mercredi 26 août 2015

Concerto pour petite noyée : Une symphonie de mots

En cette rentrée littéraire 2015, Annie Loiselle nous offre Concerto pour petite noyée, son cinquième roman. Comme dans ses précédents romans, il est question de destins de femmes qui s’entrecroiseront. Des existences où l’amour est trahi, refusé, perdu.

D’une part, il y a Valentine Aligheri, pianiste de concert. Elle existe par et pour la musique. C’est là qu’elle donne de tout son être. À tel point qu’il ne lui reste pas grand-chose dans les autres sphères de sa vie. Lorsqu’elle n’est pas assise au piano, elle n’est que douceur et retenue. Même ses étreintes avec son conjoint, Greg, sont dénuées de passion.

D’autre part, il y a Pervenche Provencher. Une jeune femme que la vie n’a pas choyée. Sa mère, Agnès, en proie à un deuil malsain l’a abandonnée avant même sa naissance. Tout d’abord en étant incapable de l’aimer, ensuite en la laissant aller vivre en Italie avec son père, à l’âge de 4 ans et en refusant tout contact avec elle.

L’histoire débute sous le signe du drame. On apprend que Greg est mort. Trois balles. Abdomen. Poumon. Cœur. Qui l’a tué? On ne le sait pas. Dans quelles circonstances, on l’ignore également. De la pelote de laine emmêlée, l’auteure désentortille le fil lentement pour garder son lecteur captivé jusqu’à la toute fin.

Je me suis entretenue avec Annie Loiselle la semaine dernière. Je lui ai demandé pourquoi elle écrivait sur l’amour trahi, déçu, absent. « Je suis un peu anti happy end. La vie est profondément injuste. En écrivant des histoires qui finissent par “ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants”, on envoie le message que c’est comme ça que ça se passe dans la vie », me répond-elle.

Maître dans l’art de nous émouvoir, Annie Loiselle aborde dans ce cinquième roman le sujet tabou qu’est le délaissement maternel à la suite du deuil d’un enfant. « Quand on parle du deuil parental, on montre beaucoup la surprotection des autres enfants, mais pas l’abandon ». Le jugement social est dur envers les mères qui, submergées par la peine, n’arrivent plus à ressentir d’amour pour leurs autres enfants. L’auteure a voulu ouvrir sur le sujet en démontrant la douleur vive ressentie par Agnès, la mère de Pervenche, après le décès de sa fille aînée à l’âge de trois ans. « Après la mort de Valérie, Agnès renonce à tout », dit-elle. Elle aimerait être capable de surmonter sa peine, mais elle ne l’est tout simplement pas. « Ce n’est pas facile de changer sa vie. Il ne suffit pas de vouloir », mentionne l’auteure.

La plume d’Annie Loiselle est toujours aussi incisive que dans ses œuvres précédentes. Elle a cette extraordinaire capacité de nous émouvoir, de déchiffrer pour nous les dynamiques des personnages et de nous les rendre attachants. Dans cet opus, l’écriture de l’auteure est encore plus soignée. Elle a du souffle, du rythme, comme les vagues de l’océan qui nous emporte. Chaque ensemble de mots est d’une poésie émouvante. Les noms des personnages contribuent également à construire l’ambiance.

En terminant notre entretien, je lui ai demandé ce qu’elle aimerait que le lecteur retienne du roman. « J’aimerais que le lecteur soit marqué par une scène. Qu’il éprouve un trouble. » Ça tombe bien, parce que c’est ce que je cherche dans une lecture, le trouble. Parce qu’après l’émoi surgit une meilleure compréhension de soi, de l’autre, de l’humain.

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

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