Soublière soulève d’importantes réflexions sur la violence, sur la quête du pouvoir absolu, sur l’amour, sur la morale, sur l’humanitude. Sur la fatalité de l’être humain qui court irrémédiablement à sa perte.Quel roman! Mais quel roman! Un comme je les aime. Il vous brasse, vous bouleverse, vous bouscule. Il réveille cette voix au fond de soi qui veut hurler de rage, de douleur, d’indignation. J’avais adoré Charlotte before Christ, mais cette dernière œuvre de Soublière est de loin supérieure. Ce n’est pas peu dire, car Charlotte B-C… était admirablement écrit. L’auteur sonde l’origine de la violence et en témoigne avec une acuité phénoménale. Un roman brutal, complexe. Un roman magistral! Mon coup de cœur des dernières saisons littéraires!



Le Livre des Baltimore, Joël Dicker, Éditions de Fallois

On retrouve enfin Marcus Goldman, qu’on a connu dans La Vérité sur l’affaire Harry Québert. Cette fois-ci, Marcus écrit un livre sur la famille de son oncle bien-aimé. Le regard de l’enfant qu’il était est fort touchant tout comme ses liens serrés avec ses cousins et son histoire d’amour avec Alexandra. Leurs vies semblaient idylliques jusqu’à ce qu’un drame frappe la famille. Dès lors, plus rien n’est pareil et Marcus apprend à quel point les apparences peuvent être trompeuses. C’est un véritable page turner à l’histoire impeccablement ficelée. On y plonge et on s’attache aux personnages.









Des papillons pis de la gravité, Alexandra Larochelle, Libre Expression


Alexandra La rochelle raconte la pitoyable vie sentimentale d’une jeune femme élevée seule par son père, sa mère étant décédée en lui donnant naissance. À l’adolescence, elle a déjà un goût prononcé pour les underdogs, comme les roux, un peu intellectuels et pas nécessairement beaux. Elle aime ses hommes originaux, hormis pour son béguin pour un apprenti pompier douchebag au max. Elle répertorie donc ses amours infructueuses – mais fort divertissantes pour la lectrice – et sa relation avec « la sorcière », Love-Meï – sérieusement!! – sa future belle-mère hippie.


DU. BON. BON! Que du plaisir et de très nombreux rires francs! La voix de cette jeune femme est exquise. Le rythme est parfait, le style et le ton sont incisifs et truculents à l’os!



Quand j’étais Théodore Seaborn, Martin Michaud, Goélette

Pour cette nouvelle histoire, Martin Michaud nous plonge dans l’actualité brûlante des passages clandestins vers la Syrie et du Djihad. Tout commence avec un publicitaire, Théodore Seaborn, qui après un licenciement se gave de Coffee Crisp en regardant des enregistrements de la commission Charbonneau. Plongé dans une profonde dépression, il se découvre un jumeau au coin d’un Second Cup de Montréal. Et sa vie va basculer.


Menant deux histoires en parallèle, l’une nous montrant la progression de Théodore Seaborn et l’autre impliquant les services secrets français, Martin Michaud ne nous laisse pas une seconde de répit. Il fait preuve de tout son talent avec une plume fine et efficace qui met en scène des personnages solidement campés. Une fois commencé, le livre vous emporte dans un tourbillon duquel il est difficile de s’échapper. Martin Michaud est sans conteste un maître du polar et du suspense québécois.