vendredi 31 mai 2013

Brèves de la littérature québécoise - Mario Bolduc récipiendaire du Prix Arthur Ellis


C'est hier qu'a été décerné le Prix Arthur Ellis - Meilleur polar de langue française. L'association Crime Writers of Canada a fait cet honneur à Mario Bolduc pour La nuit des albinos - Sur les traces de Max O’Brien publié chez Expression noire. Ce n'est pas la première fois que l'auteur, également scénariste, reçoit se prix, puisqu'il se l'était mérité en 2008 pour Tziganes.

La nuit des albinos a pour théâtre la Tanzanie où l'enquêteur Max O’Bien se trouve pour reconquérir Valéria, qui a rompu avec lui. Cette dernière et sa fille sont assassinées. Résolu à trouver le coupable, Max le met en contact avec la réalité des albinos africains, à qui ont prête des pouvoirs surnaturels. Et là, toute une aventure commence!

L'association Crime Writers of Canada remet de nombreux prix, dont celui-ci réservé à la littérature policière anglophone.

Félicitations à Mario Bolduc !

Le poids des apparences


Après le succès fulgurant de La liste de mes envies, Grégoire Delacourt publie La première chose que l’on regarde, un roman bien différent.

Certes, l’humour particulier de l’auteur est toujours présent. Son style est à peu près identique. Toutefois, l’histoire de base est absolument rocambolesque. Arthur Dreyfuss, fanatique des gros seins et aussi mécanicien âgé de vingt ans de son état, se la coule douce un soir en regardant un épisode des Soprano. Il a sorti ses habits de circonstance, soit un caleçon des Schtroumpfs et des Marcel — rien de plus séduisant. C’est alors qu’on frappe à sa porte. Ne faisant pas cas de son accoutrement, il ouvre et découvre nulle autre que Scarlett Johannson. Dans un bled comme Long, est-ce possible? Bled ou tout le monde ressemble un peu à quelque vedette. Apparemment, oui! La demoiselle est en tournage et essaie de trouver un refuge chez un habitant du coin, dans une tentative de fuir un peu sa célébrité.

Après une vie absolument horrible — sa petite sœur a été dévorée toute crue par le chien du voisin, son père a quitté un jour, pour ne plus jamais revenir et sa mère a sombré dans l’alcool grave, au point d’en perdre la raison — son rêve se réalise. Scarlett Johannson est bien chez lui, où elle reste plusieurs jours. C’est la prémisse du roman : une personne ordinaire peut vivre des choses extraordinaires.

Au-delà des espérances de Dreyfuss, Scarlett Johannson est charmée par lui et lui par elle. Au fur et à mesure que les jours passent, les deux deviennent amoureux. Qu’est-ce qui lie ces deux individus? Ce sont deux écorchés vifs. On peut se questionner à savoir à quel point il s’agit d’amour. N’est-ce pas plutôt l’attachement au rêve d’une autre vie que cette personne pourrait nous procurer? Pas matériellement, mais affectivement.

C’est un peu une espèce de fantasme du mec paumé, beau (il semblerait qu’il ressemble à Ryan Gosling, « en mieux »), mais ordinaire, qui rencontre une vedette (ici son sosie) qui tombe s’entiche de lui.

Vous avez compris que l’auteur traite de l’apparence. À quel point celle-ci peut emprisonner le propriétaire de ce joli corps. La lourdeur de n’être apprécié que pour nos caractéristiques physiques. Et que ce faisant, la personne se retrouve en quelque sorte dépouillée de sa personnalité, les gens s’arrêtant seulement à ce que l’on voit en premier. Le corps. Delacourt tente de nous faire comprendre que parfois, nous sommes mieux avec une plastique ordinaire qui ouvre la porte à être aimé, ou non, pour ce que l’on est vraiment.

L’utilisation de référence aux vedettes hollywoodiennes pour décrire le physique des personnages est dans tout le livre. Elle permet de soutenir que l’on juge selon la beauté ou son absence. De même, on cherche un repère connu pour catégoriser l’individu qui est devant nous. Ici, ce point d’appui, vous l’avez saisi, est les célébrités américaines. Pourquoi américaines? Peut-être parce qu’elles représentent pour plusieurs le summum du culte de l’apparence. Bien sûr, si l’on ne décèle pas les raisons de ces références, le name dropping peut être dérangeant.

