mardi 4 juin 2013

Un regard lucide sur la longévité des couples


Après avoir publié des recueils de nouvelles, Lori Saint-Martin, auteur et traductrice, a présenté son premier roman en mars 2013, aux Éditions du Boréal.

Cet ouvrage à deux voix jette un éclairage parfois cru sur les zones d’ombre des couples ensemble depuis plusieurs années. Ici, il s’agit de Catherine et Philippe, mariés depuis quelques décennies. Tous les deux peintres, ils ont chacun leur studio auquel l’autre n’a pas accès.

Leur vie est relativement bien réglée. Ils commencent à peindre à la même heure. Lui a recours aux modèles, de jeunes et agréables femmes toutes émoustillées à l’idée de poser pour ce célèbre peintre. Une fois qu’il a terminé son tableau, seulement à ce moment, il s’autorise à coucher avec. Infidélité qu’il se dépêche de se confesser à sa conjointe, dans l’égoïsme de celui qui avoue son écart pour se soulager la conscience. Sans considération pour les sentiments de celle qui reçoit ces confidences, sa femme Catherine. Ce faisant, il en fait une sorte de complice après le fait, lui retirant la possibilité d’utiliser ses adultères comme argument de discussion. Et ce silence ronge les tréfonds de son être.

Ces aventures bouleversent Catherine qui, pour sa part, mène une carrière modeste, parce qu’elle a mis en priorité ses bébés, sa valeur de fidélité. Elle fantasme souvent de liberté et de quitter son conjoint. Malheureusement, ces chimères ne dépassent pas ce statut.  La situation reste telle qu’elle. Lui est une espèce de roi, imbu de lui-même. Elle est la bonne femme, qui cuisine les repas tous les jours, malgré qu’elle soit en plein travail sur une toile.

On en vient à se demander si toute relation qui se poursuit sur de nombreuses années devient inévitablement un poids. À quel prix restons-nous avec quelqu’un aussi longtemps? Est-ce l’oubli de soi et l’oublie de l’autre? Est-ce vraiment en objectif, cette durabilité?

Hormis les relations de couples, l’auteure aborde également la créativité. La discorde alimente, d’une certaine façon, leurs processus créatifs. La violence, l’agressivité, la douleur et la création sont-ils indissociables? L’humain a-t-il besoin de souffrir pour être inspiré? L’art, pour l’artiste, n’est-il qu’une soupape pour évacuer toutes les émotions refoulées, voire sublimées?

L’un des intérêts du texte est de présenter la voix des deux membres de ce couple. On est à même de déceler toutes les incongruités des deux, de même que leur commun désir de liberté. Au fur et à mesure que l’on avance, on constate à quel point ces gens ne se parlent pas et n’ont pas une réelle communication sur des éléments centraux de leur relation.

La plume de Lori Martin réussit à circonscrire les maux (et les mots) pour que l’on puisse voir ce qui se trouve derrière les nombreux secrets et mensonges. Elle dépeint les personnages dans toute leur complexité. Ils sont si tangibles qu’ils sont vos parents, vos voisins, vous.

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

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