lundi 7 décembre 2015

Le Livre des Baltimore : doit-on se fier à ses perceptions?

On retrouve l’auteur Marcus Goldman, qu’on a connu dans La Vérité sur l’Affaire Harry Québert. Cette fois-ci, il écrit un livre sur la famille de son oncle bien-aimé. Pour les grands-parents de Marcus, il y a toujours eu les Goldman-de-Baltimore et les Goldman-de-Montclair. Les premiers ne pouvaient rien faire de répréhensible, les deuxièmes étaient toujours critiqués. Les uns étaient prospères, les autres, beaucoup moins. À l’instar de ses grands-parents, Marcus est également sous le charme des Goldman de Baltimore, ou les Baltimore, pour faire plus court. Il idolâtre son oncle Saul, sa tante Anita et ses cousins Hillel et Woody. En fait, Woody n’est pas vraiment son cousin. C’est un gamin qui vit dans un foyer pour jeunes en difficulté ou abandonné par leurs parents, que son oncle et sa tante ont recueilli. Avec Hillel et Woody, qu’il rejoint dès qu’un congé ou des vacances le lui permettent, il forme le gang des Baltimore. On les suit dans toutes leurs aventures, jusqu’à l’âge adulte, moment où le « Drame » se produit.

Le roman est construit autour de ce drame dont on ne connaît la teneur que vers la fin. Dicker situe d’ailleurs toute narration en rapport au drame. Il mentionne d’ailleurs fréquemment que l’événement auquel il fait référence se situe à x nombres d’années avant ou après le drame. Si pour certains, le fait de toujours référer au Drame sans le nommer a irrité certains lecteurs, ce ne fut pas le cas pour moi. Peut-être parce que j’avais entendu dire que ce serait long avant qu’on sache exactement ce qui s’était passé.

Le temps glorieux des Baltimore est loin de la réalité qu’il s’imaginait. On découvre lentement, au rythme des allers-retours entre le passé et le présent, que les perceptions, les non-dits et les secrets n'ont peut-être rien à voir avec la réalité. Cela nous rappelle à quel point on ne sait pas tout sur nos proches. Que la réalité n’est jamais telle qu’on la croit. Que lorsqu’on agit sur la base de nos perceptions, sans les vérifier auprès de l’autre, on se retrouve parfois « dans le champ ». D’autres fois, ça peut avoir des conséquences catastrophiques. Comme pour les Goldman.

C’est un véritable page turner à l’histoire impeccablement ficelée. On y plonge et on s’attache aux personnages. C’est fascinant de voir la manière dont la complicité se transforme parfois en vieillissant une compétition pour l’amour et l’attention des parents, des proches. Les liens tissés entre les personnages masculins sont étroits et touchants. Leurs relations sont complexes, leurs personnalités, riches. Le portrait que Dicker dresse de ces familles américaines est très correct. Il évite de tomber dans les clichés et préjugés, ce qui n’est pas le cas de tous les auteurs européens qui écrivent sur les États-Unis.
  
Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

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