vendredi 12 juin 2015

Camille, de Dominique Girard

Camille est une poétesse de 40 ans. Elle vit de création durant la journée, est serveuse dans un restaurant pour payer les comptes, et déclame des poèmes un soir par deux semaines lors de soirées à micro ouvert dans un café-bistro.

Après un examen de routine, elle apprend qu’elle est atteinte de cancer du sein. Face à l’adversité, la poétesse s’accroche littéralement à Tomoe Gozen, une femme samouraï du 12e siècle, qui devient son inspiration pour son art et pour son moral. Sa muse lui inspirera de jolis poèmes.

Camille a des relations tendues avec sa mère, qui préférerait la voir dans un domaine professionnel plus stable et plus lucratif. C’est surtout là qu’on voit qu’elle se sent jugée pour son style de vie d’artiste, parce que sinon, ce n’est pas une existence si marginale que ce qu'on nous annonce. Bien sûr, elle l’est en ce sens que c’est une vie d’artiste. Au même titre que les comédiens, les artistes-peintres, les musiciens. Aussi, elle vit et assume ses désirs sexuels, mais elle n’a pas de pratiques particulières. C’est simplement qu’elle n’est pas en couple. Je sais que ça choque certaines personnes, même en 2015. Mais, c’est somme toute plutôt sain, non?

Le récit se lit bien, malgré quelques petites redondances, passages superflus et certains dialogues, dont ceux entre Camille et sa grand-mère, qui manque un peu de naturel. Je ne peux, cependant, passer sous silence quelque chose m’a fait tiquer, puisque ça me dérange encore au moment d’écrire ce texte. Cela n’a rien à voir avec le personnage principal ou des éléments importants du récit. Il s’agit plutôt d’un détail. Mais vous savez, c’est important, les détails. Je suis un peu dubitative devant de l’image des immigrants qu’on nous présente. Je m’explique. Premièrement, il y a Barthélémy (un Africain), le nouvel amoureux de la mère de Camille. Il est aussi l'ancien amant de cette dernière. Dans la voiture, alors que la mère conduit, son amoureux caresse la cuisse de Camille. Ça fait « les Africains sont des coureurs de jupons et infidèles ». Que ce personnage le soit, c’est plausible… alors, on laisse passer. Plus loin, il y a mention du frère de Camille qui s’inquiète pour sa mère. Une collègue — ou je ne sais trop — s’est fait entourlouper par un Cubain qui l’a utilisé pour immigrer… ça existe… OK. Je poursuis. Encore plus loin, dans la narration, on y dit que Barthélémy aime le fait que sa nouvelle compagne soit à l’aise financièrement et qu’elle ait un condo en Floride (encore l’image du profiteur), alors qu’il est propriétaire d’un bar. Ça ne colle pas trop. Ensuite, il y a Carlos, le conjoint du meilleur ami de la poétesse. Il est au Québec depuis au moins 15 ans, mais quand il s’adresse à Camille, il parle de « votre pays ». Bon, encore, des gens qu'on appellent «immigrants» qui ne considèrent pas leur nouveau pays comme «leur pays», ça existe. C’est juste que quand on met tout ça ensemble, dans un roman de 180 pages, ça renvoie à une image des gens qui ne sont pas nés dans le pays dans lequel ils vivent comme étant des profiteurs qui ne savent pas s’intégrer. En plus, cela n’ajoute rien à l’histoire (après la présentation de Barthélémy à ses enfants, la mère ne revient même plus). Je trouve ça, disons, « ordinaire ».
  
Autre petite chose : on n’a jamais su que ses traitements étaient terminés et ce que le médecin a à dire sur leur succès. Le lecteur veut savoir. On le touche avec sa maladie, mais on le laisse en plan… comme si la maladie n’avait été qu’un prétexte pour parler de sa fascination pour Tomoe Gozen et son envie de vivre intensément.

Hormis mon irritant principal, c’est un roman intéressant qui nous plonge dans la vie de cette artiste qui assume ses passions et entend les vivre intensément. Une femme inspirante.

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

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