mardi 5 novembre 2013

Quand la poussière d’étoiles décide du futur

Hubert Reeves : astrophysicien de talent, vulgarisateur scientifique ayant su nous mettre la tête dans les étoiles. Tel pourrait être un résumé de ce montréalais, directeur de recherche au CNRS (Centre National de Recherche Scientifique) de Paris ayant étudié à l’Université de Montréal avant son doctorat à l’Université Cornell en astrophysique nucléaire. Depuis des années, il divulgue son savoir à un auditoire des plus varié. De la faculté des sciences, où j’ai découvert ses conférences, à aujourd’hui, où je dévore ses essais, Hubert Reeves est pour moi l’exemple même du scientifique impliqué et responsable. Son présent ouvrage, qui se découpe en trois parties, est conçu avec une rigueur et une démarche objective et techniquement impeccable ainsi que des références vérifiables.

Tout commence par « La Belle-histoire ». Celle qui dure des milliards d’années, s’étend sur des milliards d’années-lumière et nous apprend que nous ne sommes ni plus ni moins que de la poussière d’étoiles étant donné que nous sommes constitués d’éléments formés au cœur des astres mourants. Du développement de notre système solaire à celle de notre planète, Hubert Reeves, fidèle à lui-même, nous entraîne dans l’aventure de la vie qui se déploie stade après stade à sa surface. Il nous conte alors l’ascension de la complexité qui a permis l’apparition de la vie, de la simple bactérie à la faune et la flore telle que nous les connaissons.

Puis vient « La Moins-Belle-Histoire ». L’auteur nous livre un portrait objectif de l’influence de l’Humanité sur la terre. On y apprend que de tout temps, l’humain s’est développé aux dépens des populations animales et végétales qui l’entoure. La liste des espèces qui ont été exterminées par notre entremise est imposante et ne cesse malheureusement de grandir. Cette constatation n’est en rien un point de vue du XXe siècle puisque figurent dans le livre des citations de Platon et de Sophocle faisant état de cette interaction à leur époque. Et ce saccage de la faune se déroule en trois vagues qui nous sont sobrement présentées. La première lors des débuts de la chasse préhistorique, la seconde au moment de la sédentarisation des tribus avec l’élevage et l’agriculture, puis finalement la troisième, bien plus récente, datant du commencement de l’ère industrielle.

Mais rien n’est perdu. Ce que l’auteur appelle « Le Réveil vert » est une prise de conscience nécessaire, mais non suffisante, qui pourrait nous permettre d’inverser la tendance actuelle. En effet, le plus grand péril pour la survie de l’Homme n’est autre que lui-même. Or, il est aussi sa meilleure chance pour rétablir un équilibre vital sur la planète. « Là où croît le péril… croît aussi ce qui sauve ». Hubert Reeves tente de nous faire réaliser la portée de nos actes et nous montre également que des solutions sont possibles.

Contrairement à ses principaux ouvrages où la science et l’astrophysique sont les piliers centraux, celui-ci rejoint et complète son précédent : L’Univers expliqué à mes petits-enfants. En fait, c’est la maturité et l’implication de l’auteur dans son écosystème, entre autres par son association « Humanité et biodiversité », qui ont servi à ce grand conteur dans la livraison de cette dernière œuvre. Parfois dérangeant, en nous mettant face au rôle déterminant que nous avons joué et que nous exerçons toujours, il reste infiniment instructif, c’est un constat de l’état actuel de la planète et de nos options pour en améliorer le sort. Fidèle à lui-même, son écriture est claire et se laisse lire avec plaisir. Quant à sa vulgarisation, elle a fait la renommée de ses ouvrages. Nul besoin d’un doctorat pour apprécier et surtout pour comprendre ce livre. Nous sommes tous responsables de la situation. Le serons-nous suffisamment pour prendre les décisions qui s’imposent?

Dominique de Leeuw

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