vendredi 16 octobre 2015

Un amour impossible : un Angot tissé de tendresse!

Dans Un amour impossible, Christine Angot raconte deux histoires d’amour, l’une à sens unique entre sa mère et son père, l’autre entre elle et sa mère. Le ton du roman est à l’opposé de ses précédents. Exit la hargne et bienvenue à la tendresse. Cela fait du bien de lire ça de la part de Angot. De lire cette plénitude amoureuse. 

Le récit est centré sur sa mère, sur la femme qu’elle est, sur son amour pour elle et l’amour que sa mère avait pour son père. Rachel Schwartz, une employée de la Sécurité sociale, rencontre Pierre Angot, un traducteur érudit et cultivé. La belle femme aux mains douces (le père et la fille le mentionnent à plusieurs reprises) est charmée par cet homme. Un homme cultivé, d’un autre milieu social. Un être charmeur, mais aussi distant, égocentrique, méprisant, mais habile manipulateur. À cheval sur la qualité de la langue et sur la manière de s’exprimer, il lui fait souvent des remontrances sur sa manière de parler, qu’il juge trop vulgaire. Ce qui est dérangeant, c’est qu’elle prend (Rachel) plaisir à se sentir annihilée. Elle se sent vivre. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils entretiennent une relation singulière. Ils semblent bien en compagnie l’un de l’autre, pourtant, Pierre a bien averti Rachel. Il n’a pas l’intention de se marier en général, et pas avec elle en particulier. Si elle avait été riche, il aurait peut-être réfléchi, mais ce n’est pas le cas. Oui, il pourrait lui faire un enfant, il le souhaiterait, même, mais il ne la reconnaîtrait pas. 

Une grande partie du récit est constitué de la correspondance entre la mère et le géniteur.
On a rapidement saisi la dynamique de Pierre et certains passages de leur correspondance ainsi que de la description de sa vie avec oncle, tante et grand-mère sont un peu longuets. 
Il y a aussi beaucoup de dialogues qui permettent de mieux comprendre l’étendue de la différence de milieu des deux parents.

Somme toute, Christine a eu une enfance heureuse avec sa mère. On découvre que Angot a eu une mère empathique, compréhensive, qui a accueilli cet enfant avec amour malgré les circonstances de sa venue au monde, qui a toujours fait preuve d’ouverture envers sa fille.
Leur relation symbiotique n’a commencé à connaître des ratées que lorsqu’elle avait 12 ans. C’est alors qu’elle a fait connaissance avec son père. Elle l’avait bien vu trois ou quatre fois avant, mais comme elle avait moins de 4 ans, elle n’en a gardé aucun souvenir. Quand Rachel lui demandait de venir voir sa fille, telle une anguille, Pierre se défile. Puis, tout d’un coup, il accepte de la voir. Elle part chez lui parfois le week-end et découvre un homme qui l’impressionne au point où sa mère semblait fade, inculte, inintéressante. 

Alors que leurs rencontres se font de plus en plus suivies se ravive l’espoir de Rachel.
Durant des années, malgré les avertissements servis par Pierre, malgré son mariage avec une autre femme, elle n’a jamais d’espérer que l’homme qu’elle aime revienne vers elle et sa fille. Or, il ne revient que pour sa fille.

Le lecteur qui connaît Angot, qui sait qu’elle été victime d’inceste, se demande, tout au long de la lecture, quand est-ce que ça va arriver. Est-ce que ça va arriver? A-t-elle décidé de biffer ce drame de ce roman? Puis il arrive à la page 156. Ce qui étonne, après avoir lu les romans précédents de Angot, c’est le silence qu’il y a autour de l’inceste. Il est à peine mentionné. Et ce silence rend le lecteur un peu confus. L’auteure ne nous a pas habitués au silence et ça désarçonne.

Pourquoi sa mère n’a-t-elle rien vu? Il était compliqué de discerner tous les indices. Ils ne vivaient pas ensemble, ça coïncidait avec l’adolescence et la rencontre de son père. Tout autant que ce dernier a une personnalité caractérielle, difficile. En tout cas, dans ce récit, les indices sont minces. Mais peut-être aurait-il fallu absolument lire L’inceste avant pour avoir un idée globale de la situation. Cela aurait également permis de saisir quelles ont été les difficultés de sa vie adulte, lesquelles elle ne fait qu’évoquer sans élaborer. On a l’impression de rater quelque chose ou, pour ceux qui ne connaissent pas Angot, que l’auteure n’a pas eu la force d’écrire ces passages.

En toute fin de roman, l’écrivaine présente l’attitude de son père envers sa mère, et l’inceste qu’il a commis envers elle, comme une conspiration des gens du haut de l’échelle sociale envers les pauvres pour maintenir ces derniers à leur place. L’inceste comme ultime stratégie pour nier sa paternité et signifier à sa mère qu’elle n’est rien. Inconsciemment, il est possible que ça soit cela pour certains, à un niveau conscient, puis pour d’autres, à un niveau inconscient. Toutefois, généraliser ce stratège à tous les riches et bourgeois est un peu tirée par les cheveux. Cependant, il est évident qu’individuellement, son géniteur a manigancé pour exercer son pouvoir sur elles. Bref, c’est un passage qui donne amplement à réfléchir.

Est-ce un roman de trop sur le sujet? Certains affirment que c’est le cas. Pour ma part, n’ayant pas lu tout le Christine Angot, et vu le changement de ton et de perspective, j’estime qu’il n’est pas de trop, mais qu’il devrait clore, de belle façon, la question. 


Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

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