lundi 8 décembre 2014

Cru, de Nefertari Bélizaire : puissant et poignant

Il y a quelques semaines, un mouvement incitait les femmes à dénoncer les agressions qu’elles avaient subies. Parce que c’est essentiel pour diminuer leur occurrence, pour peut-être un jour les éradiquer complètement. Dans cette foulée, je vous parle aujourd’hui d’un texte puissant de Nerfertari Bélizaire.

La narratrice de cru a décidé, près de 50 ans après le début des agressions qu’elle a subies, de confronter son agresseur. Son oncle, son parrain. Celui qui était l’intermédiaire entre elle et Dieu, son représentant, en quelque sorte. La petite que l’on surnomme Poupette vit chez sa grand-mère puisque ses parents vivent à l’étranger. C’est dans la maison de sa grand-mère, où vit aussi son oncle, que ce dernier l’a agressé la petite sans défense de 2 ans et demi. Dans la lettre qu’elle lui écrit et qu’elle va lui remettre en main propre au pays de son enfance, elle répète de nombreuses fois cet âge, deux ans et demi. Pour qu’il saisisse bien l’horreur de ses gestes. L’impuissance de l’enfant.

La rage et la haine de l’adulte, ainsi que la terreur de l’enfant transpercent les pages. On est sidérés alors qu’elle décrit les moindres détails de quelques-unes des agressions. On ressent également l’ambivalence de la petite fille qui aimait son parrain, mais qui était terrifié par lui. Durant des heures, elle se cachait dans la garde-robe pour lui échapper.

Dans ma pratique de relation d’aide, j’ai entendu de nombreuses histoires d’horreur. Des agressions répétées, sauvages, destructrices. À l’instar de certaines survivantes que j’ai rencontrées, Poupette a écrit cette lettre pour se libérer de la haine. Du contrôle que donne à son oncle le silence qu’il lui a imposé. Un geste thérapeutique qui n’est qu’un des nombreux qu’elle devra poser dans l’espoir de trouver un peu de paix. Pour rebâtir sa vie sur des bases plus solides.

Le titre est on ne peut plus clair. C’est un texte cru. Brutal. Difficile. Les détails de ce qu’a vécu cette enfant de deux ans et demi sont ardus à lire. Ils sont révoltants. Mais malheureusement la réalité qui se cache derrière plusieurs femmes. Si le cœur vous en dit, je vous suggère fortement cette lecture. Parce qu’il faut en parler. Encore et toujours, briser le silence. Pour toutes les femmes et toutes les petites filles des générations présentes et à venir.

 Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

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