jeudi 31 janvier 2013

Les Proies dans le harem de Kadhafi

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Viol, abus de drogue, d’alcool, magie noire, violence et bien plus ont constitué le quotidien de Kadhafi, selon la source d’Annick Cojean.

Quand on ouvre Les proies dans le harem de Kadhafi, on s’attend à lire des choses dérangeantes. C’est indéniable. Mais, si on n’a pas vu l’auteure en entrevue, d’aucune façon on ne peut se douter de ce que l’on y trouve. C’est certes un récit outrageant. On y découvre un homme si ivre de pouvoir qu’il en frise l’aliénation. En fait, il est difficile de savoir s’il a basculé dans la folie ou non, puisqu’il semble toujours sous l’effet de substances illicites ou d’alcool.

L’ouvrage est divisé en deux parties. La première est constituée du récit de Soraya et la deuxième expose les détails de l’enquête de la journaliste. Cependant, tout est basé sur le témoignage de la jeune source. Aucune autre femme n’a osé parler des sévices vécus de peur de représailles et pire, que la honte s’abatte sur toutes leurs familles et que celles-ci se voient dans l’obligation de les assassiner pour sauver leur honneur. Car là-bas, bien qu’elles aient été victimes de viols répétés, c’est sur elles que l’odieux de ces crimes tombe.

Soraya dévoile que l’homme qui projetait l’image du chef d’État le plus ouvert du monde musulman n’était en fait qu’un tortionnaire misanthrope. Ce qui est inouï pour un dirigeant qui se disait précurseur en ce qui a trait à la place des femmes dans l’armée ainsi que dans toutes les sphères sociales. Selon le récit, les Amazones de Kadhafi n’étaient ni plus ni moins que des membres de son harem. Ces adolescentes étaient recrutées majoritairement dans des écoles, alors que le Guide allait les visiter. Ce n’était rien d’autre qu’une opération de repérage. Il sélectionnait les plus jolies, celles à qui il ferait l’honneur de les rencontrer en privé, sous quelque subterfuge que ce soit. Le système était bien organisé. Lorsqu’il posait la main sur la tête d’une des jeunes filles, Mabrouka et sa suite savaient qu’elle était une des élues. Il s’agissait généralement d’adolescentes de 12 à 15 ans qui, après avoir été choisies, étaient enlevées et emprisonnées dans un sous-sol lugubre à Bab-al-Azizia. Une fois arrivée, chacune d’entre elles devait se soumettre au rituel des prises de sang, question de s’assurer que le Guide ne contracte aucune maladie à leur contact. Après quoi, elles devaient rester sur le qui-vive afin d’être prêtes à être convoquées par Kadhafi à toute heure du jour ou de la nuit. Lorsqu’il le faisait, c’était, semble-t-il, pour les battre et les violer sauvagement. Quand il se lassait d’une fille, il la mariait à un des hauts gradés de l’armée, pour la garder à proximité.

Toutefois, la perversion sexuelle de Kadhafi ne s’arrêtait pas aux adolescentes et aux femmes. Selon Soraya, il s’attaquait aussi aux épouses des diplomates africains ainsi qu’à certains de ses généraux d’armée. Il imposait ainsi son pouvoir à l’aide du viol et de la violence. Il se livrait également à la magie noire, recueillant le sang de filles qu’il déflorait afin de pratiquer des rituels dont la teneur n’est pas précisée.

Un livre révoltant, particulièrement pour les Occidentaux que nous sommes. On peut se questionner sur la véracité des allégations qui y sont contenues, comme personne n’a osé corroborer les dires de sa source de façon officielle. Cependant, Annick Cojean, grand reporter au journal Le Monde, dont la réputation n’est plus à faire, a mené de sérieuses enquêtes afin de vérifier certaines accusations de Soraya. N’obtenant pas d’autres témoignages, elle s’est appuyée sur des faits qu’elle a recoupés avec le récit de la jeune femme. L’écriture est suffisamment sensible pour laisser transparaître les sentiments de Soraya comme si c’était elle qui avait rédigé le livre. D’autre part, on sent bien la rigueur journalistique dans l’attention portée aux détails.

Une lecture qui jette un éclairage sur l’homme de pouvoir.

Les Proies
Dans le harem de Kadhafi
Annick Cojean
Grasset
29,95 $/19 €

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

mercredi 30 janvier 2013

Brève : Les finalistes du Prix des libraires du Québec 2013 sont...


