mardi 21 avril 2015

L'ultime recueil de nouvelles d'Alice Munro : un bel au revoir!

L’an dernier, Alice Munro publiait Rien que la vie. La nouvelliste récipiendaire du Prix Nobel de littérature en 2013 annonçait qu’à 83 ans, elle prenait sa retraite de l’écriture. C’est sûrement pour cette raison qu’elle y a inséré quatre textes autobiographiques.

Les hommes et femmes qui habitent les pages sont imparfaits, souvent en proie à des contradictions, des incohérences, des doutes, de la culpabilité. Parfois un certain sentiment d’impuissance, d’impasse. Le constat qu’ils devraient faire autrement, faire mieux, sans toutefois en être capable. Une envie de tout balancer. De fuir ce quotidien qui ne leur sied plus.

Les nouvelles relatent des vies ordinaires qui pourraient être la nôtre. Qu’il s’agisse d’une mère qui se laisse tenter par un homme dans le train, quitte sa fille endormie dans leur cabine et à son retour retrouve sa cabine vide, ou d’une jeune enseignante dans un sanatorium. Toutes les histoires ont un point commun, elles soulignent un carrefour dans la vie des personnages. Des tournants que l’on ne sait pas déterminants, mais qui, souvent, le seront. Parfois, ils viennent de nulle part, silencieusement… Les personnages font un choix qui influencera le reste de leur vie.

Les nouvelles, qui ont les paysages canadiens en toiles de fond, sont denses, écrites tout en délicatesse, en finesse comme un ouvrage de dentelle… mais aussi en simplicité. L’auteure s’abstint de porter un jugement moral, elle surligne l’ironie de l’existence, d’une écriture nuancée. Elle parle d’amour, des relations entre hommes et femmes, mère et fille, père et fils. Ce que j’aime, c’est qu’Alice Munro nous présente des fragments de la vie des personnages. La fin n’est pas sans appel, on sait que la vie se poursuit. Tout semble possible.

Le recueil se termine par quatre textes à saveur hautement autobiographique. Comme un cadeau d’au revoir pour le lecteur curieux d’en apprendre davantage sur cette grande écrivaine. Un petit bijou que vous devez vous empresser de vous procurer. Je vous suggère de lire cet ouvrage lentement pour bien le savourer. Vous aurez envie de lire ou relire ces publications précédentes, j'en suis certaine.

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

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