lundi 2 juin 2014

Impossible équilibre relationnel?

À une époque où l’on a repoussé les limites en ce qui a trait à la façon de vivre sa sexualité, ce roman est d’une grande actualité et d’une grande justesse. Maxime Collins raconte avec une infinie sensibilité les tribulations sexuelles et affectives de Gab, un jeune homme prêt à tout pour l’amour, même si cela est à son propre détriment.

Il se considère bisexuel, ce qui n’est pas l’avis d’un de ses amis, selon lequel, on est ambivalent tant que l’on n’a pas découvert sa réelle préférence. Ce avec quoi Gab est en désaccord, bien sûr. À travers ses expériences, il nous fera part de ces pensées et ses analyses sur le sujet. On le retrouvera à chaque Saint-Sylvestre, se préparant à défoncer l’année avec ses copains.

Au-delà d’un roman sur la sexualité et l’orientation sexuelle, c’est un sur l’amour, sur l’estime de soi, ou plus particulièrement la haine de soi, qui pousse l’individu à intégrer un schéma relationnel dominant-soumis. Par l’entremise du personnage de Gab, Maxime Collins explore l’abysse au cœur de celui-ci qui l’entraîne dans des comportements autodestructeurs, où les relations inégalitaires ne sont qu’un élément. Il y a aussi la drogue, l’alcool, les aventures… On le voit descendre tranquillement, puis perdre pied, dans une douleur inexprimable. Ce n’est que lorsqu’un drame survient que ses amis se rendent compte à quel point Gab, derrière ses airs de joyeux fêtard, cachait un être brisé.

On s’attache et se reconnaît à certains points de vue dans cet être profondément blessé qui tente de mener sa vie, tant bien que mal, bien que ses plaies ne semblent pas se cicatriser. Malheureusement, la façon dont il s’y prend pour continuer ne fait que le détruire davantage. Le soutien de ses amis apparaît toutefois comme un espoir de jours meilleurs.

Le lecteur se pose de nombreuses questions durant sa lecture. Jusqu’où doit-on aller par amour? Dans ce genre de situation, est-ce qu’il s’agit vraiment d’amour? Que fait-on de l’amour de soi dans tout ça. La quête de l’équilibre relationnel est un défi que nous cherchons tous à relever et qui n’est pas peu simple. Si les deux joueurs ne sont pas prêts à en sortir, il faudra inévitablement que l’un brise la relation. Sortir de schémas relationnels destructifs, qui sont souvent inconscients, n’est pas une mince tâche, même après la fin de la relation problématique. On peut d’ailleurs le constater ici.

La contrainte d’écriture que s’est donné Maxime Collins, nous relater tous les 31 décembre, aurait pu créer des trous dans le récit, mais ce n’est pas le cas. Il n’est aucunement amputé d’information ou de matière. L’histoire est complète, toute en rondeur – c’est ainsi que je réfère aux histoires où rien ne manque –, mais qui n’est pas lisse. Elle est chargée des hauts et des bas – plutôt des bas – de la vie affective de Gab. L’auteur ne ménage pas le lecteur dans cette mise à nu. Il dit les choses telles qu’elles sont. Il ne cache rien. Ça nous confronte parfois, avoir la vérité en face nous bouscule. Il y a des passages qui révolteront le lecteur. Est-ce que cela heurtera ses valeurs? Peut-être. À mon avis, c’est nécessaire. Le vécu du protagoniste est loin d’être exceptionnel. Il faut cesser de se cacher la tête dans le sable. Cela permettra à certaines personnes de prendre conscience de leur propre schéma relationnel ou de comprendre ce que d’autres vivent.

C’est un roman honnête, juste, pertinent et parfois dur. Écrit avec une grande sensibilité, nous exposant la réalité telle quelle est, il ébranle, il prend aux tripes, mais il remplit sa promesse. Il ne laissera personne indifférent. Je vous le recommande plus que chaudement, c'est d'ailleurs la sélection du mois de juin de notre Club de lecture. N’hésitez pas à le demander à votre libraire et à nous faire part de vos appréciations!


Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

1 commentaire:

  1. Wow! Après lecture, on n'a qu'une seule envie; serrer l'auteur dans nos bras!

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