mardi 4 novembre 2014

Oona & Salinger … et beaucoup de Beigbeder!

Beigbeder, Beigbeder, Beigbeder… Soit on est un admirateur ou on ne l’est pas. Moi, je le suis. Ça ne veut pas dire que je partage sa vision, ou plus précisément sa perception des choses. J’avais toutefois très hâte d’entrer dans l’histoire qui relate des faits avérés (et documentés) ainsi que des éléments fictionnels.

Ce n’est pas un hasard qu’il ait choisi de parler de Salinger en relatant cette histoire d’un amour malheureux. Pas seulement pour faire différent et aborder un autre aspect de la vie de Salinger. Beigbeder aime les amours malheureuses, c’en est presque obsessif. Je le soupçonne fortement de vouloir croire en l’amour heureux, mais d’avoir si peur d’être blessé qu’il se concentre sur les cœurs brisés pour se convaincre qu’il a raison d’avoir la trouille d’être blessé.

Tout débute quand Jerome David Salinger rencontre Oona O’Neill au Stork Club alors qu’il a 22 ans, et Oona, 15 ans. Celle-ci est accompagnée de ses inséparables amis Gloria Vanderbilt et Carol Marcus et Truman Capote. À cette époque, Salinger peinait à faire publier ses nouvelles. Il était pressé et déterminé à le faire, travaillant comme un forcené. La seule chose qui captivait son attention à part son écriture était Oona, dont il devient follement amoureux. Mais la belle jeune fille était troublée et Salinger un peu sombre et anxieux. Leur idylle a duré quelques mois. Des moments intenses au bout desquelles Salinger s’est engagé pour partir à la guerre, à la fois pour la fuir et la reconquérir. C’est pour cette raison qu’il a combattu, vécu l’effroi et côtoyé la mort. L’homme qui est revenu est irrémédiablement brisé.

Au loin, son obsession pour Oona devient plus puissante. La distance modifie les souvenirs pour rendre l’autre plus merveilleux. On oublie rapidement les défauts, les travers, les disputes. Il lui écrit de nombreuses lettres qui transmettent l’image d’un garçon désespérément entiché, plutôt lourd, harcelant, pitoyable. Ça ne pouvait donc pas marcher entre eux, car Oona voulait un homme fort. Ce n’est pas ce qu’elle a trouvé, leur amour est voué à l’échec. Bien sûr, ces correspondances, c’est Frédéric Beigbeder qui les a imaginées, puisque la famille O’Neill ne l’a pas autorisé à en faire la lecture. Il n’en demeure pas moins qu’elles sont assez bien rédigées. À la lumière de ces échanges, la contribution de la relation entre Oona et Salinger à la vie et l’écriture de ce dernier apparaît indéniable.

Évidemment, Oona n’a pas attendu Salinger et a épousé Charlie Chaplin, bien connu pour sa préférence pour les jeunes femmes. Ce qui sera également le cas de Salinger. Étrange coïncidence : Salinger, Chaplin et Beigbeder, sont tous les trois épris de Oona (Beigbeder raconte d’ailleurs l’anecdote du moment où il a rencontré la dame alors qu’il avait 15 ans), chacun à leur façon et ils sont tous les trois séduits exclusivement par les jeunes femmes.

C’est écrit à la Beigbeder, c’est fluide et rempli de ses théories sur l’amour. En fait, il est très romantique Beigbeder, même s’il s’en défend et se cache derrière son cynisme. On décèle aisément sa compréhension de la propension de certains hommes plus vieux à ne rechercher des liaisons qu’avec des jeunes demoiselles. Elles leur permettent de se donner l’illusion de la jeunesse. L’homme a besoin de se sentir utile, indispensable. Il ne peut l’être avec une femme autonome, confiante. Il trouve alors son compte dans des relations avec de grands écarts d’âge. Ça et puis la caresse que cela fait à son ego… Hé! Ce n’est pas ma théorie, mais celle qui est exposée dans le bouquin!

Sinon, la conception de l’auteur de l’Amérique des années 40 était très française, en ce sens qu’il met l’accent sur certains clichés et est plutôt critique concernant l’implication des Américains dans la Deuxième Guerre mondiale, le refus d’intervenir plus tôt, de même que l’ambiance « je-m’en-foutiste » de la population qu’il décrit.

Un élément que j’ai aimé : j’ai vécu ma première expérience de « roman YouTube ». C’était surréaliste de lire sur Oona O’Neill et de visionner une vidéo que l’auteur nous recommande.

Un truc sur lequel j’ai tiqué, c’est le mélange de français et d’anglais. Ça fait très bobo français. C’est un tantinet lassant, car à mon avis, cela n’ajoute pas au texte. Mais sinon, sans être le meilleur Beigbeder, c’est une très agréable lecture.

Aux admirateurs de Beigbeder, vous serez heureux, car le livre est truffé de ses phrases typiques, comme : « L’amour c’est faire semblant de s’en foutre alors qu’on ne s’en fout pas. C’est se chercher sans se trouver. Ce petit jeu, s’il est bien pratiqué, peut occuper toute une vie. »

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire