vendredi 13 juin 2014

Entre une mère folle et un père en Afrique

Le premier roman de Brigitte Vaillancourt met en scène Alex, une jeune fille de 14 ans, en pleine crise d’affirmation. Parce que c’est ça qu’on appelle « crise d’adolescence », la revendication de son identité, de son droit de faire ses propres choix et la différenciation d’avec ses parents.
Après avoir vécu quelque temps avec son père à Niamey, au Niger, Alex est de retour à Montréal pour le congé des Fêtes. Elle y retrouve sa bonne amie et s’en fait de nouvelles. Elle a l’impression de se retrouver et décide donc, à la dernière minute, de ne pas retourner en Afrique. Une décision lourde de conséquences, car elle doit vivre avec sa mère qui est très instable émotivement. Celle-ci semble en effet être atteinte d’un trouble mental non diagnostiqué. Dans cet univers chaotique, Alex tente de mener sa vie comme elle l’entend, malgré la menace constante des crises et humiliations que lui fait subir sa mère. Poussée à bout par les comportements de sa génitrice, elle fera tout en son possible pour passer le plus de temps à l’extérieur de la maison. Ce faisant, elle fait l’expérience de drogues pour fuir son mal-être et s’acoquinera avec un groupe plus âgé qui a une forte tendance à la fête. Après un épisode particulièrement difficile, elle se fera un amoureux et connaîtra les hauts et les bas de l’amour.
À travers tout cela, il y a son père qui souhaite la rapatrier en Afrique afin de lui offrir un foyer stable, ce qu’elle refuse à grands cris. Malgré tout, elle ira y passer du temps, mais ce ne sera pas de tout repos, car elle en voudra à son père de l’éloigner de son amour.
Le roman se lit presque d’une traite, l’écriture de Brigitte Vaillancourt étant simple et engageante. Cependant, on note des irrégularités dans la narration. C’est un peu comme si l’adulte qui rédigeait avait réussi à faire place au personnage de l’adolescente vers la fin du roman, le niveau de langage de la narration s’apparentant plus à celui d’une ado au fur et à mesure que l’on chemine dans le roman. D’autre part, il est intéressant de voir à quel point la manipulation et l’instabilité parentale affectent l’adolescent, ce que rend très bien l’auteure. Les thématiques des amours, des amitiés, des tensions familiales, de la relation mère-fille, ainsi que celle avec leur fratrie, sont bien exploitées. En revanche, je regrette que la partie qui a lieu en Afrique ne soit pas plus élaborée. J’aurais eu besoin de sentir davantage le clivage entre la vie à Montréal et la vie en Afrique du point de vue des valeurs, du style de vie, etc. Le personnage ne s’est pas vraiment intégré dans sa vie africaine et l’on sent tout cela très loin d’elle.
Sinon, c’est un roman qui saura forcément plaire aux adolescentes aux prises avec des conflits familiaux et qui cherchent leur voie ainsi que de faire entendre leur voix à travers ce que leurs parents désirent pour elles.

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique


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