Sinon, cette histoire d’amour vite vécue (on sait dès le départ que cela se terminera tragiquement) est divertissante. Légère par moments, parfois attendrissante, mais aussi troublante.


Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique


mercredi 29 mai 2013

Pourquoi des zombies ?


Tout comme le dit lui-même l’auteur, le fait d’avoir mis le terme « zombies » en exergue dans le titre est totalement volontaire afin d’attirer l’attention. Avec la vague déferlante des zombies et de leurs produits dérivés, c’est un choix astucieux. Mais attention, ce livre n’est pas une histoire de zombies à vous dresser les cheveux sur la tête, mais plutôt un texte qui vous fait travailler les neurones, ne laissant donc que peu de place au virus des morts-vivants pour vous atteindre! 

En effet, Vincent Paris nous présente une étude très bien conçue sur le phénomène des zombies. On passe ainsi de simples spectateurs du genre à celui d’observateur, et ce, pour notre plus grand plaisir. Son enquête sociologique du « mouvement zombie » nous plonge dans une autre dimension de cet univers, lequel est bien plus complexe qu’il n’y parait. Loin d’être récent, il est possible de retracer l’existence des « zombies » à la même période que la Bible. Bien sûr, il ne s’agit pas là de ce que nous sommes habitués à voir, mais tout de même, on ne peut s’empêcher de faire un lien.

De simples films, ou récits, les morts-vivants sont devenus un mode de revendication sociale. Les marches zombies, qui battent record sur record, ont été utilisées par le mouvement d’« Occupy Wall Street ». Elles ne sont pas limitées à une seule couche de la société, elles rassemblent tout le monde en abolissant les barrières.


Cette étude sociologique des morts-vivants devrait intéresser toute personne, qu’elle soit ou pas une fane de ces créatures. Cet essai est très bien documenté et recèle une foule d’informations jetant un nouvel éclairage sur ce phénomène. Se lisant bien et édité dans un format facilement transportable, il n’y a pas de raison de ne pas s'y plonger.

Dominique de Leeuw


mardi 28 mai 2013

Chagrin d'amour 2.0

On l’attendait depuis deux ans et elle est enfin arrivée ! La suite de Désespérés s’abstenir. Le roman n'était pas sorti que son titre faisait parler de lui, soulevant des débats sur les réseaux sociaux. Cher trou de cul... 

On retrouve avec plaisir Clara et ses copains, Yann et Mélo. À la fin de Désespérés s’abstenir Clara avait trouvé son compte en la personne du beau Damien, après moult essais sur un site de rencontre par Internet. On reprend le fils de leurs vies quelques mois plus tard. Plus précisément 72 jours plus tard. Le temps qu’aura duré leur relation.

On commence la lecture et... bang ! On est propulsé en pleine rupture. Aucun préliminaire. Dès les premières lignes, on a le cœur serré, le motton dans la gorge. Et ce motton reviendra fréquemment. D’une justesse presque écœurante, la plume acérée d’Annie Quintin n’a rien perdu de son mordant. De plus, elle a gagné en style et en profondeur. Il y a même des passages d’une poignante poésie, d’un rythme saccadé, comme les émotions qu’ils traduisent.

Cette chère Clara, écorchée affectivement, a du mal à gérer ses émotions. Tout angoissée qu'elle est, avec en prime, une tendance à la dramatisation, la voilà qui vit une peine d’amour. Est-ce que ce sont ces traits de personnalité qui auront eu raison de son couple ?

Pour toutes les névrosées de ce monde, et même celles qui ne le sont pas c'est une occasion de plus de s’analyser le comportement amoureux ! Ce qui permet de se dire qu’on n’est pas toute seule, mais également qu’on est donc compliquées. Mais qu'est-ce que c'est que tous ces scénarios que l’on se fait ?

Bref, notre psychorigide favorite est de retour et essaie de composer avec sa peine d’amour. En plein déni, elle fuit dans une panoplie d’activités, jusqu’à ce qu’elle soit frappée par la prise de conscience qu’elle doit faire face à sa peine.

La peine d’amour est sûrement l’une des souffrances les plus communes de l’expérience humaine. On l’a écrit, on l’a chanté et on continuera de le faire tant que l’être humain sera vivant. Le sujet n’est certes pas original, c’est le contexte qui diffère. En outre, la qualité de l'écriture fait en sorte que l'on tourne les pages les unes après les autres, soucieuse de savoir ce qui est arrivé avant, de découvrir ce qui se passera après. S'en sortira-t-elle ?

Le récit est parsemé de petits clins d'œil au premier tome et d'analepses qui nous relatent leur relation du début à sa fin impromptue. Il y a les premiers moments où l’on s’emballe avec elle, l'arrivée dans les parages d'une certaine Millie K où l'on se surprend à être jalouse à l'unisson avec l'héroïne. Puis, on s’inquiète quand on voit, bien avant Clara, que sa relation dérape. On est inconsolable quand Damien, le trou de cul du titre, la laisse sans explications.

Il y avait longtemps que je n'étais pas entrée dans un roman comme ça... Plongée... Les histoires de peine d'amour ont cet effet-là, quand elles sont bien écrites, comme c'est le cas ici. Elles vous prennent aux tripes, vous balaient, vous aspirent comme un siphon. On tourbillonne dedans en essayant d'atteindre la surface, de ne pas se laisser entraîner vers le fond. Puis, il y a cet humour, comme des bouffées d'air salvatrices auxquelles on s'accroche.

Pour ceux et celles qui ont envie d’une expérience totale, l’auteure a également concocté une liste de lecture musicale sur Rdio, pour accompagner la lecture. J’ai tenté l’expérience et c’est fantastique ! Chaque pièce vous met dans l’ambiance parfaite.

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique
Parution juin 2013

samedi 25 mai 2013

Dans la boîte aux lettres cette semaine !

On se peut plus ici! On a reçu des livres qu'on attendait depuis de très longs mois! Wouhou! Enfin!

On commence à regarder pour faire le billet sur les recommandations de lecture pour les vacances (20 juin). Quel difficile choix nous auront à faire !

Effet secondaire, 1. Promis Juré, de Sophie Bédard 
et Catherine Girard-Audet chez Les malins


Larouspiol, suivi de Les enfants du ciel, de Diya Lim chez L'interligne


Cher trou de cul, d'Annie Quintin chez VLB Éditeur


Vengeance, tome 2 - Le grand œuvre, de Hervé Gagnon chez Hurtubise


Le projet Morgenstern, de David S. Khara

Le fils emprunté, de Jacques Savoie

tous deux chez Expression Noire

lundi 20 mai 2013

Deux époques, deux vies, une corrélation?


Après un an et demi, François Gravel nous embarque de nouveau aux côtés de Chloé Perreault pour une enquête. L'ex-policière de Montréal, qui continue à faire sa place à Milton, fait face à un nouveau défi. Et il n'est pas juste question de l'investigation, mais aussi, voire surtout, de la rivalité entre collègues. Suite a la découverte d'un cadavre, passablement amoché, les recherches s'enclenchent et la patience de Chloé est mise à rude épreuve.

Parallèlement, ou plus exactement quelques années auparavant, un organisateur politique est trouvé mort, à Montréal, dans sa Lexus. L'histoire de ce décès prend alors vie, et nous ramène tranquillement jusqu'à l'époque de l'enquête de Milton. Sont-elles liées? Ou l'épisode de Montréal est-il un événement totalement dissocié de l'investigation en cours? À la suite de la découverte du corps dans le parc Albert de la charmante petite ville paisible qui voit évolué l'enquêteuse Chloé, les rumeurs vont bon train et les vengeances viennent teinter les pistes possibles.

Dans un rythme différent du premier opus, François Gravel nous sert une énigme bien ficelée. Les pages se tournent facilement, et prendre plaisir à la lecture est on ne peut plus naturel. De plus, il aborde des thèmes sociologiques, que ce soit de l'acceptation de l'homosexualité ou de la violence familiale, qui prêtent à réfléchir. Même si parfois l'impression de deviner ce qui va se passer montre le bout de son nez, c'est pour mieux se le faire pincer! Les personnages sont, tout comme dans le précédent, très humains et il est facile de les visualiser puisque le lecteur en a forcément rencontré de similaires dans le monde réel.

En ce qui me concerne, c'est un livre qui m'a distrait et a, en cela, atteint pleinement son objectif. Si jamais il vient à l'idée de François d'écrire une nouvelle enquête de Chloé, c'est avec plaisir que je la lierai.

Dominique de Leeuw