mercredi 30 décembre 2015

Apportez-moi la tête de Lara Crevier!

Le cadavre décapité d’une femme est trouvé dans un appartement à la limite de Saint-Henri. Nue, marques d’une possible agression sexuelle. Sans pièces d’identité, il est difficile de savoir de qui il s’agit. L’appartement est loué par une certaine Lara Crevier. Selon toute vraisemblance, c’est elle la victime.

C’est le lieutenant-détective Donnola qui est chargé d’enquêter sur ce meurtre sordide. Vieux flic cynique à la limite de la paranoïa, il s’investit à fond dans ce casse-tête qui lui rappelle la mort de sa propre fille. Il doit résoudre le meurtre de la jeune étudiante en littérature. Attelé à la tâche, il rencontrera une connaissance de Lara, Christian Dausty, qui est français étudiant en géographie. Malheureusement pour lui, ce dernier ne porte pas les policiers dans son cœur et il lui sera difficile de mettre la main dessus. Christian, profondément troublé par ce qui est arrivé à Lara et ne faisant pas confiance aux forces de l’ordre, cherchera à élucider le mystère. Il tentera à son tour de trouver Yoko, étudiante, amie et amante de Lara. Pour lui aussi, ce sera un défi de taille, mais il ne peut se résoudre à ne pas savoir ce qui est arrivé à Lara et pourquoi.

Les personnages de Christian Dausty, Yoko et Lara sont porteurs de cette paranoïa contre le système, et cherchent à s’affranchir de ce dernier. Pour eux, c’est la seule façon d’être réellement libre. Mais peut-on attendre le type de liberté à laquelle ils aspirent? Si tel est le cas, à quel prix?

Le texte alterne donc entre Donnola et Dausty, puis des extraits d’un journal de Lara. Journal dont le discours tourne autour du corps, de la sexualité et de la liberté, mais évidemment aussi de soumission et de domination.

Le ton du roman est particulier… à cheval entre un style d’écriture québécois et européen, je dirais – l’auteur l’est, d’ailleurs –, malgré le français international et québécois. C’est justement ce qui est agréable. Ça se démarque et démontre le métissage des cultures.
L’écriture de Chabin est crue et ciselée dans le roc, à la fois brutale et minutieuse. J’aime la finesse avec laquelle il insinue des choses et, ainsi, respecte l’intelligence de l’auteur.

Ce n’est pas le premier roman de Laurent Chabin que je lis. Je l’ai découvert avec la série Élise, publier à la défunte maison d’édition Coup de tête. Il fait partie de ces auteurs que j’aime bien lire. Les thèmes récurrents de ses romans, la sexualité, la violence et l’anarchie.
Ici, la liberté est la clé de voûte autour de ces derniers.


C’est un roman noir avec des personnages profondément cyniques, un solide suspense et un dénouement surprenant. L’ensemble nous rentre dedans, nous brasse, nous met face au miroir comme peuple de mouton. Il n’a évidemment pas tort.

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire