lundi 31 mars 2014

Patchouli de Sara Lazzaroni

C’est un roman frais et tout en candeur que le premier roman de Sara Lazzaroni. Il met en scène Patchouli – vous l’aurez compris, ses parents étaient des hippies –, une jeune femme de 24 ans, qui rêve de devenir photographe pour le National Geographic, mais revient au Québec après des années de vagabondage à travers le monde. En arrivant, elle apprend que sa mère se meurt d’un cancer.

Elle qui n’a jamais eu de racines – elle vivait dans un winnebago avec ses parents – tente de se trouver un point d’ancrage à Québec. Pour ce faire, elle se trouve un emploi dans un restaurant italien, dont les propriétaires lui offrent un accueil digne d’un membre de la famille. Dans l’éventualité de la mort prochaine de sa mère, et parce qu’elle n’a plus de liens avec son père depuis des années, elle se jettera dans ces bras ouverts.

Le personnage est en quête existentielle. On peut constater les contradictions propres à cette période de la vie. Tant dans la narration du quotidien que dans la lecture du journal, dans lequel elle se cherche. Journal dont, on doit le dire, il émane une belle et douce poésie. Il y a de ces passages qui parlent fort, comme celui-ci, à la page 51 :

« On meurt de trop aimer. C’est mathématique. Le corps n’a plus d’espace pour entasser cet amour : la tête explose. Un amour trop grand tue. Il faudrait prévenir les enfants, éviter toutes ces morts inutiles. Le cœur est trop petit. Si le cœur était plus grand, il y aurait plus de place pour aimer. L’humain est un animal trop grand coincé avec un cœur trop petit, voilà. »

Il en ressort aussi l’absence de points de repère. Patchouli ne connaît que le mouvement. Cependant, elle ne semblait pas si bien dans le mouvement. D’ailleurs, le fil du temps y est difficile à reconstituer, à suivre. Il y a des dates, sans années. Elle semble lire des pages au hasard. C’est la façon dont l’auteure exprime la recherche d’identité de Patchouli. Le lecteur ressent ce sentiment d’être perdu, comme le ressent Patchouli, de ne pas avoir de base, d’ancrage. Il flotte avec elle et se rend compte que son ancrage se trouve avec la famille italienne propriétaire du restaurant pour lequel elle travaille. Et elle s’y ancre fermement, allant vivre avec des collègues italiens, apprenant leur langue, se plongeant dans le cinéma italien, comme si elle cherchait à en faire sa nouvelle identité.


 Un écrit sur les liens, les attaches. Sur le chemin vers la maison.

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

dimanche 30 mars 2014

Comment se faire des millions d'amis : aller à la rencontre des grands romans


Quand j’ai lu le titre de cet ouvrage, je me demandais ce que le très prolifique François Gravel allait présenter comme façon de se faire des millions d’amis. À une époque où tout le monde semble avoir un profil sur Facebook, où les amitiés sont plus virtuelles que réelles, j’avoue que j’avais une petite appréhension. C’est avec soulagement que j’ai lu les premières pages où il passe en revue les différents types d’amitiés pour situer les choses. Mais je me demandais encore où il voulait en venir. Allait-il suggérer des façons d’approcher les gens et faire le « gentil » pour se faire des amis? Allait-ce être une copie jeunesse de Comment se faire des amis de Dale Carnegie? Hé bien non!

Quelle surprise quand j’ai constaté qu’il parle des amis qu’on peut se faire au travers de nos lectures! À partir d’Harry Potter, il fait le lien avec l’origine de certaines tendances littéraires, télévisuelles et cinématographiques du moment, tels les vampires, les voyages dans l’espace et tout le tralala. On en apprend sur de nombreux auteurs, leurs plus grandes œuvres, et surtout, leurs personnages mythiques. Il y a notamment
Arthur Conan Doyle et son Sherlock Holmes, Cervantès et son Don Quichotte, Homère et son Ulysse de L’Odyssée, Alexandre Dumas et ses Trois mousquetaires, et j’en passe!

Le tout est bien amené, Gravel tissant les liens entre les auteurs, présentant leurs sources d’inspiration ainsi que des anecdotes intrigantes. Il réussit à susciter la curiosité et l’envie de lire les œuvres en question. À la fin du livre, il y va même de recommandations de lectures par lesquelles il est mieux de débuter si l’on ne veut pas être rebuté.

Quelle façon géniale de faire découvrir la littérature au jeunes et surtout, de leur donner envie de lire les classiques! Quelle excellente idée de François Gravel et de Québec Amérique! À mettre entre les mains de tous les enfants de 9 ans et plus.

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique



samedi 29 mars 2014

Dans la boîte aux lettres cette semaine!

Belle semaine! Vendredi, il n'y a pas eu que des précipitations de neige, mais de livres aussi! Disons que ça aide à faire passer la pilule! ;-)

La déesse des mouches à feu, Geneviève Pettersen,
Le Quartanier
Le chic, le chèque et le choc, tome 3 - Deux mariages...
et un divorce!
, Danièle Couture, Libre Expression


Détours sur la route de Compostelle, Mylène Gilbert-Dumas,
VLB Éditeur

21 rendez-vous - L'aventure se trouve peut-être au coin de la rue,
Catherine Tremblay, Recto-Verso

M'as-tu vu?, tome 2 - En contre-plongée, Simon Boulerice,
les malins


Arthur Prophète, François Gravel,
Québec Amérique, collection Magellan

Comment se faire des millions d'amis, François Gravel,
Québec Amérique

Juliette à New York, Rose-Line Brasset,
Hutrubise

jeudi 27 mars 2014

Pleine de toi : Quand le destin se joue de nous

Quand on lit beaucoup, il arrive parfois que l’on tombe sur des livres qui nous parlent moins. Quand ceux-ci s’alignent un peu trop l’un derrière l’autre, on se dit que ce qui s’écrit en ce moment nous touche moins, et ça nous donne envie de faire une pause de lecture. Puis, on se laisse guider par l’intuition plutôt que l’ordre de lecture que l’on avait établi. Alors, on ouvre un livre et, dès les premières pages, on est happé, touché, bouleversé. On souhaite que le livre ne se termine pas, que se prolonge ce moment de grâce, gavé des mots, des images, de la musique de l’auteur… Pleine de toi est un de ces romans-là pour moi.

Estelle  est heureuse d’avoir réussi à éviter les écueils dont est jonché le parcours des couples qui sont ensemble depuis plusieurs années. C’est tout de même tout un exploit, après près d’une décennie de vie commune! Alors qu’elle se sent comblée, Antoine, son amoureux parfait, trouve la mort dans un accident de la route. Engluée dans son désespoir, un soir, elle attente à ses jours. Alors qu’elle se réveille à l’hôpital, elle apprend qu’elle est enceinte. Bien qu’elle ne soit pas née avec l’instinct maternel, elle ne peut envisager de se débarrasser de cette parcelle d’Antoine en elle. Elle se résigne donc à vivre. Mais comment? Comment vivre sans son grand chêne?

Éprouvée de multiples façons, elle se lance dans une affligeante quête pour combler le vide qui l’habite, comme si elle était une poupée creuse. À coups de déménagement, et de fuites de toutes sortes, elle s’accroche à chaque béquille qu’elle peut trouver. Elle répète fréquemment qu'elle est une aimée plus qu’une aimante. Pour elle, aimer et s’attacher équivaut à souffrir. Sauf avec Antoine. Elle l’a laissé approcher plus près qu’elle ne l’avait fait avec quiconque. Qu’obtient-elle en retour après des années d’amour? La solitude, l’absence brusque, violente de l’homme qu’elle aime.

Les personnages ont de la profondeur, et on s’attache à eux comme s’ils étaient nos propres amis. L’auteur utilise également la ville pour en faire des parallèles avec Estelle. La Petite-Bourgogne, un quartier cicatrisé, où l’on a greffé des gens de diverses communautés, où l’on en a exproprié d’autres, est utilisée pour miroiter l’état d’Estelle, dont certaines parts ont été violemment arrachées avec le drame. Elle y voit un endroit où elle pourra se redéfinir, tout en ayant droit à l’erreur.

L’écriture de Geneviève Jannelle est exquise. Chaque mot est pesé, mesuré, mis en rythme. Elle dépeint à l’aide d’images fortes l’intensité des émotions qui se révèlent tour à tour chez Estelle, sa copine Simone ainsi que chez Christophe, son meilleur ami. La mort d’Antoine est comme un tsunami qu’Estelle reçoit dans le dos, sans jamais l’avoir vu venir. Cette tempête touche également son entourage, qui devient ce que l’on appelle communément des dommages collatéraux. L’humour cynique de l’endeuillée ainsi que sa lucidité font en sorte que jamais on ne tombe dans le pathos, malgré la puissance de la tristesse.

Une lecture qui m’a charmée et transportée… qui m’a redonné l’envie de lire!


Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique 

Jeudi jeunesse : Un hommage à la jeune Malala

Mondialement, on compte environ 65 millions de filles qui n'ont pas accès à l'éducation. Certaines vont à l'école, mais voient leur droit menacé. Or, la scolarisation des filles est l'un des moyens d'améliorer leurs conditions de vie, ainsi que celles du reste de la population. 

Plus tôt ce mois-ci, Bayard publiait un album jeunesse en hommage à Malala, cette jeune Pakistanaise qui a été atteinte d'une balle à la tête tiré par des talibans alors qu'elle se rendait à l'école, et qui, depuis 2013, est devenue porte-parole mondiale pour le droit des filles à l'éducation.

À l'intérieur, une lettre adressée à Malala par des filles du monde entier est accompagnée de magnifiques photos de plusieurs d'entre elles. Elles lui signifient leur admiration et leur solidarité dans leur combat commun. Une alliance inspirante.

Les profits des ventes seront versés à la campagne Parce que je suis une fille. Une excellente façon de contribuer à cause essentielle à l'avenir du monde.

Pour de plus amples informations concernant Malala : 

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

mercredi 26 mars 2014

La dernière sorcière d'Écosse, de Valérie Langlois

Après son premier roman, Valérie Langlois transporte de nouveau le lecteur en Écosse. L’histoire se déroule en 1748 soit deux ans après la terrible bataille de Culloden, cadre de son premier ouvrage, où jacobites et highlanders affrontèrent les Anglais. Ces derniers massacrèrent les highlanders et poursuivirent les jacobites dans tous les recoins du pays. C’est dans le cadre de cette répression que Brodick MacIntosh, un trafiquant d’armes très recherché, prendra la défense d’Isla, seule survivante du massacre d’un village écossais du nom de Glenmuick. Marquée au fer rouge du symbole des sorcières, et retrouvée sur un bûcher, elle est la seule à savoir ce qui s’est réellement passé ce jour fatidique. Malheureusement, elle n’en porte aucun souvenir. De ce fait, d’une part, une enquête s’ouvre pour trouver les auteurs de cette tuerie et, d’autre part, Isla cherchera à réaliser la prophétie qui régit bien malgré elle sa vie. Je ne vous en dit pas davantage, de peur de trop en dévoiler.

D’une écriture fine et précise, l’auteure nous livre des personnages complexes et torturés qui vont évoluer au rythme des pages. Il est impossible de ne pas s’y attacher ou, pour certains, de s’en méfier. Alliant romantisme et aventure, ce roman s’adresse à un lectorat tant masculin, via une épopée épique parsemée de quelques combats, que féminin avec une trame développant le côté sentimental des héros. En menant de front deux investigations, l’une sur la destruction du village et l’autre sur la prophétie rattachée à Isla, l’auteure a décidé de ne laisser que peu de répit au lecteur. Pris dans ce tourbillon de mots, il est parfois difficile de mettre le bouquin de côté afin de poursuivre une activité normale telle que descendre d’un bus au bon arrêt, par exemple.


Tout comme dans son premier ouvrage, l’utilisation de mots et d’expressions gaéliques est omniprésente. Leur présence, avec leur traduction en bas de page ainsi que leur prononciation, se révèle un bel ajout qui tend à installer davantage l’atmosphère de l’époque et incite au dépaysement. Bien que plus volumineux que Culloden, il se dévore à bon train sans laisser une impression de trop. Même s’ils sont totalement indépendants l’un de l’autre, je conseille la lecture de son premier roman avant celui-ci afin de bien planter le décor. Ayant patiemment attendu l’arrivée de celui-ci, je m’apprête à retomber dans l’expectative du troisième. 

Dominique de Leeuw