mardi 6 mai 2014

Métis Beach de Claudine Bourbonnais

Lorsque Romain Carrier s’est sauvé de la Gaspésie en catastrophe, à l’âge de 17 ans, il était loin de se douter qu’il deviendrait Roman Carr, le célèbre scénariste de «In Gad we trust», une série controversée qui se moque  de la relation que les Américains entretiennent avec Dieu.

Il a bossé fort pour se rendre là. De sa jeunesse au «French Village» où les francophones vivent et travaillent pour la plupart pour les anglophones de Métis Beach, aux  rues de New York où il accostera en catastrophe, jusqu’à Hollywood, son chemin n’aura pas été facile.

Cette division qu’il a toujours rêvé de franchir, de se retrouver du bon côté, de celui qui ont de l’argent et qui sont donc libre. La poursuite de ce rêve lui causera d’ailleurs de nombreux problèmes. D’une part à cause de son amitié avec l’intrigante Gail Egan, pour laquelle il a une irrésistible attirance et avec qui il aura une relation trouble. Il sait qu’elle va mal, qu’elle n’est pas bien, mais il ne peut s’empêcher d’aller vers elle. Il est poussé par un désir de sauver l’autre, sentiment de responsabilité malsain envers elle. Relation qui, bien sûr, n’est pas vue d’un bon œil des deux côtés de la frontière. D’autre part, en raison de son amitié avec Dana Feldman, écrivaine féministe qui fera son éducation sur la cause des femmes et les relations entre les deux sexes.

C’est un roman sur l’affranchissement. Celui de Romain, de Gail, des Noirs avec le mouvement des Black Panthers et l’impact de Martin Luther King, celui des femmes par l’entremise du féminisme des années soixante ainsi que celui de la société américaine.

Quels que soient les efforts déployés pour être libre et s’affranchir de notre passé il est impossible d’effacer ce dernier. De même, il fera le constat qu’un seul geste posé par un individu peut influencer dramatiquement le cours de la vie de nombreuses personnes.

Claudine Bourbonnais a une magnifique plume. Son écriture est parfois haletante. On est dans la tête de Romain, à la vitesse de ses pensées et de ses sentiments. Un roman achevé. On y plonge rapidement. Dès les premières pages. À aucun moment on ne sent de flou. Jamais on ne se demande où veut nous mener l’auteure. Elle nous attire, on la suit, tournant page après page, faisant abstraction de tout autre univers que celui du livre.

D’habitude, je ne suis pas friande de littérature qui parle de l’histoire. Les passages historiques font trop souvent plaqués. Ici, on ne trouve rien de cela. Aucun sentiment de suivre un cours d’histoire, les événements sont racontés tel que Romain les a vécus, de l’intérieur. C’est ça le talent et le travail ardu. Le signe d’un bon auteur. J'ai tout simplement dévoré ce roman. Il est d'ailleurs notre sélection du mois de mai pour le Club de lecture


Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique


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