mercredi 8 octobre 2014

Au cœur d'un esprit torturé

Dès le début de la lecture, on est immergé dans un fonctionnement mental hors du commun. En naissant, Christine a reçu un aller simple pour l’enfer. Elle est une enfant différente et elle en est consciente. Elle ne pense pas comme les autres. Sa psyché est fort troublée.

Sa conviction d’être « anormale » est le moteur apparent de sa quête d’indivisibilité. On a l’impression qu’elle souhaite une forme de symbiose intra-utérine : tout comme elle recherche l’inaltérabilité, elle cherchera l’amour absolu. Les hommes avec lesquels elle aura des relations plus soutenues s’occuperont d’elle comme un parent le ferait. Comme ses parents ne l’ont pas fait.

Ceux-ci se révèlent être fort irresponsables, centrés davantage sur leurs besoins que sur le bien-être de leur fille. Sa mère est obsédée par la séduction. Son ambition était de trouver un mari bien nanti afin qu’elle puisse rester à la maison. Elle tance Christine durant toute son enfance pour qu’elle perde du poids, qu’elle devienne belle, présentable, conforme à l’image d’une certaine réussite, d’une norme enviable. Les deux femmes entretiendront une relation d’amour-haine jusqu’à la fin. Quant à son père, il est plutôt du genre absent. Il quitte femme et fille pour aller vivre avec une des tantes maternelles de Christine. Pour se dédouaner ou parce qu’il la sait fragile, il soutiendra sa fille financièrement durant ses études et même après la fin de celles-ci.

Très tôt médicamentée, Christine devient dépendante des calmants. Atteinte de dépression, elle consulte un psychiatre on ne peut plus incompétent qui lui prescrit toujours de plus fortes doses, prétendant que sa situation ne s’améliore pas parce qu’ils n’ont pas atteint le dosage qui lui convient. Le médicament a pour effet secondaire de la projeter dans une sexualité très physique, très génitale. C’est à ce moment que débute le Maelström qui la mènera de la dépression à la schizophrénie.

Durant la tempête, le mouvement ne la quitte jamais. Elle passe de la ville à la campagne, de Montréal à Vancouver, de programme d’études en programme d’études, d’un homme à l’autre. Toujours en quête de ce sentiment d’être unifiée. D’être complète et de fuir sa vacuité. Ce vide qui finit par être comblé par les voix qu’elle entend. Et toujours, il y a cette solitude. Lourde. Anxiogène. Pourra-t-elle s’en sortir, trouver un certain équilibre qui lui permettrait de survivre, à défaut d’être unifiée.

Un récit d’une troublante lucidité qui aborde plusieurs dynamiques liées au refus du corps – anorexie,  sexualité mal vécue, automutilation –, de la maladie mentale et des relations parent-enfant.

L’écriture de Marie-Christine Arbour est puissante. Elle comporte de courtes phrases qui dépeignent le rythme des pensées de cette grande anxieuse. Des phrases qui cognent fort. Puis, parfois de longues phrases qui sont toutes aussi puissantes. Il faut un certain temps pour s’accorder au rythme et au style du roman, mais on y parvient. Cependant, si vous aimez les récits linéaires, ou tout coule de source, ce n’est pas une lecture pour vous. En revanche, si vous imprégner de la psyché d’un personnage troublé vous plait, alors, je crois que vous trouverez votre compte.

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique


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