jeudi 16 mai 2013

Printemps Meurtriers - RJ Ellory : écrivain humaniste


Encore cette année, Les Printemps meurtriers de Knowlton recevront R.J. Ellory. L’auteur de Seul le silence, Vendetta, Les Anonymes et Les anges de New York, originaire d’Angleterre, y rencontrera les lecteurs et auteurs.

C’est avec plaisir qu’il sera présent à ce rendez-vous annuel. « Les événements littéraires sont les seuls moments où l’on peut discuter de nos livres avec les gens. On répond à des questions, bien sûr, mais on découvre aussi de nouveaux livres à livre et on se fait des amis. Je suis encore en contact avec les gens que j’ai rencontrés l’an dernier à Knowlton. C’est un rassemblement très spécial. »

Il y participera à deux tables rondes, dont Mourir ici ou ailleurs où sont également invités Karine Giébel, Jacques Saussey, Jean-Jacques Pelletier et Christine Brouillet. Pour lui, « chaque ville est un personnage et elle possède une histoire qui peut être incorporée au récit. Souvent, quand je fais des recherches à propos d’un lieu, je découvre des événements qui changent la direction du roman et ça, pour moi, c’est très fascinant. Je suis emerveillé de la façon dont la vraie et la fiction peuvent s’entrecroiser. »

Les romans de Ellory sont écrits un peu comme des scénarios. C’est, entre autres, une des raisons de sa présence à la table ronde De romans et de scénarios où il échangera son point de vue avec Martine Michaud et Johanne Seymour. Risquons-nous un jour de voir ses personnages au grand écran ? C’est fort peu probable. « Je doute que mes livres soient portés au grand écran. Il est impossible de faire tout passer dans un film. Par exemple, Vendetta se passe sur environ soixante-dix ans. C’est impossible à réaliser, à moins de faire une trilogie, et encore. Voyez-vous, dans une livre, il y a environ 120 scènes importantes. Dans un film de deux heures, on ne peut en intégrer que 30 sinon on perd le public. De plus, il est très difficile de transposer mes romans à l’écran, car dans un roman, les émotions et les pensées composent la majorité du contenu, alors que dans un film, ce sont les actions qui sont les plus importantes. Particulièrement aujourd’hui où le marché recherche davantage les effets spéciaux et les explosions. Peut-être que cela aurait été possible à une autre époque, notamment celle des films comme ceux de Hitchcock, Le parrain, Douze hommes en colère où tout se passe dans l’atmosphère et le jeu des comédiens. »

Les polars de Ellory ont certains points communs. Plusieurs d’entre eux évoquent les souvenirs d’enfance. L’auteur estime que c’est bien inconsciemment que l’on retrouve ce leitmotiv au sein de son œuvre. Sa jeunesse n’a pas été facile. Un père inconnu, une mère décédée alors qu’il avait 7 ans, l’orphelinat pendant 9 ans, la pauvreté, un bref séjour en prison… Pas la joie, quoi! Des souvenirs d’enfance, il en a très peu. Malgré son enfance difficile et ses déboires de jeunesse, son talent d’écrivain lui fait connaître le succès, quoique ce ne soit pas ce qui le motive à écrire. « Je ne veux pas que les gens se souviennent de mon nom, du titre de mon livre ou de ce qui se passait dans le livre, mais du sentiment que la lecture leur ont fait vivre. C’est pour ça que j’écris. »

Les périodes difficiles ont fait de lui un meilleur écrivain. Ça lui a permis de saisir la souffrance de l’être humain a posé des gestes répréhensibles. C’est d’ailleurs ce qui ressort le plus de ses ouvrages. Ses personnages sont humains, imparfaits, entiers, tangibles. Il arrive à nous faire ressentir de l’empathie pour certains criminels en démontrant que tout n’est ni tout blanc, ni tout noir. Que l’être humain, à la base, est bon, mais que certains événements, certaines lacunes, certaines blessures sont à l’origine de mauvaises décisions.

C’est ici qu’entre en jeu l’autre thème récurrent, la rédemption. À ce sujet, il dira « Je crois que l’être humain est fondamentalement bon. On arrive même à éprouver de l’empathie pour Frank Parish, dans Les anges de New York. Notamment parce que c’est un bon père et qu’il respecte de façon stricte le code de conduite qu’il s’est donné. » Selon lui, lorsqu’on lèse quelqu’un, on recherche à tout le moins la compréhension de l’origine de nos actes, de notre souffrance. 

Pourquoi écrire des polars ? Parce qu’il estime que le roman policier couvre des champs tellement vaste qu’il permet une grande liberté à l’auteur. Il peut être historique, il peut être politique, il peut porter sur une enquête pour homicide ou d’un complot. Tout est possible. Quant à lui, ce qui l’inspire, ce sont les gens. Les situations dans lesquels ils se mettent et la façon dont ils les gèrent. Leurs réactions et les décisions qui en résultent. C’est, selon lui, le point commun de ses écrits. « Je suppose que je suis un romantique dans l'âme, avoue-t-il. Je m'efforce d'être en contact avec la nature émotionnelle des gens et des choses, et ce que je m'efforce toujours de faire est de permettre au lecteur de ressentir ce que les personnages ressentent, pour saisir qu'ils ont passé un certain temps avec des personnes réelles. De leur faire réaliser qu'ils étaient au courant de ce qui se passait avec ce personnage à plusieurs niveaux. C'est, pour moi, la clé pour faire un livre mémorable. »

RJ Ellory travaille présentement sur un roman presque complété qui paraîtra en 2014. Qu’aimerait-il écrire ensuite ? « J’aimerais un jour écrire une histoire qui aura lieu dans l’ouest du Texas durant les années 1970, un peu comme un western contemporain. J’ai un concept en tête. J’ai du mal à le définir, mais cela gravite autour d’un western moderne, peut-être semblable à No Country for Old Men (Ce pays n’est pas pour le vieil homme). Pas sur les mêmes thèmes et sujets, mais plutôt en ce qui a trait à l’atmosphère évoquée par ce genre de roman. »


L’auteur sera au festival international de littérature policière le samedi 18 mai à 13 h pour le rendez-vous COUPABLE N° 1, De romans et de scénarios, puis le dimanche 19 mai à 14 h 30 pour la table ronde internationale Mourir ici ou ailleurs. Vous êtes invité à rencontrer cet homme aussi charmant qu’intéressant.

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

2 commentaires:

  1. Merci Yannick pour cette entrevue, Ellory est un auteur que j'admire tout particulièrement. L'atmosphère qui se dégage de ses romans, le bagage de ses personnages démontre bien à quel point une vie peut basculer. Il fait réfléchir sur certains comportements et combien tout peut dégénérer pour certains. Vendetta est un must !

    Nellie_Gants (Yolaine) ;)

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    1. Ça me fait plaisir, Yolaine! Ç'a été une vraie joie de faire l'entrevue avec cet auteur si humain et si généreux! C'est toujours agréable de découvrir la personne derrière les livres et dans ce cas-ci en particulier, on a eu une très belle conversation. J'aurais aimé avoir plus de temps pour continuer la discussion.

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