lundi 4 novembre 2013

Sur le fil, de Maude Déry : La vie comme un équilibriste

Le recueil de nouvelles de Maude Déry a un point commun : le deuil et la perte. S’immiscer dans cet univers, c’est se retrouver en quelque sorte en terrain connu. S’il y a une chose qui est bien présente dans la vie, c’est bien la perte. Celle d’un être cher, d’un amour, de la beauté, de la santé, de la motricité, etc. 

Les personnages de chaque nouvelle se tiennent sur le mince fil de la vieIls sont tous construits de façon étoffée, malgré la brièveté des textes. Ce sont des gens qui pour la plupart sont brisés par les circonstances de leurs existences. Certains se battront pour s’en sortir, d’autres voient la partie perdue d’avance et s’abîment davantage.

Maude Déry lie fréquemment le désespoir et la sexualité. Elle a compris que les deux sont régis par des instincts opposées, soit la pulsion de mort et la pulsion de vie. Dans un état où l’espoir n’existe pas, la génitalité devient souvent le seul recours comme ultime tentative pour ne pas sombrer irrémédiablement. Dans le même esprit, l’investissement du corps constitue la recherche d’une résolution identique. Le théâtre des Demoiselles est empreint d’une sensualité triste et bouleversante. Forcer l’éternité, mettant en scène un fils devant sa mère sous respirateur, est particulièrement touchant.

On retrouve également, au cœur de ce tsunami d’accablement, le mépris. Celui de l’autre, mais surtout celui de soi. Celui dont il est indispensable de s’affranchir pour renouer avec l’espoir, avec la vie.

À l’aide de mots doux, feutrés, même, tout comme de termes plus brutaux, l’auteure témoigne de la force du désarroi et de celle nécessaire pour inverser la vapeur et revivre enfin. Un recueil d’une grande humanité. Il résonne longtemps en nous.

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique


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