mercredi 8 avril 2015

Les bonheurs caducs...

Rosemarie avait un patron bienveillant, un amoureux génial, un appartement, un groupe d’amies du secondaire avec lesquelles elle entretenait des liens serrés. Puis un jour, les choses ont changé. Un à un, les éléments qui constituaient son bonheur s’en sont allés. Presque comme tombent les pièces d’un jeu de domino.

Son chum l’a laissé pour sa meilleure amie. Éplorée, elle s’est réfugiée chez son grand frère, éternel adolescent. Lorsque son patron est subitement décédé, il a légué la maison d’édition à son fils, qui n’en a, de prime abord, rien à faire. Vendre était sa première intention, mais il a changé d’idée. Pourquoi ne pas tenter sa chance et faire ce qu’il veut de cette entreprise? L’homme rustre aux goûts éditoriaux douteux délègue les romans de « madames » À Rosemarie, ainsi que tous les dossiers plates. Ça, c’est sans parler de la nouvelle éditrice qu’il a embauchée. Une vraie chipie qui pourrait faire concurrence à Miranda Priestly dans « Le diable s’habille en Prada »!

Et que dire de cette mère hyper contrôlante et critique envers elle, mais pas son irresponsable de fils aîné, d’une irresponsabilité époustouflante, que Rosemarie prend en charge en espérant qu’il se réveille un jour? Devant eux, Rosemarie est là, bonne petite fille, trop fine, trop polie. Soit on s’identifie à elle, soit, comme moi, on a envie de la brasser et de la traiter de sous-affirmée! De dire notre façon de penser à sa mère et de laisser son frère se démerder tout seul! Je sais bien que Rose, comme plusieurs femmes, s’oublie pour être aimée, pour qu’ils reconnaissent à quel point c’est une bonne fille, qu’ils l’admirent. Mais, il y a toujours bien des limites à l’abnégation, cibole!

Avec Les bonheurs caducs, Élyse-Andrée Héroux peint avec humour, et sans ménagement, un portrait du monde de l’édition. Son écriture a un style bien à elle qui est généralement plaisant, quoiqu’un peu plus lourd lors d’un ou deux passages de réflexions. Sinon, l'auteure a un vocabulaire foisonnant, et ça fait du bien. On se bidonne et quiconque a été en contact, de près ou de loin, avec le domaine littéraire, reconnaissent quelques types de personnages. 

Au-delà de l’univers dans lequel Rosemarie évolue, le roman s’attarde à ces moments où l’on se rend compte qui notre entourage a changé alors que nous restons encore statiques au cœur du mouvement. Où la vie que nous menons est obsolète et où nous devons stopper la machine pour faire le point et redéfinir la voie à suivre pour être cohérents avec qui nous sommes et ce que nous désirons de la vie. Pour enfin cesser de subir les choses, d’attendre qu’elles se modifient d’elles-mêmes et reprendre les rênes.


Certes, il ne réinvente pas le genre, mais c'est un premier roman léger et bien écrit qui offre du divertissement et de la réflexion. Un bon deux pour un! J'ai beaucoup aimé.

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

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