C'était hier, à la Librairie Le Port de Tête, que l'Association des Libraires du Québec ont dévoilés les titres finalistes pour le Prix des libraires du Québec. 

C'est en présence d'auteurs, de libraires et de la porte-parole Fanny Malette, que nous avons enfin appris quels romans liront tous les libraires afin de pouvoir nommer leur favori dans chacune des catégories. 

CATÉGORIE ROMAN QUÉBÉCOIS 

  • Document 1, François Blais (L’instant même)
  • La fiancée américaine, Éric Dupont (Marchand de feuilles) 
  • Anima, Wajdi Mouawad (Leméac/Actes Sud) 
  • Mayonnaise, Éric Plamondon (Le Quartanier)
  • Hollywood, Marc Séguin (Leméac)


CATÉGORIE ROMAN HORS QUÉBEC 

  • Les frères Sisters, Patrick DeWitt (Alto)
  • La vérité sur l’affaire Harry Quebert, Joël Dicker (de Fallois) 
  • Rue des voleurs, Mathias Énard (Actes Sud/Leméac)
  • Le sermon sur la chute de Rome, Jérôme Ferrari (Actes Sud)
  • En vieillissant les hommes pleurent, JeanLuc Seigle (Flammarion) 
Le dévoilement des deux lauréats aura lieu le lundi 13 mai prochain à 19h au Lion d'Or à Montréal. Rappelons que le lauréat québécois recevra une bourse de 2000$ du Conseil des arts et des lettres du Québec. Comme Le Prix des libraires du Québec célèbre ses 20 ans, ça promet d'être une soirée festive !

Pour plus d'informations :  www.prixdeslibraires.qc.ca

mardi 29 janvier 2013

Un roman drôle et sensible sur l'énurésie nocturne


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Nathan est un garçon de 11 ans somme toute comme les autres. Il aime les choses qui brillent, collectionne les trophées sportifs, même s’il ne pratique aucun sport. Il a une meilleure amie, sa voisine Chloé, une petite fille bien intentionnée qui est parfois trop attentionnée. Elle le suit partout, le devance même généralement, parle tout le temps, bref elle est très présente! Depuis que son père n’est plus là, Nathan vit seul avec sa mère qui a maintenant un nouvel amoureux, monsieur IGA.

Comme tout bon garçon de son âge, Nathan tient à tout prix à ce que l’on respecte l’intimité de son grenier. Peut-être un peu plus que les autres. C’est qu’il a un secret qu’il galère pour garder. Toutefois, il se doute qu’il n’y arrivera plus bien longtemps à cacher à ses proches qu’il y a des montres dans sa chambre. C’est que depuis peu, il fait de nouveau pipi au lit. Pour dissimuler cette situation, il étend des sacs de plastique sur son matelas et les roule en boule puis les balance sous son lit une fois qu’ils sont souillés. Le problème c’est qu’à court de « pouche-pouche », des odeurs commencent à émaner dans son refuge.

Simon Boulerice aborde avec finesse le sujet de l’énurésie nocturne. Les touches d’humour dédramatisent le phénomène tout en le rendant accessible aux 9 ans et plus. Ils se retrouveront dans le quotidien et les préoccupations des jeunes personnages, qui ont une candeur qu’il fait bon lire et qui leur prodigue un côté attachant.

Élément intéressant, l’auteur a choisi de faire de l’eau un thème omniprésent. D’abord, il y a son père, disparu en mer, son grenier, qui craque comme un vieux navire, Chloé qui se déguise en pirate pour jouer avec lui, etc. Puis il y a son lit comme un bateau sous lequel se cachent des monstres marins et, bien sûr, les fuites nocturnes du héros.

Cet écrivain, dramaturge et comédien prolifique ne cesse de nous étonner par son talent et son aptitude à capter et maintenir l’intérêt. Ses textes sont justes et ses personnages tout en chair. La qualité de son écriture est indéniable. Il est en voie de devenir un des auteurs marquants de sa génération.

En librairie  le 30 janvier prochain

Les monstres en dessous
Simon Boulerice
Québec Amérique
Collection Gulliver
12,95 $

Yannick Ollassa/La Bouquineuse boulimique

lundi 28 janvier 2013

Corax de la série L'Orphéon : phénomènes inexpliqués

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L’Orphéon
C’est un audacieux projet dans lequel se sont lancés cinq auteurs et VLB Éditeur. Le défi : un immeuble de cinq étages, cinq histoires différentes, soit une par étage. À chaque étage, son auteur. Les personnages s’entrecroisent, mais les récits sont indépendants. Ils peuvent être lus dans l’ordre ou dans le désordre, selon l’envie du lecteur. Déjà, on est curieux d’en savoir plus.

