mardi 21 juillet 2015

Notre duplex : les renoncements nécessaires



Véronique habite un duplex qu’elle a acheté avec Marie, son amie. Les deux sont cinéastes. Véronique planche sur un projet depuis une dizaine d’années, mais elle n’arrive pas à percer. En attendant de percer, elle travaille comme photographe pigiste. Bien évidemment, ce métier ne la comble pas. À l’inverse de Véronique, Marie réussit plutôt bien.

Véronique se trouve en proie à une crise existentielle. Sa carrière piétine au bas de l’échelle bien qu’elle travaille avec acharnement. Alors que son amoureux emménage avec elle, elle se rend compte que son amour pour son copain s’est tiédi. Quelque chose ne va pas, mais elle ne sait pas tout à fait quoi. Devant l’impression que rien ne fonctionne, elle part pour Paris sur un coup de tête pour essayer de mettre de l’ordre dans ses idées, de trouver une nouvelle impulsion pour sa vie.

Sa remise en question s’inscrit également dans la période qui a suivie le Printemps érable. Comme lors de grands mouvements de solidarité, l’impression que tout est tombé à plat et qu’on est retourné dans nos vieilles confortables pantoufles, que tout est oublié et que l’on retourne exactement dans la même situation qu’avant lui fait perdre espoir au changement possible. Désillusionnée, déçue, perdue, elle s’enlise un peu dans une sorte d’apitoiement. Elle est à la croisée des chemins et à des deuils à faire.

Comment départager si le problème est que l’on a suivi une voie qui n’est pas vraiment la nôtre et qu’elle ne nous convient plus ou que nous n’avons pas ce qu’il faut pour réussir ce que l’on souhaite le plus ardemment? Comment retrouver le chemin vers qui l’on est et, ultimement, celui de la réussite? Le changement de voie encourt parfois une modification de la conception de soi. Pour Véronique, il n'y a jamais eu que le cinéma, qui serait-elle si elle n'est pas cinéaste?

J’ai trouvé que la fin de ce passage était particulièrement descriptive d’un sentiment que la protagoniste doit sûrement éprouver.

« La soirée se termina plus vite que prévu, Antoine prétexta de longues heures de travail à venir dès le lendemain et pas de congé avant lundi suivant pour s’éclipser avant le dessert. Je ramassai la vaisselle, comme les soirs de fêtes où, sur les dernières chansons d’un disque entamé, après le départ du dernier invité, on se retrouve seul avec les vestiges et l’amertume d’un bonheur inachevé. » p.63

Notre duplex, c'est la possible fin d'un rêve. Lorsque les efforts n'ont pas porté fruit, faut-il persévérer ou changer de voie? Un roman qui circonscrit également le désenchantement des 20 – 30 ans, qui sont à une époque de la vie où les rêves et les idéaux se trouvent confrontés à la dure réalité. Où les amitiés sont parfois remises en question. Ce sera le cas pour celle qui unit Marie et Véronique. L’écriture est simple, mais précise et efficace.

 Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

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