jeudi 28 août 2014

Un secret du docteur Freud

En 1938, l’Autriche comme une bonne partie de l’Europe se trouvent sous l’emprise des nazis. Les familles juives qui le peuvent fuient le pays. Les proches de Freud le prient de quitter Vienne pour trouver refuge en Angleterre, mais celui-ci refuse obstinément malgré le danger. Il est âgé, malade et ne peut se résoudre à quitter Vienne, le pays qui est devenu le berceau de la psychanalyse, l’endroit où il se sent chez lui.

Or, les nazis sont déterminés à anéantir la psychanalyse – une discipline judaïque, selon eux – ainsi que Freud. Ils chargent Anton Sauerwald, un homme calculateur qui compte bien prendre du galon au sein de l’organisation nazie, du dossier des Freud. Il a déjà saisi sa maison d’édition ainsi que la majorité de ses avoirs, mais il doit surtout trouver une faute, une infraction à la loi qui permettrait aux nazis d’empêcher la famille de quitter le pays.

Sa mère étant psychanalyste, Éliette Abécassis a grandi dans l’omniprésence de Freud, un peu comme c’est le cas de certains avec Dieu. Ce qui n’est certainement pas étranger dans la fascination pour cet homme qui cherchait à saisir l’essence de l’être humain. Bien qu’il a aujourd’hui, ainsi qu’à l’époque de nombreux détracteurs, Éliette Abécassis ne s’attaque ni ne défend les théories de Freud, mais présente des éléments qui transforment l’image que l’on se fait du théoricien et praticien. Ce qu’on y apprend bouleverse l’idée qu’on se fait de l’homme, du professionnel, du théoricien et des postulats de la psychanalyse.

Sigmund Freud entretenait beaucoup de correspondances. C’est dans ses échanges avec Wilhelm Fliess, oto-rhino-laryngologiste avec qui il a entretenu une intense relation épistolaire, qu’il a développé certains concepts de sa théorie psychanalytique. Tenant férocement à récupérer les lettres qu’il a adressées à Fliess, il refusait de s’exiler avant de les avoir entre les mains. Pourquoi? Que contiennent ces lettres pour qu’il risque sa vie et celles de sa famille?

Cette œuvre romanesque – il ne faut pas l’oublier – repose sur des faits. L’auteure a imaginé comment ceux-ci se seraient déroulés du point de vue de l’homme qu’était le célèbre médecin. Bien sûr, il est grandement question des théories mises au point par l’homme. Toutefois, les notions de psychanalyse présentées sont compréhensives. Le lecteur moyen est en mesure de suivre. Parfois, les dialogues manquent un peu de naturel. La façon dont ils parlent donne l’impression que c’est écrit pour le lecteur, pour lui expliquer les théories. En principe, comme Marie Bonaparte fait partie des patients et collaborateurs de Freud, elle devrait connaître les informations que Freud lui expose. On a l’impression d’un homme qui aimait s’écouter parler. Peut-être est-ce le cas ou peut-être que cette façon de théoriser lors d’une discussion était la manière de parler de l’époque.

Hormis pour cet élément, la plume d’Éliette Abécassis est charmante. Elle réussit à nous faire voir au-delà des théories l’homme qu’était Freud. Un homme passionné, déterminé, voire têtu. On sent, à travers le tableau que nous dresse l’auteure, toute la sensibilité de cet homme que l’on croyait froid, un peu dénué d’affects. Elle nous permet de faire la différence entre l’homme et son œuvre. On découvre que pour lui, la psychanalyse, c’est inné. Elle fait partie intégrante de lui. C’est sa façon de vivre… c’est sa vie.

Pendant la majeure partie du roman, on est perplexe. Que peut bien être le secret du thérapeute? Par moment, on se demande même quel est l’objectif du roman. Est-ce d’exposer les théories de Freud? Seulement? On poursuit la lecture, presque obsédé par la découverte de cette intrigue. On sait que cela tourne autour de sa rupture avec Fliess et de la blessure aussi douloureuse que s’il s’agissait d’une séparation amoureuse qu’elle lui laisse. Tout au long du bouquin, on fait nos hypothèses, on devine certaines parcelles de l’énigme, mais on ne s’attend pas à ce qu’on lit dans les dernières pages qui nous laissent tout simplement choqués!

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

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