Les trois premiers titres de la série, Corax (Stéphane Dompierre), Odorama (Geneviève Janelle) et Crématorium Circus (Roxanne Bouchard), sont parus à l’automne 2012. En janvier, nous avons droit à Coïts (Véronique Marcotte) et Quinze minutes (Patrick Senécal).

Corax
Nous avons choisi de commencer notre lecture par le cinquième étage, où loge Louis Corax, un ancien postier gagnant à la loterie qui a acheté L’Orphéon, l’immeuble où il vivait. Ce faisant, il s’est approprié le dernier étage en faisant ainsi son propre petit Penthouse.

À son retour de Londres, des phénomènes étranges ont lieu dans son loft. Il trouve des animaux en origami dans sa salle de bain, la télévision s’allume inopinément le matin, crachant un épisode des immondes Télétubbies (torture suprême), la chaîne stéréophonique fait de même avec de la musique classique, puis sa femme de ménage démissionne, disant discerner une présence dans l’appartement. Corax tente tant bien que mal d’élucider le mystère de ces manifestations, mais en vain. Au fur et à mesure du crescendo des événements occultes, on sent très bien que la santé mentale du millionnaire vacille et sa peur est palpable. C’est la beauté de l’écriture de l’auteur.

On reconnaît bien l’humour noir de Dompierre et l’on s’en délecte. Cependant, il semble manquer un élément à l’intrigue. On se doute un peu de la cause des phénomènes étranges… en fait, on comprend avant le personnage. En revanche, l'auteur sait bien créer le climat de tension propice à accrocher le lecteur friand de suspenses surnaturels. Une incursion dans un nouveau genre littéraire qui, poussée plus loin, pourrait s’avérer une avenue profitable tant pour l’auteur que pour son lectorat.


L'Orphéon
Corax
Stéphane Dompierre
VLB Éditeur
Papier : 19,95$
Numérique : 14,99$

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

dimanche 27 janvier 2013

Deux très bons albums chez Scholastic


« Je ne lirai pas ce livre », répète, dans cet album, un petit garçon très imaginatif. Il invente toutes sortes d’excuses pour ne pas faire ce qu’on lui demande : lire. Avant de s’y mettre, il a tout un tas de choses bien plus importantes à faire, comme passer la soie dentaire, nourrir son poisson rouge ou nettoyer son lit. Et puis, s’il n’en a vraiment pas envie, qui pourra l’y obliger. Le petit garçon est courageux et déterminé, il ne le lira pas même si on l’expose à de terribles supplices. On peut le suspendre la tête en bas en lui chatouillant les pieds ou pire encore. Il ne cèdera pas ! Une seule chose pourra finalement le convaincre : que sa maman accepte de lire ce livre avec lui.

Écrit par Cece Meng et illustré par Joy Ang, cet album rigolo nous rappelle l’importance de la transmission dans l’éveil à la lecture. Très attendrissante, l’histoire du petit garçon peut redonner le goût de lire aux enfants réticents et amuser ceux qui aiment les livres.

Je ne lirai pas ce livre
Cece Meng
Éditions Scholastic
10,99 $

Cet album raconte l’histoire vraie d’une héroïne méconnue : Viola Desmond, une afro-Canadienne qui s’est battue pour ses droits. Le récit se passe en 1946, le Canada pratique alors la ségrégation, Viola Desmond décide d’aller au cinéma. Elle choisit une place au parterre, mais on lui demande de changer d’endroit car « les gens comme vous doivent s’asseoir au balcon. » Malgré les risques, Viola Desmond ne cède pas face à cette injustice. Elle est emmenée en prison et condamnée à payer une amende. Devenue un exemple de force et de courage, son expérience inspire la communauté noire qui se mobilise jusqu’à l’abolition de la ségrégation.

Une conteuse invite le lecteur à découvrir cette leçon d’histoire. Émouvant et accessible, le récit s’accompagne de belles illustrations colorées qui nous plongent dans l’univers des années 50. L’illustrateur Richard Rudnicki s’est d’ailleurs inspiré de photos d’archives de l’époque.  Pour aller plus loin, l’auteure propose à la fin du récit un aperçu de l’histoire des afro-Canadiens.

La détermination de Viola Desmond
Jody Nyasha Warner
Éditions Scholastic
10,99 $

Anaëlle Saulnier