mardi 11 février 2014

La garçonnière d'Hélène Grémillon

Buenos Aires, août 1987. Une femme, Lisandra Puig, meurt après avoir chuté de son balcon. Son mari, Vittorio, psychiatre, est accusé du meurtre. Clamant son innocence, il accepte l’aide que lui offre Eva Maria, une cliente qui le consulte afin de faire le deuil de sa fille qui a disparu, et qu’on soupçonne d’avoir été assassinée par l’armée durant la Guerre sale, de trouver le réel coupable. C’est une femme énigmatique, qui a une relation plutôt mystérieuse avec Vittorio, son psychanalyste. En est-elle amoureuse ou bien dépendante? En tout cas, elle est convaincue de son innocence. Ainsi, elle s’engage dans une longue recherche d’indices. Voilà le début de ce texte, inspiré d’une histoire vraie, souligne l’auteure, qui transportera le lecteur au cœur d’une intrigue complexe.

Un roman où les personnages sont bien campés, attachants, même dans leurs imperfections, et leurs névroses (et il y en a! Des tics aux obsessions compulsives, au deuil compliqué, cristallisé à l’étape du refus). On est happé par l’histoire et on se prend à chercher à déceler tous les petits indices afin de trouver l’assassin parmi les clients de Vittorio.

D’une part, on a Eva Maria, emmurée dans un état dépressif qui l’a éloignée de son fils, bien que celui-ci habite toujours avec elle. À travers le travail qu’elle effectue pour résoudre le mystère du meurtre de la femme de Vittorio, elle progresse dans le deuil de sa fille – peut-être plus que durant sa thérapie – elle qui y est claustrée depuis des années. Ces brèches seront-elles suffisantes pour qu’elle retrouve un semblant d’existence digne de ce nom?

Quant à Lisandra, sa relation avec Vittorio traversait une période difficile. Elle ne peut vivre sans passion, sans amour fou, mais son mari était entièrement consacré à sa carrière et ses patients. Or, elle sent que son époux est en proie à ce qu’elle appelle un «désamour progressif». Lorsque le regard de la personne aimée s’éloigne de plus en plus de nous pour se poser sur une autre. Elle qui ne peut exister sans ce regard, se sert du désintérêt qu’elle croit voir chez son Vittorio pour se détruire, se dénigrer. (On fait pas mal tous ça!)

Convaincue que Vittorio lui est infidèle, Lisandra bascule dans une jalousie morbide. Elle est prise dans un dilemme déchirant. Lequel de ses désirs écoutera-t-elle? Celui de partir, car elle ne trouve plus ce dont elle a besoin dans cette relation, ou celui de rester avec cet homme jusqu’à ce que la mort les sépare.

Grémillon emploie la répétition, des noms, des tics, des formules, pour démontrer l’aspect obsessif des personnages, ainsi que pour souligner la tristesse, le caractère machinal de cette vie enclavée dans des routines à la limite de l’aliénation. Cette lourde absence de plaisir.

Elle sait imposer le rythme de l’action au lecteur. La narration est entrecoupée de la révision des dossiers des clients de Vittorio, alors qu’elle cherche à disculper son psy et à trouver qui est le meurtrier. Puis, tantôt Hélène Grémillon utilise de courtes phrases qui donne le ton de l’urgence ressentie par Eva Maria, tantôt, il y a, une page, avec quelques mots, comme «Eva Maria trébuche» ou «– Moins vite, Eva Maria». Ce procédé renforce l’intégration du lecteur dans le récit. C’est comme s’il était là, forcé à faire une pause, au même titre que le personnage.

Le deuxième roman d’Hélène Grémillon est complexe à souhait! Juste comme on les aime! Elle mêle bien les cartes et maîtrise le sens de l’intrigue. Et cette fin, dont je ne vous dirai rien!

Indéniablement une lecture qui m’a emballé!

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

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