vendredi 24 juillet 2015

En territoires interdits, tome 1 : les tragédies d'une vie

On rencontre Justine, 27 ans, alors qu’elle rencontre une psychiatre afin de l’aider à guérir des traumatismes de son passé. À travers ces séances, on alterne entre le passé et le présent. D’abord réfractaire à s’ouvrir, la jeune femme brise tranquillement ses secrets. Durant des années, elle a été agressée sexuellement par son grand-père. Ces assauts ont fait d’elle une femme brisée, vulnérable. Quand sa mère se met en couple avec Pierre, Justine rencontre les fils de celui-ci, Alexandre et Antoine. Dès qu’elle le voit, elle devient amoureuse de ce dernier. Une passion fulgurante autant qu’interdite naît. Antoine y résiste un certain temps alors que Justine met tout en œuvre pour vivre son amour. Consciente du tabou qui entoure la relation qu’elle souhaite, elle a des moments de lucidité qui la mène à parfois repousser Antoine. Ainsi s’installe un lien toxique qu’ils tentent de combattre autant que d’y succomber. Cette histoire est vouée à un destin tragique.

En territoires interdits est un roman bouleversant… éprouvant. Je dois avouer que j’ai plusieurs bémols concernant le roman. Comme plusieurs premiers romans, celui-ci contient des failles. La principale étant la confusion du personnage qui finit par gagner le lecteur. Vers le troisième tiers du roman, Justine est tellement confuse à force de tergiverser que le lecteur a par moment de la difficulté à la suivre. Plus on avance, plus la trame se complique. Et c’est là que ça se corse pour le lecteur. À partir de la deuxième demie du roman, il devient évident que l’auteure est débutante. On retrouve un abus du recours aux retours en arrière (notamment, un retour en arrière d’un paragraphe pour introduire un autre retour en arrière). De plus, l'utilisation de figures de style et une direction littéraire resserrée auraient permis de retrancher plusieurs redondances et tergiversations qui nuisent à la lecture. Aussi, le degré d’analyse des personnages adolescents est trop élevé. Ils raisonnent comme des adultes.

Cependant, l’ouvrage n’est pas sans forces! C’est fort courageux d’aborder, dans un premier roman, le sujet de l’agression sexuelle, plus spécifiquement de l’inceste. Ensuite, il y a le tabou de l’amour entre les enfants de conjoints de familles reconstitués (entre le demi-frère et la demi-sœur). Caroline L. P. réussit à susciter diverses émotions chez le lecteur. La colère, la révolte, de dégoût, le doute, la tristesse, etc. Au niveau de la psychologie des personnages, ont saisi bien les conséquences possibles de l’inceste. On sent Justine troublée, obsédée et déchirée entre son désir de vivre son amour pour Antoine qui, la majorité du temps, la repousse, et la conscience de l’aspect destructif de cette passion.


Les intentions de l'auteure sont louables et le projet est fort intéressant. Un deuxième tome est disponible en librairie. Souhaitons que la plume de l’auteure, avec l’aide de la direction littéraire, ait permis d’enrayer les quelques faiblesses pour laisser toute la place à l’histoire de Justine.

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

Le deuxième tome

mardi 21 juillet 2015

Notre duplex : les renoncements nécessaires



Véronique habite un duplex qu’elle a acheté avec Marie, son amie. Les deux sont cinéastes. Véronique planche sur un projet depuis une dizaine d’années, mais elle n’arrive pas à percer. En attendant de percer, elle travaille comme photographe pigiste. Bien évidemment, ce métier ne la comble pas. À l’inverse de Véronique, Marie réussit plutôt bien.

Véronique se trouve en proie à une crise existentielle. Sa carrière piétine au bas de l’échelle bien qu’elle travaille avec acharnement. Alors que son amoureux emménage avec elle, elle se rend compte que son amour pour son copain s’est tiédi. Quelque chose ne va pas, mais elle ne sait pas tout à fait quoi. Devant l’impression que rien ne fonctionne, elle part pour Paris sur un coup de tête pour essayer de mettre de l’ordre dans ses idées, de trouver une nouvelle impulsion pour sa vie.

Sa remise en question s’inscrit également dans la période qui a suivie le Printemps érable. Comme lors de grands mouvements de solidarité, l’impression que tout est tombé à plat et qu’on est retourné dans nos vieilles confortables pantoufles, que tout est oublié et que l’on retourne exactement dans la même situation qu’avant lui fait perdre espoir au changement possible. Désillusionnée, déçue, perdue, elle s’enlise un peu dans une sorte d’apitoiement. Elle est à la croisée des chemins et à des deuils à faire.

Comment départager si le problème est que l’on a suivi une voie qui n’est pas vraiment la nôtre et qu’elle ne nous convient plus ou que nous n’avons pas ce qu’il faut pour réussir ce que l’on souhaite le plus ardemment? Comment retrouver le chemin vers qui l’on est et, ultimement, celui de la réussite? Le changement de voie encourt parfois une modification de la conception de soi. Pour Véronique, il n'y a jamais eu que le cinéma, qui serait-elle si elle n'est pas cinéaste?

J’ai trouvé que la fin de ce passage était particulièrement descriptive d’un sentiment que la protagoniste doit sûrement éprouver.

« La soirée se termina plus vite que prévu, Antoine prétexta de longues heures de travail à venir dès le lendemain et pas de congé avant lundi suivant pour s’éclipser avant le dessert. Je ramassai la vaisselle, comme les soirs de fêtes où, sur les dernières chansons d’un disque entamé, après le départ du dernier invité, on se retrouve seul avec les vestiges et l’amertume d’un bonheur inachevé. » p.63

Notre duplex, c'est la possible fin d'un rêve. Lorsque les efforts n'ont pas porté fruit, faut-il persévérer ou changer de voie? Un roman qui circonscrit également le désenchantement des 20 – 30 ans, qui sont à une époque de la vie où les rêves et les idéaux se trouvent confrontés à la dure réalité. Où les amitiés sont parfois remises en question. Ce sera le cas pour celle qui unit Marie et Véronique. L’écriture est simple, mais précise et efficace.

 Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

samedi 18 juillet 2015

Dans la boîte aux lettres cette semaine!

Voici ce que nous avons reçu cette semaine! 

À bientôt!

Le soleil est pour toi, Jandy Nelson, Gallimard, Scripto

La face cachée de Margo, John Green, Gallimard, Scripto

mardi 14 juillet 2015

Pistolet & talons hauts

Lorsqu’une de ses protégées disparaît, Charlie, une travailleuse sociale à la redoutable vocation de « saveuse » fait appel à Christopher McRae, un détective recommandé par son père, pour l’aider à la retrouver. Le brun ténébreux se montre plutôt rébarbatif. Arrogant et prétentieux, il donne du fil à retordre à Charlie, qui est idéaliste, bien élevée, mais qui n’a pas non plus la langue dans sa poche. Cela donne lieu au classique bad boy/good girl, « tu m’énerves, mais je te veux ». Les protagonistes ont tous deux un caractère fort, ce qui les mène à de nombreuses confrontations.

Du côté de sa vie personnelle, Charlie hésite à entamer une relation amoureuse avec son supérieur, Dylan. Il est beau comme un dieu, gentil, attentionné, parfait quoi! Mais… quelque chose ne clique pas. Pourtant, Dylan est disposé à lui donner la lune. Il est bien plus courtois que Chris, qui semble tout faire pour la contrarier.

Malgré les caractéristiques typiques des romans d’amour qui nous les rendent un peu prévisibles, c’est très bien écrit. L’intrigue est bien ficelée, les personnages sont sympathiques et complexes. Quant à la tension sexuelle entre Charlie et Chris, elle est à vous donner des chaleurs!

Au-delà de la trame de romance, Sylvie G. aborde, de façon sommaire, mais correcte, la question du trafic humain, un problème assez important en protection de la jeunesse. Cela en fait un roman qui, sous des allures de pur divertissement, touche des problématiques sociales.

Bien sûr, je vous le concède, la couverture est peu attrayante, mais si vous êtes amatrice de romans d’amour, ne laissez pas cela vous freiner. C’est une lecture prenante et divertissante, tout ce dont on a besoin pour décrocher.

Disponible en format Epub au Québec chez Archambault, en format papier et électronique en Europe.


Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique


samedi 11 juillet 2015

Dans la boîte aux lettres cette semaine!

Deux nouvelles entrées dans notre biblio. Juste assez pour nous donner de quoi à lire au soleil. Les chroniques devraient être publiées bientôt... en fait, c'est relatif, Le Cruciverbiste est quand même un beau gros pavé!

Bon week-end à la chaleur!

Le Cruciverbiste, Claire Cooke, Goélette

Les Expressions françaises pour les nuls, Marie-Dominique Porée,
First Editions, collection 
Pour les nuls

vendredi 3 juillet 2015

Le secret de la manufacture de chaussettes inusables


C'est déjà mon avant dernière participation au Club de lecture Châtelaine! Hé oui, l'année à laquelle je me suis engagée se termine bientôt. J'ai choisi de ne pas renouveler mon mandat pour me consacrer à Livresquement et à mes autres projets. Semblerait qu'il n'y a que 24 heures dans une journée! Pour lire mon avis et ceux de mes collègues sur Le secret de la manufacture de chaussettes inusables à lire ici!

jeudi 2 juillet 2015

Les notes de sang : Un passé futuriste, un violon, une légende et toute une aventure

En 1850, à Londres, un violoniste tsigane de talent et respecté meurt. Son enterrement se déroule dans l’intimité au sein de la communauté des « Fils du vent », ou presque, car une mouche mécanique volante espionne les personnes présentes. À la fin de celui-ci, un violon est abandonné sur la tombe. Mais pas n’importe lequel, une légende prétend qu’il aurait été fabriqué avec des ossements humains lui procurant ainsi des pouvoirs surnaturels. Et c’est bien là ce qui attise la convoitise d’Hawthorne Lambton, maître horloger de son état, mais aussi inventeur de génie et boss de la « confrérie des Freux ».

Corinne de Vailly m’a permis de découvrir un nouveau type de roman, le steampunk. C’est un style mariant à la fois le passé et le modernisme actuel en utilisant principalement la vapeur comme source d’énergie. L’univers créé est captivant, voire envoûtant. On y croise des chevaux, comme on peut s’y attendre en 1850, mais certains d’entre eux sont à vapeur!

L’histoire est menée avec brio, impossible de s’ennuyer. L’intrigue mélangeant tant du fantastique que la réalité des bas-fonds de Londres donne un caractère unique au livre. Les personnages sont attachants et très colorés. Les pages se tournent facilement et l’on se prend à imaginer cette époque avec toutes ces inventions. Pour peu que vous ayez déjà aperçu ce mouvement artistique dans la mode, comme les montres par exemple, l’univers du roman devient tout de suite plus palpable.

Somme toute, c’est une lecture qui dépayse et vient confronter les repères temporels. Les notes de sang aborde le sujet de la discrimination au travers de l’ostracisme des « Gipsys ». Ce qui est toujours d’actualité, il suffit pour cela d’écouter un tant soit peu les journaux européens. Ainsi, tout en nous permettant de vivre un bon moment de divertissement, Corinne De Vally nous porte à réfléchir sur ce qui se passe dans le monde et à nos portes. Que demander de plus?

Dominique de Leeuw