mardi 24 septembre 2013

Les souliers de Mandela : voyage initiatique


Fleur Fontaine vit une rupture amoureuse qui la met à mal. Être dans la même ville que son ex s’avère si éprouvant qu’elle cherche un moyen de fuir. Elle reçoit alors une lettre qui lui annonce que sa candidature a été retenue pour effectuer un stage en journalisme à l’étranger. C’est l’occasion de fuir la rupture, le deuil, l’effondrement de sa vie. De combler ce besoin d’évasion, de se plonger dans le dépaysement le plus total. Pour faire le point, pour se retrouver, pour devenir adulte. C’est le cœur en compote qu’elle quitte pour l’Afrique du Sud, où elle sera propulsée à des années-lumière de sa zone confort.

Quand elle y arrive, elle n’a pas vraiment envie d’y être. Pas plus que nulle part ailleurs. Cependant, le paysage du pays ravagé est syntone avec son état intérieur. Elle se laisse donc flotter, sur le pilote automatique, dans ce malaise si omniprésent qu’il est presque confortable, jusqu’à ce que Thomas, le responsable de stage, la secoue pour la sortir de la torpeur dans laquelle elle se maintient avec l’alcool et la drogue.

Au cours de ses missions, c’est avec douleur qu’elle réalise que ce n’est pas parce que l’Apartheid a été aboli que le quotidien et les croyances de gens ont radicalement changé. Elle constate que les préjugés persistent chez de nombreuses personnes et que les citoyens de l’Afrique du Sud ne sont toujours pas égaux. Malgré cela, elle est impressionnée par le bonheur et la joie de vivre des gens qu’elle rencontre. Par leur esprit de combat, leur dignité. D’autre part, elle est confrontée au sentiment de culpabilité qu’elle éprouve face au vécu de l’autre, des injustices subies, même si elles ne sont pas de son fait. D’avoir eu la chance de grandir dans un milieu aisé, de n’avoir pas été confrontée à des coups durs, d’avoir grandi dans un milieu égosyntone. On sent l’impuissance, le malaise, le mal-être qu’elle cherche à circonscrire. Son mal-être est tangible, criant, déchirant. On souffre avec elle.

Tous les personnages d’Eza Paventi sont de toute beauté de par leur profondeur et leur imperfection. Autour de Fleur, il y a des personnages inspirants, d’une humanité bouleversante : Bongiwe, Dudu, Xolilé, Aunti Evi. Si fortes malgré leurs vécus bouleversants. Des histoires si dures qu’elles racontent à Fleur, qui aurait préféré ne pas les entendre. Car, à l’issue de leurs récits de viol, de meurtre, d’extrême pauvreté, une profonde tristesse étreint Fleur et joint l’impuissance qui l’empoignait déjà. Après les avoir rencontrés, Fleur trouvera-t-elle un sens à sa souffrance? Se sortira-t-elle du cynisme dont elle se trouvait atteinte depuis sa rupture? 

Eza Paventi possède une écriture sublime et une impressionnante sensibilité. Elle suscite des réflexions tant troublantes que nécessaires. L’auteur dépeint l’ambiance dans laquelle évolue Fleur avec une acuité qui transporte le lecteur à ses côtés. Tout comme celle-ci, le lecteur se demande comment ces gens peuvent être si intègres, si généreux et si dignes. Ils le sont, un point c’est tout.

Un roman émouvant, inspirant, transcendant.

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique


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